Le mythe de la croissance

(continuation du mythe du nouveau capitalisme http://bit.ly/hl5DEY)

L’histoire de l’univers, de la terre, de la vie et de l’être humain est une histoire de l’énergie. Tout ce qui existe est forme d’énergie que nous exploitons selon notre physiologie et nos désirs. Nous baignons dans un océan d’énergie. Parler de croissance n’a guère de sens dans un monde énergétique en perpétuel renouvellement, mais c’est un terme pratique qu’on utilise pour parler du moteur économique du capitalisme.

 

François Fillon

François Fillon

La croissance économique, calculée par rapport au PIB (Produit Intérieur Brut) selon son augmentation ou sa diminution, repose sur un marché toujours plus grand offrant un nombre crescendo de biens de consommation et leur production. La mondialisation est celle de la croissance économique telle qu’elle est conçue par le capitalisme. Dans ce monde fondamentalement matérialiste, la crise financière et budgétaire qui a surgi à l’automne 2008 a ouvert les yeux sur tout un monde virtuel quasi incontrôlable n’ayant plus qu’un rapport lointain avec ce matérialisme autrefois rassurant dont Marx avait posé les limites.

De meilleures conditions de vie ont pour effet une accélération de la démographie : 1 milliard d’habitants en 1810, 2 en 1927, 6 en 1999, 7 aujourd’hui et 9 pour 2050 (cf : http://bit.ly/15H4XE). La croissance économique repose sur le mythe de l’abondance où l’on en vient à une consommation outrancière dépassant les besoins individuels mettant au rebut le lien social et spirituel. Cette démultiplication de la consommation favorisée par le développement d’Internet a entrainé un problème grave, celui de la rareté, rareté énergétique, alimentaire, de l’espace, de l’eau, de l’argent public, etc. Les sociétés développées se trouvent confrontées à un problème de surconsommation qu’il faut non seulement assurer, mais développer toujours plus pour faire face à une économie qui n’existe que par sa croissance. Il faut apprendre à choisir ce dont on a réellement besoin et être malin dans ce que l’on prend. Valoriser le consommateur, c’est le responsabiliser et l’informer.

 

Christine Lagarde

En automne 2007, François Fillon et Christine Lagarde révèlent aux français que « les caisses de l’État sont vides ». La dette publique est si élevée qu’elle n’est plus remboursable selon le rythme actuel. Il faut changer notre façon de vivre. Beaucoup se sont alors demandés où cet argent prélevé sous forme d’impôt passait ? Si le traité de Maastricht de 1992 élaborant la constitution de l’Union européenne stipulait que l’endettement de chaque pays devait être plafonné en fonction de son PIB, cette clause n’a jamais été mise en pratique du fait de la demande grandissante des États. L’Europe ne peut survivre que si elle met en place un plan pour diminuer le déficit budgétaire par tous les moyens. Cette politique s’accorde mal avec la relance de la consommation et de la croissance. Le monde n’est plus seulement économique, il revient à sa fondamentale politique.

Affirmation à tempérer. La fondation Bill Gates créée en janvier 2000 avec 28 milliards de US $ plus le don de 37 milliards de Warren Buffet en juin 2006 est devenue un agent de la philanthropie mondiale d’aide à la santé et à l’éducation dont les dépenses sont supérieures à celles de l’OMS. Le pouvoir d’un seul peut concurrencer celui de plusieurs nations associées sans qu’aucune régulation ne puisse venir contrôler ses agissements. Selon les statistiques, la part de la philanthropie des grosses fortunes américaines oscille ente 7 et 11 %. La philanthropie des fortunes françaises reste marginale comparée à celle pratiquée aux États-Unis. Cette générosité du don, aussi intéressée soit-elle, marque les limites du système capitalisme classique et c’est un phénomène en expansion. Si le capitalisme explose dans sa sphère financière, il implose dans sa sphère philanthropique.

La rareté est une augmentation croissante du coût de production et de consommation se traduisant par le fait que nous sommes amenés à vivre au-dessus de nos moyens notamment par le crédit, crédit individuel, mais surtout étatique, un gouvernement devant faire appel à des fonds dont il ne dispose pas pour son fonctionnement quotidien. Nous vivons dans un monde surévalué. La rareté n’étant pas quantifiable, elle est de l’ordre d’une évaluation. On n’achète plus un produit en fonction de sa valeur établie par le jeu d’échanges, mais selon l’idée que l’on se fait de sa rareté à venir. En d’autres termes, la rareté est une spéculation dont notre monde est devenu tributaire. L’information joue un rôle capital. Il suffit de lancer la rumeur d’un manque voir les prix s’envoler. La rareté est devenue un facteur économique incontournable comme on le voit notamment dans les produits de luxe.

Le paradoxe de la rareté est d’évoquer son aspect unique tout en cherchant à le diffuser au plus grand nombre. Le luxe ne concerne pas une élite, mais ce que nous considérons de nous-mêmes comme faisant partie de l’élite à grand renfort publicitaire nous enfonçant dans l’idée d’un luxe auquel nous pouvons accéder moyennant un prix correspondant. On ne consomme plus seulement un produit, mais l’idée de sa rareté qui valorise notre achat. Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu de crise de rareté d’un produit, mais celle de l’acheteur qui, se trouvant en difficulté financière ne peut plus accéder à sa consommation. Il existe malgré tout de véritables raretés alimentaires, dues à une démographie en constante accroissement, et énergétiques, les ressources connues étant de plus en plus difficiles d’accès. Il ne faut pas confondre rareté, un élément économique encourageant la consommation, avec la pénurie marquant la fin d’un produit. Sans aller jusqu’à parler d’abondance, la terre dispose de tout ce qu’il faut pour nourrir la population mondiale.

 

Jean-Louis Borloo

Le problème de la croissance n’est pas celui de la pénurie, mais de l’augmentation de son coût. En cela, la pauvreté est le frein principal à la croissance. Cette pauvreté, bien qu’ayant de nombreuses origines, est essentiellement due non à un manque de richesses mais à leur mauvaise redistribution. Les crises alimentaires des années 2007 et 2008 ont été marquées par une montée excessive et anormale des prix du fait d’une spéculation jouant sur la moindre variation de climat ou de production. Ce ne sont pas les denrées qui manquent, mais leur mauvaise répartition créant des régions favorisées et d’autres beaucoup moins. Si les surfaces cultivées n’ont augmenté que de 13% de 1960 à 2000, leur rendement a considérablement progressé. C’est l’eau qui marque un frein au développement de terre arides où son acheminement est un problème insurmontable.

La pénurie est une réalité en ce qui concerne le pétrole, le gaz naturel et l’uranium par exemple. Sans pétrole, l’Europe disparaît du capitalisme mondial. Personne n’est capable d’évaluer avec exactitude les réserves. Le chiffre officiel de 50 ans peut être reculé à 100 si l’on trouve un meilleur usage. Tout n’est que supposition jouant sur la rareté potentielle d’un produit pour en augmenter le prix. L’épuisement de telle ou telle réserve n’a guère de sens dans la mesure où la croissance repose sur l’inventivité du génie humain et non sur la quantité de telle ou telle ressource.

Nicolas Hulot

L’uranium consommé a une durée d’existence estimée à 60 ans. De nouvelles technologies envisagent de multiplier largement cette marge. La pénurie est affaire d’usage plus que de réserve. Sans tomber dans la béatitude du progrès technique comme solution à nos problèmes, la solution réside dans l’utilisation que nous avons de telle ou telle rareté. De société de gaspillage, nous devons entrer dans une ère de gestion intelligente de nos ressources sans pour autant nuire à la qualité de nos croissances indispensables. C’est ce que certains économistes appellent la croissance verte qui, malgré l’expression ne signifie pas que l’on travaille sur des matières naturelles, mais plutôt sur leurs résidus et déchets selon ce principe que l’on ne réduit pas l’énergie, mais ses pertes. Mais il ne faut pas rêver, il n’existe à l’heure actuelle aucune alternative fiable au pétrole.

Le mouvement adopté jusqu’à aujourd’hui a été celui des campagnes vers des mégapoles au lieu de construire des villes plus modestes loin des des grandes agglomérations actuelles et pouvant mieux gérer leur énergie et nourriture. La vie moderne est bâtie sur une circulation inutile du fait d’une mauvaise organisation des déplacements. Si nous ne supprimons pas le gâchis de notre existence, c’est lui qui nous supprimera. Ce mouvement naturel du capitalisme nous rappelle que le bourgeois est d’abord l’habitant d’une ville disposant de moyens que la campagne ne peut offrir. Toute notion de croissance est liée à la ville. Or une ville possède des limites. La pauvreté se développant dans les villes devient une source de problèmes insolubles qu’il faudra pourtant résoudre si l’on ne veut pas sombrer dans des lieux invivables. Une politique urbaine capable de changer les choses est une des conditions de la croissance à venir.

La denrée la plus rare de notre vie est l’eau. Actuellement si le quart de la population mondiale ne dispose pas d’un accès direct à l’eau douce, c’est près de la moitié qui n’en dispose pas suffisamment pour assurer son assainissement. Plus la démographie s’accroit et plus l’eau devient un problème majeur, plus on doit s’attendre à des flux migratoires impliquant une surcharge de consommation dans des endroits disposant de cette ressource.

Le capitalisme était pratiqué par une minorité de pays. Avec l’arrivée en force des pays émergents d’Asie et d’Amérique du Sud, l’empire du monde occidental a laissé place à un autre vocable, la mondialisation. En d’autres termes, tout le monde veut manger le même gâteau à la même table. Comme la démocratie, le capitalisme a été conçu par et pour une minorité. Il n’avait pas songé la mondialisation comme elle s’est produite, mais plutôt comme un impérialisme où quelques uns dominent les autres. Le pouvoir des très riches n’a cessé de décroitre avec le temps du fait du conflit qui existe entre eux notamment par l’arrivée de nouveaux patrons aux enjeux rivaux.

La croissance verte ouvre la voie à un nouveau consommateur devenant plus responsable. On n’a jamais vendu un produit ou un objet, mais une fonction que l’on juge valorisante. L’économie de l’utile s’est transformée en économie du futile revenant à considérer un produit comme un luxe et comme une fonction. Non seulement la croissance verte opte pour une croissance écologique, mais elle constitue une source d’emplois. Cela dit la croissance verte utilise ce qui fonctionne déjà dans un souci d’améliorer ce qui peut l’être grâce à une meilleure compétence.

Ce n’est pas nouveau, le choc pétrolier de 1974 pousse la plupart des intellectuels à prédire la fin de l’automobile. Les ampoules fluorescente basse consommation sont lancées sur le marché au début des années 1980 par le groupe hollandais Philips. Entre 1964 et 2004, l’industrie française a baissé d’environ 60 % l’intensité énergétique pour sa production. La crise des ressources met en valeur ce fait tout simple que le plus important n’est pas la matière, mais le savoir-faire pour l’organiser. Désormais, pour produire un objet, la valeur immatérielle est plus importante que la valeur matérielle. Un produit est pensé du début à la fin afin de fournir un objet plus esthétique, plus économique et plus efficace. Cette valeur immatériel est le talent qui décide de tout.

Le développement durable (Sustainable development), plus exactement « soutenable », « répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures tout en aidant les plus pauvres » selon la définition de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le rapport de madame Brundtland en 1987 pour un double souci écologique et social. Non seulement nous devons préserver les ressources, mais nous devons faire en sorte que tous puissent y participer. Si tout le monde est d’accord avec ce principe, personne ne s’entend sur sa mise en oeuvre puisque c’est la nature même du capitalisme actuel qui est remise en cause.

Le capitalisme est un opportunisme, pas une stratégie, un pragmatisme, pas un intellectualisme, une liberté d’agir, pas un moralisme, une logique d’enrichissement, pas un humanisme, un moyen, pas une finalité. Son opportunisme peut-il se conjuguer avec une croissance durable tenant compte des  besoins de la population mondiale ?

La constitution européenne du traité de Maastricht pose l’environnement comme une préoccupation majeure laissant le soin à chaque État d’aménager une stratégie efficace de croissance durable selon ses besoins et ses ressources. Il ne s’agit pas seulement d’une mesure économique, mais d’une révolution dans nos façons de vivre et de consommer. La notion a été récupérée par le marketing qui vend désormais des produits sous le label durable suite à une économie sensible, voire dérisoire, de produit polluants. La lutte contre la pollution nécessite une technologie très avancée dont ne disposent pas les pays pauvres. Quelle est la réalité de ce développement durable ? Beaucoup de banalités et une absence concrète de vrais moyen pour le mettre en oeuvre. Un bon sentiment n’est pas meilleur qu’un autre quand il ne possède pas les moyens de son action.

Le seul capital renouvelable à profusion est le capital humain. Toute société de consommation bute sur un salaire insuffisant, un travail dévalorisant, le chômage, la précarité et cette incapacité à voir les vrais talents en leur donnant les moyens nécessaires pour s’exprimer. En France, il y a des chaussées et pas assez de ponts, des passerelles fragiles dont l’accès reste élitiste. L’individualisme est un échec, mais l’individualisme de l’échec est pire encore entraînant une perte de confiance dans tout ce que l’on est amené à faire. Et c’est quand une civilisation perd confiance en elle-même qu’elle en vient à disparaître.

Cécile Duflo

En fait de crise du capitalisme, il ne s’est jamais aussi bien porté. Il reste doué d’une croissance forte grâce à sa démographie, sa capacité au développement technologique et les moyens financiers, essentiellement sous forme d’épargne, mais il lui manque, ce qu’a révélé la crise financière, une politique pour rendre cohérent ces trois dynamiques sous forme de gouvernance mondiale capable de contrôler les excès financiers. Le capitalisme étant mondial, l’argent n’a pas de nationalité.

La réunion du G20 ne s’est tenue qu’après la déroute financière et son influence est loin d’être mondiale. Le marché, sans régulation, est allé plus vite que l’économie réelle et c’est quand le système financier s’est effondré que l’on s’est aperçu du manque de liquidité. Concrètement, le marché fonctionnait sur une liquidité inexistante d’où l’impossibilité de payer des dettes entrainant peur et méfiance. Les États-Unis, ayant perdu toute crédibilité, le gouvernement a mis en place une nouvelle administration chargée de vérifier l’état réel de ses finances en obligeant à une meilleure transparence des entreprises faisant appel au crédit et des banques le pourvoyant. Cette transparence a été adoptée par l’Union européenne.

La croissance est le mythe d’un idéal humain. Nous restons égaux à nous-mêmes dans un monde qui change sans cesse, là est peut-être le problème. Ce que nous appelons croissance est l’adaptation nécessaire à l’évolution du monde. Il ne faut pas lui demander ce qu’elle ne peut donner. Elle n’est pas une solution miracle. Les très riches, les très pauvres, les très puissants et les très faibles ponctuent l’histoire de l’humanité depuis le commencement. Ni la démocratie, ni le capitalisme, ni la croissance ne sont des panacées, mais ils ont réussi à porter une partie de l’humanité dans un relatif confort. Quel système économique peut nourrir 7 et bientôt 9 milliards d’habitants sans produire aucune injustice ? Il n’y a pas de croissance si le plus grand nombre n’y participe pas activement.  Elle ne se partage pas, elle nous rend actifs de notre vie. La croissance n’est pas ce que nous usons, mais ce que nous préservons et construisons.

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Comments
2 Responses to “Le mythe de la croissance”
  1. beerseerkr dit :

    Ce qui est appelé « croissance » chez les capitalistes, c’est ni plus ni moins qu’un accroissement comptable. C’est ainsi que de multiples sociétés sont en croissance mais que la plupart de ses membres n’en tirent aucun avantage. Dans ces conditions, il me paraît difficile de demander aux gens de participer à ce mode de croissance s’ils n’en tirent aucun bénéfice.

    • cieljyoti dit :

      tu ne trouves pas que la différence entre notre monde et celui de nos grands-parents donne une idée de la croissance ? encore plus vrai en chine où une majorité de gens connaissent une existence plus confortable. je pense qu’il faut utiliser le capitalisme comme un moteur économique, mais qu’il faut le brider par une politique sociale et spirituelle appropriée. je me transporte dans une voiture, mais je ne vis pas dedans, non ?

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