Céline teste la beauté

Les super nanas, ça sent le trafiqué, la prise de tête devant le miroir qui leur renvoie une image apprivoisée, prévisible, belle quoi ! Les miroirs m’emmerdent, ils me font trop penser à ce mec quand il croit me voir sans s’apercevoir qu’il est en train de regarder la nana que je ne suis pas et que je ne veux même pas être. J’en ai marre d’avoir la tronche de celle que je ne veux pas être.

Le problème quand on est moche, c’est qu’on ne sait jamais à quoi pense un mec quand il veut nous brancher. Qu’est-ce qu’il peut bien vouloir ce mec avec un fille comme moi ? On se pose tellement de questions que les mecs, même les plus déterminés, finissent tous par décamper.

Sais pas pourquoi, mais je m’arrange toujours pour acheter des miroirs moches. Je me fais refiler à chaque fois  un miroir déformant ! C’est à croire qu’il me voit arriver le commerçant, tiens celle-là on ne va pas la louper ! Je retourne au magasin pour le changer, mais une fois dans le magasin il se remet à marcher.

Le vilain crapaud, le vilain petit canard et maintenant il y a moi ! Sûr que le mélange crapaud et canard n’a jamais rien donné de bon ! Il ne sera pas dit que je vais me laisser abattre. Ils n’arrêtent pas d’inventer de nouveaux trucs pour nous rendre belles nous les nanas, alors moi, je vais les écumer les crèmes, je vais pas attendre qu’elles durcissent ! Première étape, le shopping. Je commence par les chaussures, le choc est moins rude. Les talons hauts, il y a des surprises au début, mais on s’habitue assez vite. J’ai le pied un peu gonflé qu’elle me dit ? Quand tu vas le recevoir aux fesses, ça te fera moins mal comme ça et toc ! Quand je pense qu’une nana porte des talons aiguilles pour avancer plus vite dans la vie, tu m’étonnes qu’après ça elles arrivent toujours les dernières.

Je vais me faire un look d’enfer. J’achète des vêtements. J’ai la taille d’une guêpe, moi, malheureusement, j’ai tout le reste aussi. Ça devrait aller ça quand même. Pourquoi les fringues qui me vont le mieux sont toujours ceux qui coûtent hyper cher ? La jupe, vous pensez que c’est indispensable, je me sens nouille là-dedans ? Ah oui, les hommes ils aiment bien voir les jambes des filles, ah bon ? Devant mon air pas trop déterminé, elle m’a lâchée, comme ça vous allez faire frémir les garçons. À ce point là ? Il parait que mes gambilles ne sont pas si avariées que ça. Je me suis laissée convaincre, j’ai l’impression de m’être transformée en bourge de banlieue. Il me faut un nouveau sac méga la classe, sans ça j’aurais l’air de quoi, moi ! Surtout, j’en fais quoi de tout mon indispensable fourbi ? Un sac de fille, c’est ce qui fait le plus fantasmer les hommes parce qu’ils se demandent ce qu’on peut bien fourrer dedans, sûrement des trucs incroyables genre secrets de fille !

On entre dans un salon de beauté avec l’espoir d’y laisser tout ce qui ne nous convient pas. C’est pas compliquée, plus t’es moche, plus ils sont polis avec toi parce qu’ils savent tout ce que tu vas leur faire gagner. J’ai l’impression d’entrer dans une église avec toutes ces cérémonies. Il me nettoie à coup de vapeur pour assouplir le visage. J’ai autant de boutons que ça où c’est une sadique cette meuf ? Ce qui fait le plus mal, c’est qu’allongée, on ne voit rien ni personne. Le jugement est tombé comme un couperet, j’ai tellement de trucs qui ne vont pas qu’elle m’a proposée l’abonnement pour 10 séances avec une tonne de produits tous plus coûteux les uns que les autres. Le masque est le bienvenu après tous ces coups dans la figure. Je me sens bien, mais avec l’impression d’être moche comme jamais. En sortant, mes cheveux partent dans tous les sens.

Après le shampoing, je vous fait quoi comme teinture. Un truc léger dans la même couleur, je préfère. Pas de bol, je tombe sur une coiffeuse. Elle a une façon de me regarder comme si tout allait de travers. Vous avez essayé les cheveux plus courts, ça vous dégagerait et mettrait en valeur vos formes. Mes formes ? Ah oui, ben pourquoi pas ? Elle va vite, j’espère qu’elle n’est pas en train de se gourer la minette. C’est agréable de se faire bichonner. Elle a l’air de réfléchir, elle sait peut-être ce qu’elle est en train de faire ? Tiens elle aussi, elle s’est fait refiler un miroir déformant !

Prête pour l’abattoir des hommes, je termine produits de beauté. Plus moyen d’échapper au verdict. Pourquoi ils prennent des nanas aussi belles comme vendeuses, je me sens complètement cruche moi ! Elle prend le temps de m’expliquer qu’avec ma tronche, je dois employer les gros moyens. À ce point-là ? Qu’est-ce que je peux dire à cette nana toute peinturlurée ? La beauté, ça ne se fait pas à moitié qu’elle me dit. Elle m’emmerde la squaw sur le sentier de la guerre à me dire qu’il ne faut pas mettre le jaune là. C’est moi la moche, je peux au moins choisir ma façon d’être moche ! Je lui demande, c’est quoi la beauté pour vous ? La couleur qu’elle me dit. J’ai envie de lui dire, c’est quand on ne voit plus que les yeux parce que tout le reste n’a plus d’importance. Je n’ose pas dire à la fille que je ne pourrai jamais lui ressembler, je voudrais juste ne plus ressembler à moi.

Les mecs, la beauté, ils s’en foutent, ce qu’ils veulent, c’est une nana en pleine santé qui leur donnera les enfants qu’ils n’osent pas désirer. Et une fille qui doute d’elle-même, c’est une fille qui fait douter les mecs et ils détestent ça. Ils veulent qu’on soit sûre pour eux. La bouche, c’est la sensualité d’une femme qui dit à son homme, je te fais confiance. Ça les rend heureux et ils se sentent prêts à jouer leur rôle. Et quand ils ont confiance en eux, ça me donne confiance.

Maintenant que je sais me maquiller et que j’ai tout l’attirail de la parfaite secrétaire, je m’inscris à mon cours de danse et j’ajoute le yoga. Je suis bien décidée à entretenir mon corps comme une chaudière. Ce que j’aime dans les cours de danse c’est de voir que je ne suis pas la seule à courir après un mec. Même si je ne suis pas un monument de souplesse, je ne suis pas trop lourde. Tout de suite, ça me place à l’écart des moches irrécupérable. Suis une moche, pas une grosse, ça classe tout de suite sa nana ça ! Mais pourquoi ont-il besoin de mettre un énorme miroir déformant en face de nous ? Ça me coupe mes moyens ! Je transpire, chaque goutte versée me rapproche de la beauté.

Quand je me suis vue dans les bras d’un hidalgo, j’ai craqué pour moi. Dans cette danse, il faut suivre le mec et on ne sait jamais où il va. Il faut avoir une sacrée de confiance en lui, et moi je n’en ai pas trop, pas plus qu’en moi. Un homme, c’est comme un bandonéon, quand ça se déplie, on ne sait pas où ça finit, mais replié, ça a l’air tout riquiqui.

La prof de yoga nous a fait un baratin sur le bien-être de la méditation qui arrange tous nos problèmes. Je me vois mal méditer et méditer sur quoi, sur le sort d’une gonzesse qu’a pas d’avenir avec les hommes ? Tu parles d’un bien-être ! Payer pour rester assise sans rien faire, je me suis trouvée bête. Quand je reste assise, moi, c’est pour regarder la téloche, pas pour me faire zyeuter par elle ! Elle m’a bien cassée la prof de yoga, mais je sens un petit mieux, j’ai presque envie de réfléchir un peu avant de parler. Après tout ce fric craqué, si je ne tape pas dans le haut de gamme du mâle, je ne vois plus ce que je peux faire. Bonjour le résultat, ce foutu miroir, toujours moche !

Après m’être bien vidée la tirelire et le physique, j’ai envie de me remplir un peu le cerveau. Je veux savoir comment ils la voyaient la beauté autrefois. Dans les musées, c’est fou le nombre de nanas qui regardent les autres nanas histoire de se calibrer la mèche qui cache cet arrondi du visage qui n’a rien à faire là. Ces filles figées à tout jamais entre quatre morceaux de bois, je les trouve coincées, mais leur façon de me regarder me fait du bien. J’entre dans une galerie, je tombe sur le portrait d’une fille déformée. Je m’arrête, scotchée devant ce barbouillage. Je vois une sensibilité qui entre au plus profond de moi. J’ai dû trop secouer le flipper. On dirait moi ce portrait. Il me connaissait Picasso ? Ma mocheté me parait tout à coup belle.

Le problème n’est pas moi, c’est ce reflet imbécile que je me trimballe depuis je me m’y suis bêtement fourrée. Un miroir est moche parce qu’il est sans âme. Je ne vivrai plus jamais dans le reflet de moi-même. Je veux saborder tous ces reflets qui nous séparent. Les mecs, ils ne veulent pas vivre avec notre reflet, mais avec nous, ils n’ont pas tort après tout ! À ce moment, un beau mec dont j’aurais même pas osé rêver vient vers moi et me sort, vous ne pensez pas que l’art, c’est ce qui nous relie les uns aux autres ? Et c’est ça la beauté, je lui demande ?

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Comments
8 Responses to “Céline teste la beauté”
  1. S. I. dit :

    Elle est belle dans mes yeux au point d’acepter que je la regarde, sous toutes les coutures. Nous parlons musique, littérature, peinture… Elle ne me parait jamais aussi belle que quand elle me parle, quand elle m’écoute… Quand on se disait qu’on s’aimait….
    Bravo.

  2. shnalla dit :

    Je crois que si l’on parlait anglais ici, on aurait dit « bitter sweet » pour parler du ton que tu emploie, et qui rend tes tests si attirants.
    Je me suis reconnu car ayant été dans des parfumeries etc, sans être une femme, je me rappel vraiment du regard de ces vendeuses tout apprêtées sur moi…Très mal à l’aise !

    S’il manque une chose c’est des photos, pour aérer ces lignes !

    • cieljyoti dit :

      suis consciente que le blog n’est pas beau, il ne me correspond pas du tout, trop triste, trop sérieux, mais sais pas trop quoi faire pour le rendre plus gai, suis complètement nulle de ce côté, merci pour ton commentaire Romain )))

  3. Manobia dit :

    Heu, je voudrais pô dire, mais la problématique est la même pour les mecs, avec des critères différents, peut être des enjeux différents ?
    Une chose est sure, si nous mettons en avant ces problématiques, c’est que nous en avons la possibilité…
    Quel était le rapport à la beauté de la mère de 10 enfants, femme d’ouvrier, d’employé ou de paysan il y a seulement 50 ans…
    Cela dit, elles restaient néammoins objet de désir…

    • cieljyoti dit :

      tu veux dire que les hommes ont le même souci de beauté que les femmes ? et si tu peux choisir entre une fille de 20 ans et une mère de plusieurs enfants, tu choisis laquelle ? tu préfères une ouvrière, une paysanne ou une fille de la ville sortant d’un salon de beauté ?

  4. allerarome dit :

    « Le problème n’est pas moi, c’est ce reflet imbécile que je me trimballe depuis je me m’y suis bêtement fourrée. « Une petite merveille cette phrase . Tu dis si bien cette chose qui fait courrir les femmes du salon de coiffureà la boutique de chaussures en passant par le magasin de cosmétiques. Quels sont ces espoirs dont la femme consent à se faire la dupe?

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