Le mythe de la séduction féminine

La femme occupe la place d’une séductrice dans la société des hommes. Sortilège détournant l’homme de son destin, la femme séductrice est un voile aveuglant l’homme, elle est une tentation l’entraînant dans le malheur. C’est un mythe masculin quasi universel dans toutes les cultures.

Chez cette séductrice se cache une espèce de mal pouvant se répandre sur terre (Pandore, Ève). L’homme demande à la femme de séduire, c’est son rôle premier de plaire, mais dans un ordre délimité par son rôle social et familial centré autour de la maternité. Dans le cadre de cette maternité, il existe une certaine tolérance à son égard, mais au-delà, la femme perd sa candeur. La beauté de la femme doit rester au service de l’homme.

La séduction de la femme est proportionnelle à la valorisation du mâle. La femme déploie des trésors de séduction pour attirer l’homme qui, sans cela, ne la remarquerait pas. La beauté est essentielle, mais elle n’est pas suffisante. Plus le mâle est noble, plus la séduction est grande donc perfide. La séduction est perçue comme une tromperie quand la femme est censée détourner l’homme de son devoir. C’est un thème littéraire récurrent.

La femme séductrice est une femme sans morale, tournée vers la seule mise en valeur de ses attraits. Pour l’homme héroïque, la femme doit pactiser avec l’anormal. La femme séductrice est une sorcière supposée user de magie pour détourner l’homme de son chemin.

Par le pouvoir qu’elle exerce, la femme séductrice apparaît comme une étrangeté aux yeux des hommes. La séduction est perçue comme un pouvoir, le seul qui lui soit généreusement concédé. Si cette séduction aboutit sur un couple, elle est acceptable, mais si tel n’est pas le cas, elle provoque un drame, drame de l’adultère et de la désocialisation de l’homme. L’homme séduit qui ne peut accéder au mariage ou qui voit son mariage brisé ne peut être que la victime d’une sorcière. La femme séductrice est une mère envoûtante devant laquelle l’homme redevient un enfant.

La société attend de la femme qu’elle soit séductrice. Une femme non séductrice est jugée asociale. La séduction est un piège dans lequel les femmes tombent d’autant plus naïvement que l’homme les y amènent. Ce n’est pas la femme qui attire, mais le jeu de sa séduction. L’homme doit résister à une femme, mais il succombe. L’homme séduit perd le contrôle de lui-même. En renonçant à sa dignité masculine, l’homme entre dans le monde de la bestialité.

La femme séduisante peut avoir l’illusion d’être belle, mais sa séduction est ailleurs. Ce sont les atours féminins imaginés par les hommes qui les séduisent. Je ne crains pas de dire que les hommes utilisent les femmes pour se séduire eux-mêmes, avec les traits qu’ils leur prêtent. Une femme séduisante est une femme qui joue le rôle qu’on attend d’elle en mettant de côté sa personnalité intime. Une femme devient l’esclave de sa séduction.

Le charme n’est pas la séduction. Les gestes naturels d’une femme font partie de son charme, la séduction est artificielle. Une femme cherche à être aimée. Pour cela, elle use de sa féminité pour exprimer l’harmonie désirée. La séduction est ailleurs, dans un ensemble de gestes simulés. La femme séductrice ne cherche pas à être aimée, mais à bouleverser le mâle qui, devenu incapable de résister, se lâche à ses désirs fous. La femme séductrice, cette femme imaginée par l’homme, n’utilise pas une stratégie de femme pour arriver à ses fins, mais joue sur le fantasme de l’homme pour le réduire à sa volonté. Dans l’imaginaire masculin, derrière toute séduction se cache une manipulation. On est à l’opposé du charme naturel féminin et de son besoin d’amour.

Un homme séduit se sent un homme trompé quand il comprend que cette séduction ne lui est pas destinée. Or la séduction d’une femme ne concerne pas un homme en particulier, mais les hommes. La femme séductrice joue le rôle que l’homme attend d’elle. Rêvée par l’homme, elle est une héroïne de roman ou de film. Elle n’est pas une femme qui se met plus de maquillage, qui porte des vêtements sexy ou qui prend une attitude sensuelle, elle adopte le comportement et l’allure que l’homme a dans sa tête. La femme séductrice est un mythe masculin.

Une femme dont la séduction s’étend au-delà du milieu familiale entre dans la mythologie masculine. L’homme non séduit par la femme se sent rejetée par elle. La première séduction de la femme est de lui montrer qu’il est digne du mal qu’on se donne pour lui. Séduire l’homme, c’est le valoriser, le rassurer dans sa virilité et dans son rôle d’homme. La séduction féminine prouve que l’homme assume son rôle de mâle.

La séduction légitime est une générosité, un don de sa personne que l’on fait à l’homme que l’on considère digne de le recevoir. Elle devient un échange quand l’homme réagit favorablement. Si tel n’est pas le cas, la femme se sent rejetée. L’homme s’attend à ce que la femme lui donne tout, il lui donne en échange sa protection.

Une femme non séduisante se sent rejetée par les hommes, mais une femme trop séduisante connaît un sort analogue. La femme doit doser son jeu de la séduction pour rester dans ses limites sociales et culturelles. La femme séduit l’homme pour qu’il lui fasse des enfants et devienne une mère accomplie. Si la femme séduit sans jouer ce rôle familial, elle devient un monstre ou, dans les termes actuels une « salope ». L’homme accepte d’être séduit, mais à condition d’avoir sa récompense.

On reproche à une femme son manque de séduction, mais on lui reproche surtout sa séduction vue comme une tentation. La femme doit être belle, mais si elle l’est, on le lui reproche constamment. Ce n’est pas la beauté qui est une tentation, mais l’attitude jugée provocante d’une femme qui va d’elle-même vers l’homme qui s’en prétend une victime.

La femme n’est pas plus futile que l’homme, mais elle joue sur la futilité pour séduire quand elle ne se fait pas confiance. La femme trouve sa place à côté de l’homme à condition de jouer un rôle qui n’empiète pas sur celui de l’homme. La femme futile est vouée à sa seule séduction.

On prête à la femme plus de bavardages qu’elle n’est capable. La séductrice joue plutôt sur le silence, le langage de son corps sous forme d’expressions et sentiments à la limite du vaudevillesque. La séduction imaginée par l’homme est caricaturale. La femme fait un déballage de séductions en ne disant presque rien parce qu’elle est considérée comme une idiote. La séduction suggère ce que l’homme a dans la tête. L’homme explique qu’il perçoit une tentation devant laquelle il se sent impuissant comme si le pouvoir de la femme était si grand qu’il ne peut y résister.

C’est dans ce qu’elle laisse sous-entendre que la femme joue sur une futilité habilement mise en scène. Elle possède l’art de l’allusion, du non-dit, du presque rien, là où l’homme se perd en d’infinies explications lui paraissant toutes plus raisonnables les unes que les autres.

La séduction joue sur un comportement émotionnel, voire irrationnel en ce qu’il n’offre aucune explication aux yeux des hommes qui ne peuvent que la subir et s’y perdre. Le mythe de la séductrice repose sur une femme frivole, incapable de raisonner, voire même de parler en jouant sur des émotions auxquelles l’homme cède ou non.

Autant le charme est un échange d’amour autant la séduction est à sens unique où la femme n’a rien d’autre à donner que son corps. La séduction ridiculise l’amour. L’homme séduit est prêt à toutes les folies pour accéder à un amour qu’il sait pourtant impossible. La séduction débouche sur un drame, l’échec de l’homme à réaliser l’image qu’il se fait de la féminité.

Dans le jeu de la séduction, l’homme et la femme sont réduits à des caricatures en une espèce de comédie dramatique flirtant sans cesse avec la tragédie, la chute de l’homme dans les abysses de la féminité, mais aussi de sa virilité. Le charme est intime et subtile, la séduction est publique et grossière. Le charme est perceptible, la séduction est visible. Le charme est une indicible impression de joie et de bonheur, la séduction est une bourrasque d’émotions confuses éveillant le besoin instinctif du mâle. Là où le charme pianote sur une sensibilité amoureuse, la séduction joue sur l’instinct sexuel du mâle. L’homme séduit, perdant le contrôle de sa dignité masculine en sombrant dans son instinct, devient une espèce d’animal. L’homme séduit est sent comme une victime.

Tout est fait dans la société pour réduire le danger supposé de la femme séductrice. Certaines sociétés archaïques vont jusqu’à des actes d’une cruauté inouïe contre les femmes ne jouant pas leur rôle familial et social. Jusqu’à il y a peu dans les sociétés occidentales, la femme séductrice coupable ou « cause » d’adultère pouvait encourir des peines très sévères, voire la mort, le mari pouvant la tuer sans encourir de peine judiciaire.

Alors que l’Islam reconnaît que la femme n’a pas forcément mangé la pomme en premier, l’extrémisme de la femme séductrice se trouve dans l’obligation de certaines femmes musulmanes intégristes de porter le Niqab, un voile intégral où l’on ne voit même plus les yeux. Dans la plupart des cas, la femme est contrainte au port de la niqab, mais certaines femmes le portent de leur plein gré. Ces femmes ne vivent que dans le fantasme de l’homme en se convainquant qu’elles sont capables d’entraîner l’homme dans la folie d’un désir incontrôlable. Le niqab n’est pas une affirmation religieuse, mais un délire névrotique montrant combien la femme elle-même a du mal à se percevoir en tant qu’être humain à part entière.

L’homme attend la séduction chez la femme, mais il s’en méfie parce qu’il veut qu’elle l’entraîne là où la morale de la société l’interdit d’aller. Ce schéma est un mythe. Le dragueur est moqué parce qu’il provoque une séduction qui n’est pas naturelle. Le dragueur est un personnage comique et sympathique. Pourtant le dragueur n’est rien d’autre qu’un séducteur. La séductrice, personnage mystérieux et envoûtant, fait peur, le séducteur fait rire tant qu’il respecte le jeu social. S’il enfreint les règles de la société, tel Don Juan, il devient un mythe, celui d’un homme auquel nulle femme ne peut résister et donc d’un briseur de famille.

L’homme n’est pas un monstre méprisant la femme. Mais ce serait bien qu’il arrête d’imaginer une femme qui n’existe pas et qu’il vive enfin avec celle qui vit avec lui. L’inverse n’est pas vrai, non que la femme soit plus intelligente que l’homme, mais sans doute parce qu’elle a besoin de la réalité d’un homme. La femme est plus tolérante à l’égard des défauts masculins du moment qu’elle se sent aimée pour elle-même. La femme séductrice est une parodie de femme.

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Comments
6 Responses to “Le mythe de la séduction féminine”
  1. lola sponge dit :

    Merci
    Quand on ne croit pas en soi, on s’assoiffe. On se laisse séduire, on s’oublie. C’est facile.
    Ce qui m’attire n’est pas ce qui me séduit.
    L’amour est un remède, pas un poison. C’est une découverte, une recherche.
    La séduction dans un couple c’est l’histoire la plus jolie, la plus subtile.
    Mais c’est difficile, oui c’est fragile.

  2. J’aime que les femmes soient elles-mêmes, féminines, spirituelles, jolies et un brin fofolles. Les femmes qui veulent concurrencer les hommes sur leur terrain (rapport de force, agressivité, instinct de compétition et de prédation), très peu pour moi.
    Ensuite le problème vient des hommes qui souvent réduisent les femmes à des séductrices ou des objets de séduction. Toutes des salopes sauf maman, ma soeur et ma femme, ça parait caricatural ? Mais c’est malheureusement souvent le schéma à l’oeuvre dans la tête de mes camarades mâles.

    • cieljyoti dit :

      bien d’accord avec toi, une femme est une femme et ne se révèle à elle-même qu’avec ses qualités propres et non celles des hommes. le territoire de la femme est suffisamment vaste et inexploré pour qu’elle en exploite chaque recoin. je suppose que le féminisme devait être une réaction au machisme des hommes ? c’est par leur refus d’accepter la femme dans toutes ses richesses que les hommes ont produit une femme caricaturant certains aspects de la virilité. les relations étant actuellement plus tolérantes, les femmes peuvent mieux exploiter leurs réalités sans se voir reléguées à un rang qui n’est pas le leur. pourquoi certains hommes attendent-ils des femmes qu’elles les séduisent comme si elles ne devaient vivre que par rapport aux hommes ? c’est évidemment réduire la féminité à un rôle subalterne.

      • mvogo eloundou guy.D dit :

        merci j’ai lu l’article et il est plein de spiritualité et reflète le genre(féminin) qui l’a écrit. Je pense qu’un avis masculin est tout autre.Partant de l’hypothèse que une relation entre deux individus de même sexes ou non est d’abord conflictuelle,la course à la supériorité morale est de mise. Ainsi, tout le monde use de ses atouts pour l’emporter: la séduction,le charme(pour la femme);l’autorité, agressivité(pour l’homme).GLF

      • cieljyoti dit :

        vous avez raison, merci pour cette précision

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