Le mythe de l’orgasme

Si une femme doit conserver son mystère, elle a malgré tout tort de ne pas suffisamment ouvrir sa sexualité à l’homme. Beaucoup de femmes pensent que leur amoureux les comprend intimement, mais aussi amoureux soit-il, il ne peut pas se mettre à leur place. Un homme a besoin d’être guidé dans la sexualité d’une femme.

L’hystérie est une maladie attribuée aux femmes depuis la nuit des temps : un utérus non satisfait, incapable de libérer sa substance, était censé devenir fou. Une femme sans orgasme est une femme hystérique, c’est-à-dire anormale.

Non seulement Freud accepte le concept d’hystérie, mais l’officialise comme maladie mentale. L’hystérie est cette incapacité de la femme à apprécier la sexualité masculine quand elle possède une histoire qui l’empêcherait de se réaliser sexuellement. Dans ses propos, Freud ignore la réalité féminine pour adopter un point de vue exclusivement machiste à laquelle la femme doit se plier ou être reléguée au niveau d’une folle. Une femme est censée devenir facilement dérangée du fait d’une prétendue fragilité psychologique. L’homme cultive l’idée d’une puissance masculine rendant la femme hystérique si elle n’en est pas à la hauteur.

L’homme pense que la pénétration vaginale par le pénis provoque à elle seule l’orgasme puisque c’est là que l’homme trouve son plaisir. Tout autre moyen lui semble anormal, voire pathologique. En réalité, le coït ne produit pas d’excitation chez la femme.

L’homme est obsédé par la pénétration et la friction censées faire plaisir à la femme. Si tel n’est pas le cas, il pense que la femme a un problème sexuel. L’homme désengage toute responsabilité si la femme ne connaît pas la jouissance. Freud pensait que la parole salvatrice du thérapeute était en mesure de guérir la femme et lui faire enfin trouver un orgasme en lui révélant ses problèmes. Résultat, la femme s’est trouvée affublée d’un tas de problèmes psychologiques qu’elle continue de traîner jusqu’à nos jours.

L’homme a des problèmes sexuels, mais discernables alors que la femme se perd dans les méandres d’une psychologie confuse et trouble. Beaucoup de femmes vivant dans cette terreur intellectuelle des hommes préféraient simuler une jouissance que de paraître en être exclue quitte à s’enchaîner à une vie sans plaisir.

Le terme hystérie est officiellement supprimé en 1952 par la psychiatrie américaine. C’est à ce moment que la psychologie masculine prend conscience qu’une femme est peut-être un peu plus que ce à quoi l’a cantonnée la vision réductrice de l’homme.

La femme n’existe pas dans la tête d’un homme, elle possède une réalité physiologique pratiquement ignorée jusque-là. L’homme n’est pas seul responsable de cette situation. La femme a du mal à s’exprimer sur ce sujet parce qu’elle ne sait pas non plus avec exactitude où se trouve le siège de son plaisir. Après tout, il est logique de penser que le plaisir de l’homme soit lié au plaisir féminin. Pourtant, il n’en est rien.

On sait depuis les années 50 que la jouissance féminine vient de la stimulation clitoridienne, le clitoris étant l’équivalent du gland masculin, mais pour un minuscule concentré de sensibilité. Cette sensibilité peut être source de douleur si l’attouchement est mal réalisé, généralement parce que la surface en contact est trop sèche. Le clitoris se sent confortable avec la langue dont la surface est humide et douce (cunnilingus).

Le clitoris est un organe érectile, comme le pénis, mais sa taille visible étant réduite, ça ne se voit pas. Une femme qui fait une érection ne s’en aperçoit pas. Si la partie visible du clitoris est toute petite, l’organe en lui-même est plus important, de taille équivalente au pénis, mais longeant la paroi intérieure du vagin.

Par l’excitation sexuelle, il se produit un afflux de sang entraînant un gonflement du clitoris et un redressement de sa tête. Une femme ne sachant pas que son clitoris est en érection, elle se trouve dans l’ignorance de son plaisir ce qui lui permet de simuler plus facilement. D’un autre côté, elle peut sentir une certaine excitation sexuelle, mais ne se traduisant pas par la physiologie appropriée. La femme a du mal à connaître sa sexualité qui est mentale avant d’être physique. À la différence d’un homme, une femme a besoin du confort de se sentir tendrement aimée.

Le vagin est un stimulant de l’excitation masculine, un réceptacle de la semence qui se jette dans l’utérus et une voie de passage du fœtus, des ovules périmés et du sang menstruel. Le vagin de la femme est insensible. C’est l’entrée du vagin qui est sensible à condition que le clitoris ne s’en trouve pas trop éloigné. La sécrétion vaginale pour assurer la lubrification est automatique et ne correspond à aucun plaisir.

La friction du pénis ne provoque du plaisir que si le clitoris se trouve en contact avec le pénis, mais la friction du vagin n’a aucun effet en elle-même. La distance entre le clitoris et le vagin est donc d’une importance capitale pour la jouissance de la femme. En situation normale, une femme dont le clitoris est éloigné de l’entrée du vagin ne trouve aucun plaisir avec l’homme si elle ne se touche pas.

Des sexologues ont évoqué la possibilité d’un point G quelque part sur la paroi vaginale qu’un doigt serait en mesure de provoquer. Ce point est hypothétique et n’a jamais pu être localisé. Chaque femme ayant sa physiologie propre, il est impossible de faire des généralités. Certaines femmes prétendent à la sensation vaginale d’un point d’excitation, mais il semble qu’il s’agisse d’une minorité. La conviction l’emporte sur la réalité.

Les deux grandes dates de la libération sexuelle de la femme sont 1967 avec l’officialisation de la pilule et 1975 avec la loi Veil sur l’avortement, mais peut-on dire dès lors que les femmes connaissent mieux leur plaisir ? Les femmes libérées pratiquent l’onanisme et sont souvent lesbiennes, c’est dire que la libération officielle des femmes ne les concerne pas. Elles le font pour connaître le plaisir du sexe, mais pas forcément celui de l’autre. En se masturbant, la femme se libère de l’angoisse du plaisir, par son lesbianisme, de l’angoisse de satisfaire l’homme.

Freud condamnait la masturbation féminine comme recherche du plaisir dit masculin du clitoris (pour fuir la mère). En réalité, la masturbation révèle au garçon comme à la fille, la vraie nature de son plaisir sexuel, lui permettant ainsi de mieux mesurer le plaisir qui est d’échanger avec un autre.

On nous fait croire que la femme aurait été libérée depuis cette découverte que l’orgasme lui est accessible à condition de savoir s’y prendre. L’orgasme est lié à une notion de performance. Chacun sent qu’il doit aujourd’hui se distinguer des autres. Je suis différente, donc je suis meilleure. Comme il n’y a pas de guerre, il ne reste à l’homme que sa prouesse sexuelle et son salaire pour se croire supérieur aux autres. La femme est dans le même cas, mais en n’oubliant pas d’ajouter qu’elle reste une excellente ménagère. La femme peut se tourner vers le plaisir, mais à condition qu’elle continue de jouer son rôle pour l’homme.

La femme à orgasme est exceptionnelle, participant au plaisir masculin, elle est censée exister mieux qu’une autre. C’est une séductrice parfaite. Mais ces femmes qui parlent d’orgasme, sont-elles plus épanouies que les autres ? Ne font-elle pas qu’exprimer leur dépendance à l’homme sous une autre forme ? La vie n’est pas le sexe et le sexe est une particularité dans la vie. L’orgasme est une particularité dans le sexe.

L’acte sexuel pour une femme peut se réduire à un cunnilingus et à un ensemble de caresses sur tout le corps, chaque femme ayant sa sensibilité propre, le bout des seins, par exemple. Il y a un côté bestial chez l’homme dans le sexe qui peut alimenter les fantasmes d’une femme, mais pas nécessairement. Cette façon d’exprimer la bestialité du sexe est souvent une façon de cacher la médiocrité de sa vie sociale et familiale. Une femme a besoin de tendresse et de beaucoup de savoir-faire qui dépasse les capacités de la plupart des mâles.

L’homme qui éjacule exprime un plaisir, mais c’est un plaisir insatisfait qui l’épuise. Et si nous changions notre conception du plaisir et du sexe ? Qui connaît son intériorité, qui connaît son corps ? Ceux qui prétendent à pareille connaissance, pourquoi n’échappe-t-il pas à la maladie ?

L’orgasme n’est pas nécessaire au plaisir sexuel. Rien ne dit que l’homme éprouve un prétendu orgasme si ce n’est à ce stade où l’amour physique devient impossible. L’éjaculation entraîne un plaisir intense chez l’homme qui lui coupe ses moyens et entraîne une envie de dormir. L’orgasme mâle, en cela, est une façon de clore une relation physique. Pour la femme, il en va autrement, l’orgasme dure plus longtemps, avec plus d’intensité et, surtout, peut être suivi d’un autre selon un rythme que peu d’hommes sont capables de suivre.

Quand l’amour se cantonne au seul acte physique, l’orgasme est une source de frustration, quand il ne vient pas, quand il vient trop vite ou quand il s’arrête brusquement. L’orgasme n’est pas une performance, mais un long et patient échange entre deux êtres à l’écoute l’un de l’autre. L’excitation des sens, les caresses qui n’en finissent pas, la tendre attente sont des plaisirs qui durent sans lesquels l’orgasme n’a aucun sens. Et si dans cette relation d’amour, l’orgasme ne se présente pas, est-ce si grave quand on préserve le bonheur d’une intimité d’étreintes et d’échanges ?

Le plaisir ne peut se confiner au seul instinct sexuel d’accouplement et de pénétration. Les caresses, les baisers, la chaleur, l’odeur, le toucher, le goût et l’ouïe, l’amour devrait être un acte total où tous les sens participent et échangent mille sensations.

L’amour ce n’est pas le sexe, l’amour c’est la vie sans rien exclure.

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Comments
11 Responses to “Le mythe de l’orgasme”
  1. Jérôme dit :

    Sujet complexe !
    Décidément, ce Freud semble avoir fait beaucoup de mal ! En plus d’avoir la tendance à généraliser son propre cas, il aurait donc été macho ? Il faut dire qu’à l’époque, la condition de la femme n’était pas à l’ordre du jour, alors sa sexualité…
    La jouissance de l’homme, quasi-automatique, peut être assimilée à un orgasme. Alors les hommes ont beaucoup de chance…

    • cieljyoti dit :

      oui, j’ai eu l’idée d’écrire cet article après avoir lu un texte sur le machisme de Freud. non les hommes n’ont pas de chance, ils sont différents voilà tout. je trouve que les femmes, dans leur souci de ne pas décevoir l’homme et de ne pas être rejetées par lui, ont tort de ne pas mieux le guider dans leur intimité sexuelle. je crois que tout le monde a y gagner )))

  2. Quel bel article sur un sujet complexe qui a forcément un écho en chacun de nous.

    Et il faut que je mette ton blog dans ma blog roll, je suis impardonnable de ne point l’avoir déjà fait…

    • cieljyoti dit :

      Laurent tu es un amour ))) deux autres articles vont suivre d’ici peu pour clore le sujet, ensuite, j’attaque des articles politiques, bien sûr dans une optique féminine. J’espère que papa acceptera de m’emmener sur le terrain pour me lancer dans l’actualité (entre 2 partiels). qu’est-ce qu’une blog roll ??

      • Jérôme dit :

        La politique ? On a hâte de voir ça !
        Sinon, je me permets de répondre avant mon ami Laurent, une blog-roll est un ensemble de liens que l’on met sur un blog. Il s’agit de liens vers des blogs qu’on apprécie et qu’on désire partager…

  3. Ton site est dans ma blogroll ! Question subsidiaire : que fait ton papa en rapport avec la politique ? Pour plus de discrétion, tu peux me répondre par DM sur twitter.

    • cieljyoti dit :

      ce n’est pas un secret, papa est actuellement journaliste, mais son vrai métier au départ est d’être ethnologue (profession qu’il a exercé durant 20 ans). est-ce que moi aussi j’ai une blogroll ??

      • Jérôme dit :

        Oui, ta blogroll est en fait la rubrique « liens » que tu dois pouvoir personnaliser…
        Si ton papa est journaliste, on connait maintenant l’origine de ta vocation 🙂

  4. PetitScarabee dit :

    J’ai apprécié cet article et suis entièrement d’accord avec ce que tu dis. Je me permets d’enrichir ce propos par ces quelques remarques : chaque individu étant différent des autres, il serait trop simple de généraliser certaines pratiques ou certains codes. Que se passe-t-il réellement dans l’intimité ? Et bien selon les moments, l’état de stress ou de complicité, l’acte sexuel peut être fougueux, rapide et… monotone. Et à d’autres moment, il peut être long, doux, uniquement composé de caresses, de cunnis (bon ok, j’avoue adorer faire des cunnis), des baisers, des mots chuchotés et autres attentions excitantes et passionnées…
    D’autre part, le point G existe, peut-être que certaines femmes ont cette zone plus ou moins érogène, voire pas érogène du tout, mais dans le cadre de caresses savamment dosées, à cet endroit précis lorsqu’il est sensible, l’orgasme monte et arrive bien par ce biais, certes bien caché (quoique le touché de cette zone soit légèrement différent d’une autre, peut-être qu’une sensibilité dans les doigts me permet de décrire ce que je connais).
    Enfin, je confirme, la pénétration satisfait principalement l’homme, mais peu la femme, ou alors de façon conventionnelle, mais pas de façon orgasmique, pas pleinement.
    A propos de pénétration, le comble c’est que la pénétration anale cette fois, chez l’homme provoque une excitation bien réelle, par le simple fait de la présence de la prostate, organe non présent chez la femme, donc sans effet aucun sur une quelconque excitation, hormis le tabou ou le jeu seul…
    C’était le quart d’heure Maitre Capello sur l’orgasme, complément d’article…
    Epilogue : et vive le tantra 🙂

    • cieljyoti dit :

      merci pour ces très intéressantes précisions. J’ignorais que la pénétration anale excitait les hommes. Il y a une chose aussi très intéressante que tu soulignes, l’aspect du tabou dans le sexe comme source d’excitation. Je n’y avais effectivement pas trop pensé et ce serait sans doute un nouvel article à faire.

  5. Je confirme l’existence du point G, identifiable au touché. A priori, c’est une sensibilité tactile que tout le monde n’a pas. Merci au Petitscarabée, je me sens moins seul ^^

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