Système D pour SK

Pourquoi tolère-t-on chez les uns ce que l’on n’accepte pas chez les autres ? Pourquoi une telle condescendance à l’égard de DSK, pourquoi une telle haine chez Sarkozy ? Que l’on soit contre un homme politique ne peut expliquer l’acharnement que l’on a contre lui tant qu’il respecte la vie démocratique de la République. Que l’on soit favorable à quelqu’un ne peut faire comprendre que l’on soit si facilement prêt à tout lui excuser.

Cette fois, il semble qu’on ne soit pas prêt à pardonner. Ce n’est pas un Français, mais la France qui sort la tête basse d’une affaire graveleuse où le riche vient d’écraser le pauvre, où l’on reste incapable de démêler le vrai du faux, où chacun fait preuve d’une petitesse d’esprit face à ce qui aurait dû être une affaire de mœurs et qui s’est transformé en procès de culture et de civilisation.

Une société réputée puritaine contre une société qui serait prétendument libérée des comédies du sexe. Cette affaire montre au contraire que la France est coincée dans des hypocrisies qu’elle n’est pas prête à dépasser. Les proches de DSK reconnaissent que le sexe est pour lui un antidépressif. La femme est utile, elle sert à soulager l’homme de ses angoisses existentielles.

Pendant des mois, on nous a ressassé que DSK était le sauveur de la France comme si la France attendait un sauveur ? On nous a abreuvés de ses multiples capacités et talents, on en a fait un messie. Quand le couperet est tombé, beaucoup de ceux qui croyaient à l’élu ont refusé que leur idole puisse être mêlée à une affaire de mœurs aussi scabreuse. On l’a transformé en victime du puritanisme, qui plus est d’un monde d’où vient le mal, une effroyable crise financière. On ne se demande pas pourquoi DSK est agressif à l’égard des femmes, mais pourquoi il se fait prendre ?

Non seulement il y a les éléments du scénario d’un film hollywoodien, mais d’une tragédie grecque. DSK est sympathique, il a la parole appropriée. Dans ce monde politique où tant de personnalités ont un physique affligeant, lui se présente avec une bonhommie digne d’une vedette. Le délit de faciès est dans les deux sens. Trop méchant ou trop gentil, une fois qu’on en a l’étiquette, elle ne se décolle plus. Ce que l’on voit paraît tellement probant que les réalités venant contredire ce que l’on croit perd toute efficacité selon ce principe que ce que l’on croit est plus fort que ce qui est. Tout être dispose d’un capital de sympathie ou d’antipathie. Il faut faire avec.

La folie du politique fait oublier les gens qui sont derrière. On voit dans son ennemi un humain avec tous les défauts de sa condition, on oublie qu’on est soi-même un humain avec les mêmes défauts. La politique déshumanise jusqu’au moment où l’humain revient en force. Nous avons besoin de héros et plus le temps est trouble plus on en veut. Sont-ils à la hauteur de l’héroïsme qu’on leur prête ? Les mêmes actes sont inacceptables chez certains et acceptables chez d’autres. Dans cette affaire, remplaçons DSK par Sarkozy, on aurait eu une autre histoire.

Puritanisme de l’Amérique du Nord censé s’enfouir dans un gigantesque problème sexuel. C’est pourtant de ce pays que sont issus la plupart des sexe-symboles de notre monde. On dit les Américains coincés. Pourtant les plus grands retentissements sexuels ont lieu aux États-Unis, pas en France où tout reste caché sous les dessous d’une morale grivoise, mais honteuse dès que l’affaire éclate au grand jour. Les Français jouent les libérés, ce sont des vantards. L’affaire DSK, c’est d’abord une affaire d’hypocrisie.

La théorie du complot. DSK était le premier à en être concerné. Aux premières lignes d’une campagne difficile, il savait chacun de ses pas mesurés. Tomber dans un piège avec une dame de service qui n’est pas un canon de beauté, le piège paraît simplet. La Guinéenne Nafissatou Diallo comme chef d’orchestre d’une formidable machinerie destinée à faire débourser un riche. Tout comprendre en si peu de temps, les faiblesses de l’homme, sa situation sociale, sa position politique, Nafissatou est un génie de l’arnaque. Ce qui a sauvé DSK, c’est son silence. C’est un droit aux États-Unis. Pas un mot en public. On s’empêtre dans les mots, pas dans le silence. Revers de la médaille, tout ce que l’on ne dit pas, on le cache ?

Cyrus Vance

Le procureur (District Attorney) avec les services de la police mène une enquête à charge. L’accusé paye des avocats et des enquêteurs privés pour prouver son innocence. Les riches sont favorisés, les pauvres le sont moins. Deux avocats pour stars, habitués de ce genre d’affaires, se sont occupés de tout, à merveille. Ce sont des professionnels irréprochables. Le pénal échoue quand il ne recueille pas des preuves suffisantes. Le procès civil cherche à compenser d’éventuelles erreurs et à obtenir une réparation pour la victime présumée.

D’après le rapport de Cyrus Vance, les faits incontestables : une relation sexuelle estimée brève est certaine, mais il est impossible de démontrer qu’elle a eu lieu par la force et sans consentement. Les preuves médicales ne confirment en rien la version des faits de la plaignante. Une relation de sept minutes ne s’embarrasse pas de préliminaires romantiques et érotiques. L’inculpation repose sur un ensemble de faits concluants. Sans preuve, l’accusation se base sur le témoignage de la victime, diligemment vérifié. La rapidité de la procédure permet d’attraper des coupables. Si la plaignante est effectivement une menteuse, elle n’en a pas le profil, elle est employée modèle depuis plus de trois ans au Sofitel de Manhattan sans aucun antécédent judiciaire. Le travail des avocats est de créer le doute sur la non-recevabilité de la plaignante.

La plaignante a menti : « le nombre et la nature des mensonges de la plaignante nous empêchent de donner foi à sa version des faits au-delà du doute raisonnable. » Elle a menti sur son passé et sur ce qui s’est passé dans la chambre, elle a menti sur tout. Elle parlait avec une authenticité déconcertante d’un viol par des soldats dans son pays d’origine. Elle reconnaît elle-même, quelques jours plus tard, que ce viol n’existe que dans sa tête. Elle l’a inventé afin d’acquérir le droit d’asile. Elle maintient le viol, mais dans d’autres circonstances. Quand on a menti une fois, pourquoi pas deux ? Le plus grave est la conviction avec laquelle elle a réussi à manipuler tout le monde.

Nafissatou Diallo

Après les actes supposés, elle se serait enfuie au bout du couloir où elle serait restée prostrée. Nouvelle version, elle est allée dans la chambre voisine pour la nettoyer avant de revenir dans la chambre de l’inculpé pour terminer son travail. Plus tard, elle rencontre son chef et lui demande si elle possède des droits face à un client avant de raconter son histoire des faits. Le badge électronique prouve qu’elle est restée à peine une minute dans la chambre 2820 avant d’entrer dans celle de DSK. On ne saura jamais ce qui s’est passé.

Pour des demandes officielles auprès du gouvernement et sous serment, la plaignante a plusieurs fois menti. Mentir sous serment est un crime aux États-Unis. C’est une personne qui sait mentir pour améliorer sa condition, celle d’une immigrée. En France, on tolère le mensonge d’un immigré, pas aux États-Unis. En arrivant en terre promise, elle a opté pour la manipulation tous azimuts, comme une enfant.

Pire, sans en expliquer la provenance, elle dispose d’un compte avec 60 000$ par des versements de différentes personnes issus de quatre États. Il y a aussi la déclaration faite au téléphone avec son fiancé en prison où elle déclare vouloir soutirer une réparation financière de l’inculpé. On découvre une femme aguerrie, acrobate, mais aussi d’une maladresse déconcertante dans ses actes et déclarations. Si elle manipule pourquoi ne pas avoir cherché à donner vraisemblance à ses propos par des actions plus cohérentes ?

DSK n’a pas été innocenté, il bénéficie d’un doute faute de preuve suffisante. « Ce qui s’est passé est non seulement une relation inappropriée, mais une faute vis-à-vis de ma femme, de mes enfants… C’est plus grave qu’une faiblesse, c’est une faute morale dont je ne suis pas fier. (Interview DSK au 20 h de TF1, le 18 / 09 / 2011) » Pas la faute commise, celle de s’être fait bêtement attraper.

Je n’ai aucune complaisance pour une femme qui a menti, je n’en ai pas plus pour un homme prêt aux mêmes tricheries pour assurer sa légitimité. Beaucoup trop de femmes ont tendance à devenir folle et menteuse en sa présence. Tristane Banon est une esbroufeuse, c’est ce qu’affirme DSK : « aucun acte d’agression, aucune violence… La version qui a été présentée est une version imaginaire, calomnieuse… (Interview DSK au 20 h de TF1, le 18 / 09 / 2011) » Quant aux autres, des affabulatrices. Un homme, un vrai, doit avoir des pulsions sexuelles de mâle sous peine de passer pour un faible. Le pouvoir du sexe reste intimement lié au pouvoir politique. Nous le savons, ces femmes n’ont aucune chance contre l’argent et l’hypocrisie.

Tristane Banon

Malgré les silences et les non-dits, il n’existe plus guère d’illusion sur ce personnage. Il ne peut pas assumer sa réalité. Il continue de tricher, pire avec lui-même. Des mensonges piègent Nafissatou Diallo, DSK en commet de semblables. Tout le monde ment et tout le monde en paye le prix. Je peux comprendre, voire admettre, le comportement de coq d’un mâle, je peux faire avec, mais ces mensonges et ce paternalisme, non, ça suffit. Si j’étais DSK, je changerais de communicants.

On nous prend pour des enfants. La crise, on a voulu nous la cacher, un mauvais moment à passer, non, un bouleversement. Cachez-vous la face, vous ne verrez rien. Et si nous devenions enfin des adultes à qui on peut dire la vérité ? On pouvait tout pardonner à DSK, mais il fallait qu’il nous prenne pour des personnes capables de comprendre les choses. Les politiques, on se doute qu’ils ne sont pas des anges. Prenez-nous enfin pour des êtres mâtures capables de réagir dans l’adversité au lieu de nous asséner des héros qui n’en sont pas. Ce n’est pas l’acte qui est coupable, mais les mensonges qui vont avec.

Il faut arrêter, spécialement en France, de prendre les personnalités politiques pour des sauveurs. La politique a un rôle à jouer, mais elle ne peut le faire que si la société fonctionne correctement. Pas de miracle en politique. Quand on évoque le miracle, c’est qu’il y a un gros problème. Au lieu d’attendre un sauveur, une idée miracle, il faut commencer à retrousser les manches et à découvrir de nouvelles relations avec nos voisins, amis, relations professionnelles et vedettes. Là est peut-être le secret, réapprendre à vivre et penser ensemble. Apprendre que rien n’égale la valeur de l’être humain, pas une idée, même politique.

La presse française a joué son rôle. Elle a pu se tromper au même titre que la police new-yorkaise, elle a fait son métier dans une démocratie. Aucune insulte, aucun adjectif, seuls les faits donnés par les officiels américains ont été utilisés. C’est le travail du journaliste de rendre compte d’un événement même si celui mis en cause est une personnalité populaire. C’est vrai qu’il faut un minimum de recul pour rester objectif. Mais à ce rythme, on ne serait au courant de l’actualité qu’un mois après les événements. La précipitation est un mal nécessaire, on en combat la nocivité en restant le plus proche des faits, ceux dont on a accès.

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Comments
5 Responses to “Système D pour SK”
  1. M1 dit :

    « où le riche vient d’écraser le pauvre » (?!)
    Déjà, dès le départ tu poses un jugement de valeur qui n’a aucun rapport avec l’affaire ! Un riche serait-il automatiquement coupable face à un pauvre?!!
    Et Banon? franchement, si t’as regardé son intervention au Grand Journal, elle ne te parait pas un brin cinglée? déclarer « pourquoi le coupable aurait-il le droit de mentir et pas la victime? », tu trouve ça cohérent?
    Et puis les versions qu’elle raconte de sa supposée agression, elles ne te paraissent pas un peu différentes à chaque fois? (nous avons déjà 3 versions)

    • cieljyoti dit :

      cette histoire est confuse et prête à confusion. je ne discute même plus l’affaire en soi. je reproche les mensonges des uns et des autres. je voudrais dire qu’une expérience aussi douloureuse qu’une agression ne laisse pas l’esprit très clair. déjà, en temps normal, ce que l’on croit percevoir reste subjectif. le temps modifie la façon de voir, plus encore quand il s’agit d’un souvenir douloureux. 8 années ont passé ! jusqu’à preuve du contraire, je soutiens Tristane, même si je suis d’accord avec toi quant à sa personnalité. je ne suis dans aucun secret et tout ce que je sais, c’est pour le lire dans les différents témoignages. pour moi et pour le moment, il n’y a aucune raison de nier le témoignage de Tristane. imagine que suite à une agression, un policier refuse de secourir la personne sous prétexte que ses propos ne sont pas logiques. je connais peu de victimes capables de tenir un discours scientifique lors d’une agression, non ? imagine que ta femme ou ta fille te parle d’une agression en des termes incohérents, tu n’en tiendrais pas compte ? je ne cache pas que j’ai détesté le ton professoral et paternaliste de DSK s’évaporant dans des formules toutes faites. si rien dans le rapport Cyrus Vance ne vient confirmer les propos de Nafissatou Diallo, rien ne vient non plus corroborer ceux de DSK. s’il n’avait pas eu les moyens de se payer deux avocats vedettes, je reste persuadée que l’on n’aurait pas abouti à la même conclusion, c’est ma conviction. bien entendu, la discussion reste ouverte et je te remercie infiniment de l’avoir avec moi

      • M1 dit :

        Ben si désolé mais tu discutes l’affaire puisque tu juges « les mensonges » et que t’apportes des jugements de valeur ^^
        Une supposée agression d’abord… qui, comme par hasard devient un presque viol lorsque l’affaire Nafissatou éclate ! soyons sérieux …
        Pour le moment, le seul, et le premier témoignage de Banon fut chez Thierry Ardisson, et franchement, je n’ai jamais vu vu une victime d’une « agression sexuelle » déconner en toute légèreté en racontant sa mésaventure, même 8, même 13, même 20 ans après …
        Maintenant concernant Nafissatou, la justice a dit son mot, il faut respecter cette décision et respecter DSK, c’est le fondement même du système judiciaire que de respecter Et la présomption d’innocence, ET la décision de justice …

  2. BERNARD dit :

    J’ai travaillé comme consultant à la mairie de Sarcelles au début des années 2000. A l’époque, la presse parlait de DSK comme d’un « séducteur ». En confidence au cours de déjeuners de détente après travail, les hommes, en mairie, disaient « c’est un queutard » ; les femmes « un obsédé » et j’ai même eu droit à un « priapique ». Que le Dieu d’Israël reconnaisse les siens…

    • cieljyoti dit :

      en tant que journaliste, étudiante à l’époque, j’entendais ce qui n’était alors que des rumeurs. admirative de l’homme politique, je rêvais de l’interviewer. quand j’ai commencé à réaliser les faits, je suis tombée de très haut. jamais je n’aurais imaginé ça chez cet homme intelligent et séduisant. je croyais ce genre d’individus appartenir à la tribu des brutes analphabètes. aujourd’hui, je me félicite d’avoir été trop jeune pour une interview

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