Ce soir, Céline teste la révolution

Avant de changer le monde, la première chose est d’adopter le costume approprié. On ne fait pas la révolution en s’habillant n’importe comment sinon on n’est pas crédible. Rien ne sert de vouloir faire la révolution si on n’a pas l’air d’être révolutionnaire. En veux-tu, en voilà, je te mets du rouge partout quitte à me transformer en borne routière. La révolution est à ce prix, il faut que tout le monde puisse la voir venir de loin.

Comme j’ai renoncé aux vêtements des paysannes russes du début du XXè, j’ai opté pour le style BCBG punk. Propre sur soi, mais avec un je ne sais quoi de provoc qui fait que quoique je dise, je vois mon interlocuteur plongé dans des interrogations sans fin.

Une vraie révolutionnaire ne se pose pas de questions sur elle, mais sur les autres. La révolution, c’est surtout fait pour en parler, plus on en parle et mieux on se sent. C’est bien simple, quand on a causé toute une nuit de la révolution et bien le matin on n’a plus du tout envie de la faire.

Pour être révolutionnaire, il faut avoir le sens de l’injustice et il vaut mieux en avoir la pratique avant d’en parler. Le plus dur, c’est de penser injuste, il faut beaucoup s’entraîner. La pratique de la révolution commence d’abord par la pratique de l’injustice à outrance. J’ai emprunté sa Barbie à ma petite sœur et je l’ai habillée en garde rouge, trop la classe. Ensuite, j’ai essayé de convaincre ma sœur que la révolution est un devoir qui commence à la maison, mais elle n’a pas semblé convaincue quand je lui ai dit que j’étais le chef de la révolution.

Le monde est injuste ! Heureusement d’ailleurs, sinon de quoi on pourrait bien parler quand il ne diffuse pas sur Arte un documentaire sur l’armée Rouge ? L’injustice est la plus belle invention de l’homme, on ne peut pas lui retirer cette qualité.

On ne parle bien que de ce que l’on a vécu. On pratique surtout l’injustice à deux, tout seul on y arrive aussi, mais c’est plus difficile à reconnaître. Heureux ceux qui ont un bras plus long que l’autre, ils savent de quoi ils causent. Pour celles qui n’ont pas le bonheur d’être mariée à Lénine ou Mao Zedong, le premier contre-révolutionnaire à convaincre, c’est son mec.

Pour être sûre de ne pas me tromper de révolution, je me suis trouvée un bon petit cadre sup bien juteux du porte-monnaie. Quand il parle de son boulot, je me sens en plein dans l’injustice sociale et je le lui dit, enfin pas trop quand même car je ne veux pas le déstabiliser, des fois qu’il quitte son travail. Les portes du palais de la lutte des classes me sont grandes ouvertes.

La révolution prolétarienne est en marche, il faut juste trouver des prolétaires pour la suivre. C’est drôle, mais j’ai remarqué que quand on cause de révolution, ce sont surtout les riches qui se sentent concernés, les pauvres, eux, ont d’autres chats à fouetter. C’est à se décourager d’être pauvre ! Il y a de l’injustice à être pauvre, mais il y a surtout beaucoup d’injustices entre les pauvres, entre les plus que pauvres, les moins pauvres que d’autres, les pauvres riches et les riches pauvres. On n’y comprend plus rien, pas grave, moi je suis révolutionnaire, pas miss comprenette !

Le sens de l’orientation, c’est ce qu’il y a de plus difficile dans la révolution. Moi je suis de Gauche. J’ai mis du temps à comprendre. À gauche de quoi ? Mon mec il m’a expliqué que pour bien comprendre, il faut se faire élire député et se retrouver à gauche. Donc la Gauche, c’est un repère en fonction de l’Assemblée nationale ? J’y suis allée. Je me suis renseignée auprès des policiers : où se trouve la Gauche, s’il vous plait parce que moi je veux faire la révolution et je ne voudrais pas aller dans la mauvaise direction ? Mais la Gauche est un programme politique, pas une direction. Je leur ai dit, le programme oui, mais on le tient dans quel sens ?

Les révolutions du matin, du midi, du 4 heures et du soir n’ont pas le même goût et il faut toutes les pratiquer avec assiduité si on veut devenir une vraie révolutionnaire. L’injustice du matin, c’est devoir se lever trop tôt, l’injustice à midi c’est de ne pas pouvoir manger à sa faim quand on essaye de conserver sa taille, l’injustice à 4 heures, c’est la plus dure à trouver, mais celle du soir saute aux yeux, quand mon mec ne m’a pas ramené de fleurs. La plus flagrante des injustices est celle de la nuit. Il n’y a rien de plus injuste qu’un lit, tout commence là. Il dort, il ronfle, et moi j’attends la ménopause !

Quand il ne dort pas, on essaye toutes les positions, on trouve les zones qui provoquent le maximum de plaisirs injustes. C’est fou ce qu’il y a d’injustice dans la vie à deux. Quand j’ai expliqué à mon mec que faire le ménage, c’est une exploitation de la femme par l’homme, il m’a tout de suite fait comprendre que si je mettais moins le bordel partout, il pourrait participer plus aux tâches ménagères ! Les maîtres du capitalisme ont réponse à tout ! À ce moment, j’ai compris que la contre-révolution est un rempart de mauvaise foi pas si simple que ça à abattre. La mauvaise foi, il n’y a rien de tel pour débusquer les traîtres du capital. Ça les met hors d’eux, alors on voit leur véritable nature.

Quand mon mec est usé, je me rabats sur ma copine. Cette petite garce qui se croit tout permis parce qu’elle habite dans le 16è, nous dans le 6è, 10 étages en dessous, la vie est dure et on doit se battre pour garder un mec ! Je lui ai dit, il faut prendre aux riches pour donner aux pauvres. Elle m’a répondu, mais tous les pauvres réunis sont plus riches que les riches. Devant cette logique qu’elle croit implacable, je lui ai dit : tu étais plus nulle que moi en math ! Elle m’a répondu, mais moi j’ai plus de diplômes que toi. Pour ne pas la traumatiser, je n’ai pas insisté.

Devant tant d’injustices, je me suis dite assez de me laisser marcher sur les pieds, et j’ai adhéré au groupe activiste révolutionnaire féministe sauf samedi et dimanche (pour me garder un petit week-end tranquille avec mon mec). Nous, notre objectif révolutionnaire est de libérer les hommes. On leur fait voir de toutes les couleurs pour les habituer progressivement à accepter la femme libérée. En général, ils ne sont pas déçus du voyage, mais ils en redemandent rarement.

Le problème est de ne pas se tromper de révolution, des fois qu’on monterait dans un wagon à l’arrêt. Parce que sortir les banderoles et s’époumoner à tout va, c’est surtout bien quand il y a du monde pour regarder sinon on se sent un peu bête ! Alors autant rester dans les grands classiques qui ont fait leur preuve. Comme le président de Droite est la cause de tous les malheurs du monde, comme en plus il est caricatural à souhait, quand on tient un gars comme ça, on le lâche plus. Pour nous révolutionnaires, Sarko est une bénédiction, s’il n’existait pas, il aurait fallu l’inventer.

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Comments
2 Responses to “Ce soir, Céline teste la révolution”
  1. lola sponge dit :

    Enchantée zéphir,
    tu es libre, sans rire…

    Allez alliée!

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