Le mythe du nouveau capitalisme

Joseph Stiglitz

Nouveau monde, nouveau capitalisme, trois colloques en janvier 2009, la crise financière, 2010, l’espoir, et 2011, le renouveau. C’est l’espoir d’une reprise économique qui nourrit l’idée d’un nouveau capitalisme dont la crise marque la faiblesse des structures comme si ce système avait atteint des limites. Le monde a pris conscience que si rien n’est fait aujourd’hui, une cataclysme peut éclater demain. Le nouveau capitalisme est vu comme un avenir où se pose le problème d’une gouvernance du monde. Si les États-Unis continuent de dominer le monde, surendettés, ils se tournent vers la Chine, partie en flèche, dans l’espoir de trouver un créancier. Un monde sans croissance n’a aucun avenir et, pour cela, il faut trouver l’argent nécessaire à sa relance.

La crise ayant entrainé l’effondrement des recettes fiscales, la hausse des dépenses publiques et un endettement public toujours plus grand, il s’agit d’une crise budgétaire, l’État ne pouvant plus assurer le paiement de son fonctionnement courant. L’effondrement des finances publiques lié au coût exorbitant de l’immobilier et du crédit ont provoqué une situation explosive. Les pays déjà très endettés sont au bord du gouffre.

1er ministre grec

Georgios Papandréou 1er ministre grec

La crise financière venue des États-Unis a remis à l’ordre du jour la nécessité d’un État fort tourné vers l’international, marquant la fin d’un libéralisme autorégulateur et la nécessité d’une gouvernance mondiale. La crise marque le triomphe de l’État. Devant l’ampleur des dommages économiques, un État seul devient incapable d’agir avec efficacité. Les États doivent s’entendre et admettre l’idée d’une gouvernance mondiale en créant des institutions internationales efficaces et adaptées aux nouvelles donnes financières. À ce niveau, les États-Unis sont les grands perdants. Un capitalisme a marqué ses limites, un nouveau est en marche. L’Europe a son rôle à jouer grâce à sa zone euro (malgré tout surévalué) qui a incontestablement freiné les effets de la crise.

Si la régulation revient à l’ordre du jour, qui peut réguler et comment ? La crise mondiale implique à l’évidence une solution mondiale. L’État nation semble renaître de ses cendres, mais peut-être pour mieux disparaître face à un nouvel ordre mondial. L’avenir n’est pas un État tout puissant, mais une gouvernance au niveau mondial selon des accords internationaux. Les États doivent s’entendre entre eux.

L’État doit intervenir dans la marche de l’économie : le politique retrouve son titre de sauveur du monde. La crise financière marque la victoire du politique et le retour des vieilles idéologies en attendant d’en trouver de nouvelles. Seule une volonté politique compétente peut effectuer des réformes. La crise économique est d’autant plus forte qu’il y a faiblesse politique. L’État a tenu bon face au risque d’effondrement : il s’est fait le rédempteur de l’économie.

La crise financière est la crise d’un comportement : la psychologie au service de l’économie, ce n’est pas nouveau. Un monde plus humain suppose un monde mieux régulé, à commencer par soi. Nous ne sommes plus les tout puissants que nous pensions être devenus. Le retour de l’autoritarisme étatique est-il le commencement d’une nouvelle dictature ? La crise est-elle la raison pour redorer le blason du politique ?

Le système bancaire français a toujours été la lanterne rouge du système bancaire mondial, spécialement la banque anglo-saxonne. Ce phénomène a quelque peu préservé la France des difficultés des pays anglo-saxons. Les Français ont opté pour un capitalisme dirigé dans leur besoin de tout prévoir. Mais il ne faut pas oublier que la spéculation est orchestrée par les banques en principe pour produire de la valeur dont tout État a besoin. Si aucun État ne peut se passer de spéculation financière, il veut désormais en établir un contrôle au moins apparent. La crise financière, c’est comme le trou de la couche d’ozone : nul ne sait où il est et d’où il vient. On en mesure certains effets et on spécule sur le reste.

Le commerce équitable implique des échanges entre nations respectant les règles. On voit mal les plus forts aider les plus faibles. Le commerce équitable s’engage à minimiser les inégalités. La régulation doit s’établir avec tous les États sans en exclure aucun. Le monde doit s’aligner sur une échelle équivalente tout en respectant la personnalité de chacun. À long terme, les perdants sont ceux qui ne respectent pas les règles. Il faut renforcer le G20. Actuellement, l’Afrique du Sud est le seul représentant de l’Afrique, le continent africain est pratiquement absent des grandes décisions mondiales.

La crise a réveillé les nationalités. Avec une identité, on se sent plus fort, d’où le périlleux débat sur l’identité nationale très mal compris par l’opinion. Malgré toute la maladresse du débat, la question posée est qu’est devenue notre civilisation et que sommes-nous devenu ? Mais ce débat est tombé dans la tourm

Henri Guaino

ente des grands mouvements migratoires affectant l’Europe obligée d’accueillir ces populations provenant de pays incapables de trouver leur dynamisme économique.

Les pays européens connaissent des dettes de plus en plus colossales. Ils vivent au-dessus de leurs moyens. Avant on vivait sur le crédit des jeunes. Aujourd’hui, on vit sur le crédit de ceux qui n’existent pas encore. D’où la nécessité d’imposer des régulation bancaires. On a connu la mode de la fin du monde, désormais, la mode est au recommencement et au renouveau. C’est à celui qui donnera le départ au nouveau capitalisme plus humain et social. Le travail du politique est de faire croire que l’inconnu est vaincu par une raison triomphante : croyance en la toute puissance de la pensée sur la sauvagerie de l’intérêt privé.

L’erreur a été de s’américaniser au détriment de sa personnalité propre. La Chine ne doit pas copier les États-Unis. Elle doit rester un empire capable d’imposer ses visions. La rapidité de la Chine, État officiellement communiste, tient au fait qu’elle est devenue maîtresse de l’ancien capitalisme. Elle n’est pas encore dans le nouveau, les Américains le savent et pensent coiffer les Chinois en s’engageant dans une nouvelle donne économique qui leur redonnera une suprématie absolue.

La finance est partie en avant toute seule sans tenir compte du reste de l’économie. L’avenir n’est pas l’abandon du financier, mais une économie capable de contrôler le financier. Nous ne vivons pas tant une crise qu’une avancée sur ce que l’avenir du capitalisme peut réaliser. On ne régule pas un animal sauvage emballé.

Le monde américanisé s’est vu tout puissant, mais il n’a pas su évoluer et il en paye le prix. Matérialiste, notre société s’est pliée face à l’économie au lieu du contraire. Il est possible de réguler le financier. C’est une crise rationnelle : la rationalité du marché ne se suffit plus à elle-même. La crise est un échec de la pensée, c’est une crise culturelle. C’est une crise de conscience qui a bouleversé notre confort i

ntellectuel. L’Europe a perdu confiance en elle et en ses valeurs. La confiance implique un minimum de risque. Pour cela, il faut limiter le danger financier en imposant ses plus-value. D’autre part, il est impératif de freiner au maximum l’endettement, notamment aux États-Unis. L’idée du FMI est de créer un fonds monétaire international payé par les bénéfices financiers. Mais dans un monde individualiste, chacun ne pense qu’à son intérêt.

Il est impossible de casser la machine financière car les pays occidentaux mènent une existence largement au-dessus de leurs moyens. Le standing européen autant que l’endettement a un coût. Après les fanfreluches et les dorures, les valeurs sûres de l’humanité restent l’eau et les denrées de base. Ce n’est donc pas un hasard si leur coût s’est emballé comme conséquence de la crise.

Tarak Ben Ammar

Globalisation des bénéfices ou généralisation des déficits ? La crise américaine vient de leur ignorance du monde extérieur. En engrossant le crédit l’Amérique a affamé une partie du monde. Pourtant, ce n’est pas la crise qui gêne le monde, c’est la montée en puissance de la Chine, de l’Inde et des pays émergents. Des nations que l’on croyait inférieures parviennent à un rang mondial et sont devenus des partenaires indispensables en prenant des parts importantes sur les actuels géants.

L’abondance est un mythe. L’humain, dans toute son histoire, n’a jamais connu d’abondance : ce n’est pas l’abondance qui est morte, c’est son mythe. L’existence humaine est pleine de risques qu’aucune législation ne peut contenir. Personne ne nous ayant laissé un monde meilleur, on voit mal comment on pourrait le laisser aux autres. Le monde du moins pire est le seul à notre portée.

Le rééquilibrage des richesses est une vieille rengaine. Américains ou Européens, personne ne veut partager les profits. Chacun veut imposer des règles à son seul avantage. La démagogie des bons sentiments cache l’arbre individualiste d’États qui ne songent qu’à leur propre intérêt par des politiques qui n’existent que sur un plan national, voire local, juridiction de vote.

Il a manqué un encadrement juridique pour stopper la crise. Nous avons tout, la richesse, le travail, les compétences et l’imagination, mais nous ne savons plus les utiliser. C’est quand on se sait plus où on en est que l’on entre en crise. On oublie l’essentiel pour se perdre dans le superflu. Les grandes théories se sont essoufflées. La crise leur a donné un nouvel élan, mais comme elles ne savent pas s’adapter au nouveau monde, elles ne proposent aucune vraie solution.

Le danger ne vient pas des riches, mais des dictateurs en puissance au nom d’un dogme ou d’une idéologie lancée à la volée comme une vérité. Quand nous projetons dans le futur l’idéalisation de nos détresses, l’avenir enchanteur qu’on veut nous faire avaler ne repose sur rien. Il faut reconnaître ses échecs pour les dépasser, c’est dans ce dépassement que se fonde l’avenir d’un peuple.

Quand on crée des structures bureaucratiques fixes, il est normal qu’avec le temps tout finisse par passer au travers laissant des fondations pesantes et inutiles. Tout ce que l’on crée provient de l’idée que l’on se fait du monde. On n’existe que par sa culture, c’est elle qui nous fait penser et agir. Et quand elle se ferme sur elle-même, elle s’endort et parfois s’éteint.

Les Européens ont perdu le sens de leur culture. Il n’y a aucune croissance économique sans le développement de nouvelles technologies grâce à la recherche et à l’imaginaire. Un monde qui pense le fait dans tous les domaines, les uns entrainant les autres. Internet est devenu le symbole d’une nouvelle dynamique, partenaire économique (20 % du PIB mondial en 2030), il touche tous les secteurs, crée une compétitivité et produit de l’emploi tout en offrant à chacun une ouverture à la culture et à l’éducation. Notre conception de la vie économique doit être repensée et de nouvelles régulations adaptées à l’univers virtuel de la finance doivent être mises en place.

Il n’y a pas plus d’ancien que de nouveau monde, il y a la vie qui se reproduit utilisant les mêmes ingrédients en les mélangeant selon différentes recettes. Ce mélange s’appelle la culture. Elle n’est pas une parure de luxe, elle est l’essence de l’existence. Elle permet aux gens d’agir ensemble avec cohérence. Perdre le sens et les valeurs de sa culture, c’est sombrer dans l’impuissance. La culture, nous permet de vivre tous ensemble, Nord, Sud, Est et Ouest, chacun dans sa singularité.

La démocratie et cette capacité à gérer des avis différents est la grande puissance de l’Europe. La Chine, en cela, ne pourra jamais surclasser l’Europe et son imaginaire. La Chine, pour maintenir son système doit fabriquer des étudiants sans beaucoup d’imagination. L’imaginaire est presque toujours une forme de révolte contre ce que l’on croit établi. C’est l’utopie d’un peuple qui reste son capital.

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Comments
9 Responses to “Le mythe du nouveau capitalisme”
  1. NightAngel dit :

    Très intéressant ce billet ! Il y en aurait des choses à dire… ^^

  2. beerseerkr dit :

    Deux constats sur le capitalisme :
    – il est basé sur la consommation et l’exportation. On s’endette pour consommer et il y a un moment où le niveau de l’endettement est tel qu’on en arrive à des crises financières et sociales très profondes
    – il est basé sur l’expansion et la croissance ; or la science nous dit qu’un jour ou l’autre le nombre d’humains plafonnera et décroitra. A terme le système capitaliste tel que nous le connaissons n’est donc pas viable.
    Je relève que les pays où la croissance est soutenu sont aussi des pays où la natalité est soutenue. La où elle stagne la croissance stagne aussi.
    Je retiens ce que tu dis fort justement : personne n’a inventé de système stable qui puisse être une alternative au capitalisme. (En fait ce n’est pas tout à fait vrai). Nous avons donc un devoir : travailler pour inventer un tel système !

    • cieljyoti dit :

      l’endettement est-il produit par le capitalisme ou par des personnes qui se prennent à son jeu en croyant ses ressources inépuisables ? la croissance fera l’objet d’une deuxième partie dans deux semaines. la natalité est très forte dans les pays africains, elle est limitée en chine du fait de la nouvelle loi. je ne pense pas que nous devons travailler pour un nouveau système, mais travailler pour notre vie et celle des nos enfants, tu ne crois pas ?

      • beerseerkr dit :

        L’endettement de l’état et des comptes sociaux est généré par nos tous, je pense, et cela me paraît difficile de réformer tout cela sans nous. Bien sûr, je suis d’accord, if faut travailler pour nous, pour notre famille..

  3. VatElz dit :

    La croissance ne dépend pas forcement de la natalité, certains pays Européens (Allemagne) voit leur population décroître et enregistrent néanmoins une croissance limitée mais positive. La croissance dépend également des gains de productivité et du progrès technologique avec moins de ressources en temps ou en argent, il est possible de produire plus et donc moins cher.

    • cieljyoti dit :

      absolument oui, la natalité en chine, comme je disais, est assez basse en ce moment du fait de la nouvelle politique, je n’ai pas assimilé les deux, mon idée, justement est de dire que la croissance est plutôt une espèce de confiance en soi liée à un fort potentiel créatif et à une grande capacité au travail

  4. Belle tentative de synthèse. Cela mériterait sûrement plus de détails pour mieux articuler tout ça. Mais c’est balèze quand même.

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