Le mythe du Chômage

Le chômage est le plus grand scandale de nos sociétés modernes. Il devrait être montré comme un crime contre l’humanité, pas moins, car un être humain qui ne peut pas travailler et nourrir sa famille perd sa dignité. Une société qui ne met pas ses tripes pour combattre le chômage par tous les moyens est condamnée à disparaître. Le travail est le fondement de l’humanité. Laisser croire que des robots vont remplacer le travail humain et que nous nous dirigeons vers une société de loisir est un mensonge qui a fait un mal énorme. Faire croire comme certaines démagogies gauchistes que ce sont des riches qui gouvernent le monde pour que la population puisse en profiter est une dangereuse ânerie. C’est le travail de chacun qui contribue à l’enrichissement de tous.

Considéré comme une voie vers une société de loisir où le travail serait marginalisé, le chômage est entré dans les mœurs. Il a créé l’illusion d’une société n’ayant plus besoin d’œuvrer pour subvenir à ses besoins où quelques salariés travailleraient pour nourrir des individus désœuvrés. Entre temps le nombre de personnes âgées a augmenté et beaucoup de jeunes se voient bloqués à l’entrée du marché du travail. Jamais une société n’a dû supporter autant de gens oisifs entraînant son appauvrissement général.

Le chômage des jeunes serait resté un problème mineur s’il ne touchait une frange de la population fragilisée par son origine immigrée. Les français ont parqués des êtres humains dans des ghettos repliés sur eux-mêmes où les jeunes se voient privés de tout ascenseur social ne pouvant accéder ni aux études, ni au respect dont chaque être a besoin pour son épanouissement. C’est la violence parfois extrême de ces jeunes qui a fait comprendre au reste de la population combien la France démocratique et républicaine n’a pas su accueillir une population qui se sent aujourd’hui rejetée. C’est à la République de tendre la main vers les jeunes, pas le contraire.

Le chômage est un cancer social. On identifie des causes, mais on reste incapable d’agir sur elles car elles semblent échapper à toute prise. En agissant sur telle cause, on réveille une autre et ainsi de suite. Nous avons changé de société, mais les structures économiques et politiques sont restées les mêmes. Nous réfléchissons avec des idées du passé sur des problèmes qui n’existaient pas. Jusqu’à présent les français vivaient sur eux sans trop se soucier de ce qui se passait à l’étranger. Mais la France, voulant conserver son train de vie, s’est endettée en empruntant des sommes toujours plus importantes à l’étranger. Et les prêteurs sont devenus une terrible pression sur un pays qui a pourtant des ressources naturelles et humaines suffisantes. Un pays pauvre est endetté par un pays riche, mais un pays riche endetté par d’autres pays riches est un paradoxe où s’est enlisée la France.

S’il est essentiel de protéger les institutions démocratiques de la France, il ne faut pas non plus s’enfermer dans des blocages politiques qui sont autant de freins sur les structures économiques du pays. Le chômage est une maladie non seulement pour ceux qui en sont victimes, mais pour le pays tout entier. Un pays qui ne parvient pas à résorber le chômage est condamné à tourner en rond.

On a diabolisé des pans entiers de notre économie sous prétexte qu’ils appartiendraient à une petite élite de riches. C’est là que quelques fortunes sont nichées n’osant plus investir leur profit dans des entreprises pourtant vitales pour le pays. La première cause du chômage se tient là, cette incapacité du capitalisme français à s’investir dans des projets ambitieux et sources d’emplois.

Le chômage c’est 10% de crise, 20% d’incompétence professionnelle, 20% d’une administration inefficace, 20 % d’un patronat incapable et 30% d’erreurs politiques. La crise financière n’a fait qu’accroître les problèmes. Même si la crise s’arrête, le chômage continuera tant qu’on n’aura pas mis en œuvre un ensemble de solutions cohérentes. La crise a accéléré des effets, mais ne les a pas engendrés. Le capitalisme est une bête sauvage produisant autant de lait que de purin. Tuer la bête élimine purin et lait. Je crois préférable d’essayer de mieux la domestiquer.

C’est en acceptant l’idée d’un chômage contre lequel on ne peut rien faire que la crise étend ses  tentacules dans tous les rouages de l’économie. Une crise révèle l’insuffisance et l’impuissance des structures qui sont touchées. C’est quand l’économie française a stoppé sa croissance que le chômage est apparu et plus cette croissance a baissé, plus le chômage s’est installé en force dans la société.

Sans une croissance appropriée, le coût du travail est devenu excessif. Baisser la durée de travail avec une augmentation des charges patronales est un frein évident. La recherche d’un bas coût du travail a amené certaines entreprises à se délocaliser en Europe orientale. Pour diminuer le coût du travail, on met des robots partout. Dans l’industrie, le robot a son utilité, mais au niveau des services comme dans le métro par exemple, c’est une catastrophe. Supprimer la présence humaine entraîne une dégradation générale des services. L’incapacité à conquérir de nouveaux marchés notamment en Asie a de graves répercussions dans l’économie nationale. Autant les délocalisations sont outrancières, autant l’installation d’entreprises en Chine est la garantie d’un colossal marché.

La mobilité réduite des travailleurs qui ne rendent pas là où il y a du travail est un facteur non négligeable. Les pays où l’on lutte le mieux contre le chômage sont ceux qui offrent une meilleure mobilité aux personnes. D’un autre côté, chaque région doit s’engager dans une politique d’ouverture pour faciliter au mieux l’installation d’entreprises sources d’emplois. Au lieu de se lorgner de loin, le travailleur et le travail doivent aller à l’encontre l’un de l’autre.

Un patronat frileux qui déteste prendre des risques n’ose investir ses profits que là il est assuré de son profit. Le risque est pourtant une des conditions de base du capitalisme. Le capitalisme français pantouflard souffre d’un manque de confiance et d’audace. Une économie mal diversifiée fait qu’on exploite ce qui marche en ne se tournant pas assez vers l’innovation. Tout ce qui n’est pas capable d’originalité se rabat sur le passé.

Une mauvaise flexibilité du travail fait qu’il n’a pas su s’adapter à la nouvelle société : on conserve des emplois qui n’ont plus d’intérêt. Au lieu d’être porteur de projet, le travail inutile et inefficace en ralentit le développement. Le travail entraîne le travail de la même façon que le chômage entraîne le chômage. Une société vit de son travail et de la qualité de son travail.

Culturellement, travailler est désormais perçu comme une source d’ennuis, de brimades et d’injustices. Les regards sont tournés vers quelques stars pour lesquelles tout semble tomber du ciel. Le travail est perçu comme une corvée et non plus comme un moyen de valorisation et d’expression. Sa dévalorisation passe par la survalorisation du travailleur. De plus, le mépris du travail manuel éloigne beaucoup de jeunes vers des carrières enrichissantes et pleines d’avenir. L’artisanat reste une des principales ressources économiques d’une civilisation. Il faut non seulement se battre pour le travail intelligent, mais aussi pour l’intelligence du travail. Rien ne sert de mécaniser le travail, il faut mieux l’adapter aux réalités humaines.

Les jeunes reçoivent une mauvaise qualification : ils suivent une formation pour un type d’activités, sans comprendre que la nature d’un travail évolue à mesure qu’il se développe. Dès le départ, il faut offrir une éducation polyvalente car nul ne sait ce que demain sera. Une mauvaise pédagogie place les travailleurs dans la situation de ne pas savoir comment réagir en cas de coup dur. Sans le soutien d’une famille et d’une formation suffisante, le jeune se heurte au marché du travail avant même d’y être entré.

Si les syndicats sont nécessaires à la vie d’un pays, un système syndical trop politisé et trop archaïque est mal adapté au nouveau marché du travail. Les syndicats sont devenus des entreprises avec de véritables enjeux économiques. Avant de protéger le travail des autres, ils doivent d’abord assurer le leur.

Une administration trop compliquée est une ineptie économique dans un monde qui bouge sans cesse. On peut trouver un système pour protéger les travailleurs sans concevoir une administration pesante et mal adaptée à la réalité économique. Des complications administratives sans fin liées à des charges trop importantes avant même d’avoir pu gagner de l’argent sont des freins à une économie déjà fragilisée par ailleurs par des structures dépassées.

La grande époque d’une Nation vouée à la production industrielle est finie. Nous sommes entrés dans une société de services. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que les secteurs les plus porteurs d’emplois sont : les services à la personne en général, les services aux personnes âgées, la restauration classique, la sécurité, le tourisme et les loisirs.

Le chômage n’a pas été combattu parce qu’il a servi au patronat pour fragiliser les travailleurs et à la politique pour se justifier. Le discours autour du chômage et de ses éventuelles solutions reste au cœur de tout envolée lyrico-politique. Le chômage est un moteur politique. Non seulement on a appris à vivre avec le chômage, mais il est devenu un enjeu de propagande. La surenchère politique a embrouillé les cartes. Certains démagogues ont habilement utilisé le désarroi des gens en faisant des serments irréalisables. Le discours de rigueur est justifié, mais sûrement pas autant qu’on nous le dit. La redistribution des richesses n’a de sens que si cet argent est placé dans la circulation économique sous forme d’investissement. On ne prend pas aux riches pour donner aux pauvres, on prend aux riches pour relancer des entreprises.

La politique actuelle vise plus à faire baisser le chiffre du chômage par tous les moyens possibles que le chômage lui-même. Des demandeurs d’emploi disparaissent brusquement dans des stages qui n’aboutissent pas. Les agences d’intérim, dans les endroits où sévit le plus le chômage, touche une prime au placement. Un demandeur d’emploi est redirigé là où il y a une demande d’emploi même s’il ne possède pas la qualification requise. Tout un savoir-faire est sacrifié au nom d’intérêts politiques. Le reclassement vise à retrouver un emploi similaire grâce à l’accès à une formation quelle qu’elle soit, mais sans résoudre aucun problème qui se trouve juste déplacé. Changer de métier du jour au lendemain sans que cela soit un choix n’est pas aisé à vivre pour tout le monde.

L’un des contradictions de notre société est qu’une partie de la population active est vouée aux chômeurs. Pour mieux en motiver les résultats, l’État a institué un système de prime pour le retour à l’emploi. Résultat, l’effort est tourné vers ceux qui sont le plus susceptible de s’en sortir et les autres, la grande majorité, est laissée à elle-même. Les Associations pour l’Emploi dans l’Industrie et le Commerce (Assedic) sont des associations françaises loi de 1901 créées à partir de 1958. Elles ont pour mission d’affilier les entreprises, de procéder à l’inscription des demandeurs d’emploi, de recouvrer les cotisations sociales et effectuer le paiement des indemnités de chômage et d’assurer le suivi et l’accompagnement des demandeurs d’emploi, en collaboration avec l’ANPE.

L’ANPE, créée le 13 juillet 1967 sous la présidence de Jacques Chirac, est supprimée le 19 décembre 2008 pour fusionner avec le réseau Assedic afin de former un service public de l’emploi unique Pôle emploi. Le terme « contrat à durée déterminée » est introduit par la loi nº 79-11 du 3 janvier 1979. La forme actuelle du contrat à durée déterminée date de 1990. Le contrat à durée déterminée est un contrat de travail pour lequel un employeur (société, entreprise) recrute un salarié pour une durée déterminée. En droit du travail, un Contrat à Durée Indéterminée (CDI) est la forme normale du contrat de travail passé entre deux personnes : l’employeur (une personne morale ou un commerçant exerçant en nom propre, un artisan ou un « particulier/employeur ») et le salarié, sans limitation de durée.

La loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 instaure le statut de l’entrepreneur individuel communément appelé autoentrepreneur selon ce principe : pas de chiffre d’affaires, pas de charge sociale ou fiscale. Le statut s’adresse à tout le monde, mais il est strictement individuel. Si l’entreprise réussit et s’agrandit, elle quitte ce statut privilégié. Le concept d’autoentrepreneur est juridique, pas économique. Il confère un statut et un soutien juridique à un créateur d’entreprise, mais pas une réalité économique. Le concept d’autoentrepreneur limité à une seule personne a un intérêt réduit. Si la loi a incontestablement insufflé un dynamisme économique, elle ne concerne malgré tout que des gens porteurs d’un vrai projet qui peut ainsi voir le jour plus facilement. Elle s’adresse donc à une frange de travailleurs déjà aguerris.

Cette loi montre combien la vie française est compliquée. C’est un vieux système qu’il faut moderniser en l’allégeant le plus possible de ses contraintes du moins pour ceux qui s’engagent dans un véritable projet économique. Contre la règle pour tous, il faut une politique plus adaptée aux cas particuliers. Il faut réintroduire une politique humaine en supprimant les lourdeurs d’une administration qui n’a plus sa raison d’être dans une société qui évolue plus vite qu’elle.

Il n’y a pas suffisamment de chômeurs ayant accès aux formations professionnelles (une quinzaine de jours pour se former à un nouveau métier est un leurre). Le chômeur est laissé à lui-même sans avoir les compétences pour se sortir de sa mauvaise passe. Même si le chômeur entrevoit le moyen de s’en sortir, il ne sait pas comment mettre en œuvre ses projets. Il s’enferme dans le rôle d’assisté parce qu’il n’a pas d’autre choix. Quand la société prend l’individu en charge dès le début, si jamais elle le lâche, comme dans le cas du chômage en fin de droit, il se sent totalement abandonné et dénué de tout s’il ne possède pas le moyen de s’en sortir. Le chômage est universel, mais c’est un drame français dans la mesure où la République s’est substituée à l’individu en cassant la structure vitale de la famille. Sans une famille unie derrière soi, le chômage fait encore plus dégâts.

Le chômeur est seul face à une administration incapable de l’aider dans son cas particulier. Face aux pesanteurs de la vie sociale, les chômeurs doivent s’organiser et se réunir, plus on est nombreux plus on est fort. Sortons le chômage de l’administration et donnons le chômage aux chômeurs. Le chômage est une maladie. Comme les alcooliques, les drogués, les gens à problèmes se réunissent entre eux pour parler librement de leurs problèmes et du moyen d’en sortir, pourquoi ne pas faire la même chose avec les chômeurs à l’aide d’associations à but non lucratif gérées par des chômeurs ?

L’expérience et la vitalité de ceux qui surmontent leurs problèmes sont plus précieuses que toutes les administrations du monde. Un chômeur isolé est faible, il se sent abandonné et socialement dévalorisé. Il a besoin de rencontrer d’autres personnes dans son cas non pour pleurer sur son sort, mais pour élaborer une issue. Avec les autres on va plus vite et plus loin qu’en restant seul. Il faut réunir des gens ayant une compétence non seulement équivalente, mais complémentaire pour élaborer un projet. Chacun a une compétence et nul ne peut réussir sans l’autre. La motivation doit exister chez soi, mais il est bon de la rencontrer chez les autres pour jouer le rôle d’un amplificateur.

Quand la société, par son aveuglement, reste incapable de fournir du travail, il ne reste plus qu’à inventer le travail auquel on a droit en fonction des besoins réels de la société. Ce que la société ne nous procure pas, nous devons tout mettre en œuvre pour le réaliser par nous-mêmes. Un chômeur isolé est impuissant, mais si des chômeurs se réunissent, ils partagent leurs compétences, ils deviennent plus forts et peuvent mettre tout en œuvre pour réaliser leurs rêves. Ce n’est pas à la société de réaliser les rêves des gens, ce sont les gens qui doivent les réaliser avec l’aide de la société.

Le chômage est un rêve qui s’est brisé et c’est à nous tous de reconstruire un rêve.

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