Céline teste la mort

J’ai appris que je suis atteinte d’une grave maladie. L’angoisse qu’on n’a qu’une fois dans sa vie ! J’ai cru que j’allais mourir de rire, en fait, je ne le savais pas encore, j’allais mourir d’autre chose. On n’est jamais malade tant qu’on ne nous le dit pas, c’est en nous l’annonçant qu’on le devient. C’est quand j’ai su que j’étais malade que j’en suis morte. Ce genre de truc qui nous tombe dessus sans qu’on ait le temps d’y comprendre quelque chose.

Finalement, pas si mal d’être morte. Je suis passée par un grand trou noir, j’étais comme portée, ça m’a évitée de me perdre. Je me retrouve partout là où j’étais avant, mais chaque fois que je parle ou que je fais quelque chose, ça n’a aucune conséquence. J’existe sans exister, je suis là, personne ne me voit, je crie, personne ne m’entend, quoique je fasse, ça n’a aucun effet. Ça ne me change pas beaucoup d’avant où personne ne faisait attention à moi. Mais là, je me sens encore plus bête que d’habitude. C’est donc ça la mort, pas de quoi en faire tout un tralala ! Avoir l’air bête, c’est comme dans la vie !

C’est pas drôle de se dire que l’on est l’esprit que l’on n’a plus. Parce que rigoler toute seule, ça doit vite lasser. Et quand on est morte, ce n’est peut-être pas correct de rire ? J’ai beau m’échiner à déplacer les objets, ils ne bougent pas, je casse, rien ne se passe. Dommage que je ne sois plus vivante, ça m’aurait permis de faire des économies de vaisselle. La vie est si mal faite que je ne suis pas si mécontente d’être morte, encore faut-il savoir si la mort est bien faite, parce que si c’est le bordel comme là-haut, bonjour les embrouilles.

Marrant d’être morte. Je vais partout, je fais ce que je veux, personne n’y prête attention. Moi qui ai peur de faire mal, là plus aucune suite à mes gaffes. Pourquoi ne pas en profiter ? Il y a des gens attablés à une terrasse, ils ont l’air de bien s’amuser, pourquoi pas moi ? Je m’assois sur les genoux d’un super beau mec. Ça va, je ne suis pas trop lourde ? Non, mais tu pourrais être plus légère dans tes affirmations répond-il à sa copine en face de nous. Je reconnais que la fille n’est pas moche. Soudain il s’écrie, tu ne trouves pas qu’il fait froid ici ? Moi, je dis non, sur tes genoux, c’est la température idéale. La fille est d’accord avec moi : non je trouve que la température est parfaite en ce mois de septembre. Je voudrais lui dire de se mêler de ses affaires, mais je me rappelle brusquement que ce n’est pas mon mec après tout. Quand un homme ne me fait pas oublier les mecs de mes copines, c’est pas le bon !

Si je suis morte, qu’est-ce que je fais ici ? Je me demande s’il y a un bureau des réclamations dans la mort ? Mourir, passe encore, mais ne pas me donner le mode d’emploi, je fais quoi moi maintenant ? Et si j’étais devenue un ange avec des petites ailes toute blanches ? Les copines, je vais les tuer là, c’est sûr ! Je me tâte de partout, pourtant c’est bien moi là. Ça se déplie comment des ailes ? Au lieu de nous bourrer de plein de trucs inutiles, on ferait mieux de nous apprendre à voler ! Je trouvais déjà bizarre la vie, ici, c’est pareil. Où est l’erreur ? Aurais-je fait une mauvaise manœuvre ? La mort, c’est comme la vie, beaucoup de questions et jamais de réponses. Et si j’étais un fantôme ? Trop la classe. Ils vont peut-être m’engager pour le prochain Harry Potter. J’ai ma petite trousse à maquillage. Je me refais une beauté, c’est pas parce que je suis morte que je dois me laisser aller. S’ils me font passer le casting de la vilaine sorcière, là le Harry, il a intérêt à se trouver un autre Potter parce que je vais le démantibuler !

En attendant, c’est pas tout, il faut que je pense à m’occuper moi. Je me trouve un beau mec et je le colle, je le suis partout, je suis son ombre. Tiens il sent quelque chose lui, il ne sait pas quoi, mais je sais qu’il y a quelque chose qui l’intrigue. Ah non, tiens ce n’est pas moi, il se demande s’il n’a rien oublié. Mais non, t’es tout mignon comme ça ! Je parie qu’il va à un rendez-vous galant. De mon vivant, je n’ai jamais pu serrer un mec comme ça. Oui, mais là frustrant, j’ai jamais été aussi proche d’un homme et personne n’en profite ! Si la mort, c’est ne plus jamais aimer ni être aimée, je préfère quand même vivre en rêvant de l’être !

Quand on est fille, il faut trouver le pouvoir qu’on exerce sur les hommes, mais quand on est morte, on fait quoi ? Ben, la même chose, non ? Quels sont donc mes super pouvoirs ? Je souffle sur lui, tiens on dirait que ça le chatouille, enfin il faut le dire vite. Pourquoi faut-il donc toujours en faire trop pour qu’on nous voit si peu ! Je lui défais les cheveux, les mecs ils détestent ça, mais là rien ! Je lui défais tout ce que je peux, mais rien, rien de rien !

C’est pas vrai ça ! La garce ! Il a rendez-vous avec elle, ma meilleure copine ! On a chialé deux plombes parce que son mec l’avait lourdée et la voilà qui fait les yeux doux à ce type qu’elle ne connaît même pas ! Non ? Là c’est trop ! Je ne peux pas y croire ! C’est mon mec ! Je l’avais même pas remarqué, c’est mon Jules, elle me l’a piquée ! J’arrive en retard qu’il lui dit. Elle lui répond : je t’ai attendu toute une vie ! Trop mytho la nana ! Et moi j’ai fait quoi alors ? Elle nous joue du violon maintenant. Je voudrais lui filer un coup de cymbale dans l’oreille pour lui apprendre la musique. Tout s’est fait si vite, comment peuvent-ils savoir que je suis morte ? C’est sûr, c’est pas d’aujourd’hui leurs roucoulades ! Mais qu’est-ce que j’ai donc fait de mal pour qu’on m’en fasse autant maintenant que je suis morte ! Tiens, je préfère encore aller vivre !

Et quand il va faire nuit, je fais quoi moi ? Je couche où ? Si c’est pour regarder les autres dormir, la mort est drôlement ennuyeuse. Ce que je ne comprends pas, c’est où sont les autres. Je ne suis quand même pas la seule à être morte ! Qu’est-ce qu’on fait ici pour ne pas s’ennuyer ? Mes ancêtres, ils doivent bien être quelque part ? Je suis seule, je n’y comprends rien, je m’épuise.

Je tombe sur un gros mec avec une énorme barbe, l’air un peu bizarre, mais lui, au moins, il a l’air de me voir. Je me dis que c’est peut-être dieu ? Il ne ressemble même pas à mon père ! C’est sûrement le moment ou jamais de lui raconter ma vie. Il connaît déjà tout, mais il ne sait peut-être pas ce que j’en pense. Je vais l’abreuver moi de commentaires, je vais lui faire rendre grâce, il va sûrement m’envoyer au paradis pour me clouer le bec. Vu son air toujours plus éberlué, j’ai fini par me demander s’il était la bonne personne. Et si c’était le diable ? Bon je continue de causer, si je le lasse, il ne me gardera pas !

Là je dois franchement l’ennuyer. Il me fait les gros yeux : il ne va quand même pas me les offrir à dîner pour ce soir ? Il n’a pas l’air content du tout. Je préfère lui expliquer que je suis de passage et que je cherche le moyen de sortir d’ici. Comprends pas pourquoi il se met en colère, je ne fait juste que lui parler. C’est comme ça qu’on parle à un petit ange ! Monsieur, vous êtes un malotru ! Il se met hors de lui pour m’expliquer que je suis en train de sauter sur son divan ! Qu’est-ce que j’en ai à faire de son divan moi ! Quoi, un divan ? Ça y est, je percute ! C’est mon psy ! Vais-je devoir passer l’éternité qui me reste avec mon psy ? Je suis déjà morte, ils ne veulent quand même pas me torturer en plus !

Quand je me réveille, j’ai les bras ankylosés. Je respire lourdement, je ne sais pas où je suis. Simplement dans mon lit. Je sens une présence, j’ouvre les yeux, tiens c’est toujours le même ? C’est lui, il est toujours là ? Moi je vais te le savonner comme il faut pour lui apprendre à me tromper avec ma copine et en plus pendant que je dors !

Et si la vie n’était juste qu’un rêve dans la mort ?

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Comments
3 Responses to “Céline teste la mort”
  1. elek dit :

    Bel exercice, bravo;-)

  2. Absolument délicieux ! Et bien content d’être persuadé que la mort c’est le néant. Ta mort Céline, elle m’a fait rire (beaucoup) mais aussi flipper (un peu).

    Et merci de m’avoir ajouté à ta blogroll !

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