La femme artiste

Si la société change ses locataires ne sont pas prêts à en suivre le mouvement. Nous nous trouvons dans une société qui possède de nouveaux repères, mais avec des gens qui conservent trop souvent les anciens. D’où des incompréhensions et malentendus sans fin.

Chaque être se fait, selon sa culture, son milieu familial et social, une idée de la place qu’il est censé occuper dans la société. Une fois acquise, la personnalité d’un être n’est pas forcément prête à s’adapter aux différents changements de son existence. Il en est même souvent farouchement opposé. Peu de gens sont prêts à se remettre en question et encore moins à renier ce qui fonde leurs convictions.

La place de la femme a changé durant le XXè siècle, mais si elles ont accepté le rejet d’injustices trop flagrantes, elles n’ont pas forcément pris leur destin en main. Beaucoup de femmes donnent plus l’impression de jouer un rôle que d’explorer leur existence et d’en utiliser la richesse. Beaucoup se satisfont de ce qu’elles ont, sans chercher à avoir plus. La femme accepte trop facilement de s’arrêter aux regards des hommes. Elle aime s’entourer de certitudes, même si elle sait qu’elles ne sont qu’une apparence. C’est un souci de stabilité qui s’impose et une vraie crainte quant à tout ce qui peut le remettre en question.

Les femmes frivoles ne sont pas libres, elles vivent dans le monde des hommes en acceptant de se plier à leurs règles et désirs. Dans la superficie du monde, il n’y a que des victimes et des dépendances. Les femmes frivoles ont l’indépendance de leur slip, pas de leur âme. C’est dans la profondeur que l’être trouve sa liberté et sa créativité, du coup son humour et sa joie de vivre.

D’un autre côté, la femme se trouve cataloguée dans une frivolité qui n’en est pas une. S’intéresser aux vêtements ou aux produits de beauté n’est pas plus futile que de faire tourner un train électrique dans un salon et c’est plus utile. La mode ou la beauté est un art qu’aucune mécanique ne peut rivaliser. C’est l’homme mécanique qui est une futilité de la vie.

L’image de la femme est sérieuse, pour ne pas dire triste. La profondeur d’un être n’est jamais ennuyeuse, c’est la banalité qui lasse. Pourquoi une femme ne pourrait-elle être profonde tout en étant drôle et passionnante au même titre qu’un homme ? La superficie d’un être a sa qualité, mais pas sa fin en soi.

Je me méfie de ces femmes qui renient leur potentiel pour jouer sur leur seule séduction, mais on ne peut pas reprocher à la femme la médiocrité de la société dans laquelle elle évolue.

La femme n’est en rien l’égale d’un homme. Chaque être possède une singularité unique qui n’appartient qu’à lui. Les êtres ont besoin les uns des autres pour exister. L’égalitarisme est une avancée sociale, mais c’est aussi une façon de gommer tout ce qui nous dérange.

Je suis persuadée que ce qui manque le plus aux êtres, c’est une personne qui les révèle à eux-mêmes sans les cloitrer dans le rôle qu’ils sont censés avoir. L’homme ne peut pas plus exister sans une femme qu’une femme sans un homme. L’homme et la femme sont révélateurs l’un à l’autre. Et si la nature décide que cette autre personne soit une femme pour une femme ou un homme pour un homme, c’est tout aussi valable.

Ce n’est pas la femme qu’il faut libérer, ça n’a plus guère de sens de nos jours dans les sociétés développées où les femmes ont des droits quasi similaires à ceux des hommes (même s’il y a encore des progrès à faire), c’est le regard des autres à notre égard qui veulent nous voir non comme nous sommes, mais comme nous devrions être selon leurs critères.

Il faut changer notre façon de percevoir en cessant de voir les autres tels que nous voudrions qu’ils soient et non comme ils peuvent être et les aider à se réaliser selon leur personnalité. L’amour devrait être ce puissant levier qui nous aide à nous révéler pleinement aux yeux des autres. Malheureusement, ce que l’on appelle amour n’est souvent qu’une prison où l’on doit rester identique à ce que le partenaire attend de nous.

Une femme offre une multiplicité de vies au même titre qu’un homme.

La femme créatrice offre une image opposée de la femme idéalisée par l’homme. Elle est foncièrement indépendante, apparaissant peu féminine aux yeux de ses contemporains, décrite comme ayant une façon de vivre excentrique, souvent lesbienne ou marquant un intérêt lointain pour la sexualité masculine (mais recherchant tout particulièrement l’amitié masculine). Elle montre une avidité pour les plaisirs de la vie. Créer suppose une pratique de l’existence liée à une grande sensibilité qui n’est pas sans confiner avec la folie.

La femme artiste se détache des autres femmes qui ne se privent pas de la condamner suite à un comportement peu féminin selon les critères du moment. Je n’en suis pas sûre, mais il y a une provocation chez la femme artiste plus visible que chez son homologue masculin (parce que l’on s’y attend moins ?)

La femme artiste explique moins, mais montre plus à commencer par sa personne : elle s’engage plus physiquement que l’homme artiste. La femme peut dénigrer son corps, mais elle montre plus facilement ce qui paraît vulgaire aux yeux des autres femmes. En vieillissant, la femme artiste semble dure et renfermée en rejetant brutalement les autres (disons qu’elle ne fait plus l’effort d’aller vers eux). Quand la femme se relâche, elle se laisse aller sans chercher à se rattacher à quelqu’un ou quelque chose.

La femme possède des extrêmes que l’homme fréquente plus rarement.

Ce sont les regards des autres qui font et défont. La femme est-elle plus sensible aux regard des autres ? Ce n’est pas impossible. Même si c’est moins le cas aujourd’hui puisque son travail est reconnu, la femme artiste attend peut-être plus une reconnaissance que son équivalent masculin, sans doute parce que son existence est plus précaire que celle d’un homme. Le cri de Camille Claudel réclamant sa reconnaissance en tant qu’artiste résonne dans le coeur des femmes qui sortent de leur cadre.

La femme artiste possède une vision plus piquante, plus acerbe, voire plus critique que celle des hommes. Dans certains cas, elle va plus loin que son homologue a révéler les travers de l’existence, parce qu’elle en est plus sensible ? Le regard féminin est-il plus soucieux des brisures de la vie ? La femme sachant jouer de ses charmes sait mieux qu’un homme déjouer les ambiguïtés de l’existence. De toute façon, la femme se sent obligée d’aller plus loin que l’homme dans un sens ou dans l’autre.

Il existe plus d’artistes femmes qu’on ne le croit. La femme se dévalorise du fait de son éducation et doute d’elle-même du fait qu’elle trouve plus difficilement l’assentiment et la reconnaissance autour d’elle. Trop souvent elle se sent obligée de délaisser sa nature pour s’exprimer. Dire que c’est parce qu’elle n’est pas une « vraie » femme qu’elle est artiste est une ânerie. L’homme artiste est souvent accusé pour sa sexualité marginale, en cela la femme s’inscrit dans la légende qu’une grande sensibilité s’accompagne d’une déviance sexuelle. En réalité, il n’existe aucun critère valable pour définir un artiste qu’il soit homme ou une femme.

Ceux qui attaquent le plus les artistes sont ceux qui en ont le moins la sensibilité et la vision. Un artiste est reconnu à la valeur que prennent ses œuvres, plus rarement grâce à la qualité intrinsèque de son œuvre. L’homme et la femme sont à ce niveau dans la même galère. Mais il ne fait aucun doute que les déviances féminines sont mal perçues par une société qui se complait à figer les rôles de chacun.

Quand une femme dévie de son rôle, elle apparaît tout de suite plus dérangeante qu’un homme. Rimbaud est un héros, Camille Claudel reste perturbatrice pour beaucoup. Sans même le vouloir, il y a quelque chose de révolutionnaire chez une femme qui affirme sa profondeur et plus encore quand elle a de l’humour. Une femme rit des plaisanteries des hommes, le contraire et déjà une petite révolution.

Dès qu’une femme sort de ses contraintes sociales et familiales, elle présente une créativité d’une générosité inouïe. Selon les témoignages même des hommes, elle est passionnante, malicieuse, profonde tout en navigant allègrement dans les recoins du quotidien. Coco Chanel et Françoise Sagan troublent l’image de la femme, mais elles ont profité de la vie plus que la plupart des femmes de leur temps.

L’oisiveté apparente et le mépris des conventions sociales de l’artiste choquent les laborieux. Le travail de la femme capable de créer au même titre que l’homme dérange la morale oisive des femmes. Ceux qui déplacent les normes dérangent la société.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :