Henri Matisse (1869-1954)

Henri-Émile-Benoît Matisse est un juriste travaillant comme clerc de notaire à Saint-Quentin. C’est par hasard, alors en convalescence suite à une crise d’appendicite, qu’il achète une boite de couleurs, pour passer le temps. Il a vingt ans. Ça lui plait. Il décide de suivre des cours de dessin de 7 heures à 8 heures, juste avant de se rendre à l’étude. « J’étais anxieux et ennuyé dans les différentes choses que l’on me faisait faire. » La peinture lui apporte une joie intérieure qu’il ne connait pas jusqu’ici. Homme du Nord, il a la vitalité généreuse. Aucune débauche, se satisfaire de ce qui est accessible, en tirer le meilleur. Amour de la lumière et de la couleur.

Femme et poissons rouges, 1921

Sa première toile, une Nature morte aux livres, est finie en juin 1890. Il a 21 ans. Il découvre un tempérament ardent et une foi en lui. Le travail fastidieux de l’étude ne lui a jamais convenu, désormais, il lui est insupportable. Quand il annonce qu’il veut monter à Paris pour devenir artiste-peintre, il essuie le refus de son père. Pour la première fois de sa vie, il ne s’efface pas, il tient bon. Grâce au soutien de sa mère, son père accepte de lui donner une pension. À Paris, en octobre 1892, il suit les cours du soir de l’École des Arts décoratifs. Il y rencontre l’ami d’une vie, Albert Marquet.

Les plumes blanches, 1919

Il se plonge dans le travail. « J’ai pris peur comprenant que je ne pouvais reculer. J’ai foncé tête baissée dans le travail. » Il s’inscrit à l’Académie Julian, faubourg Saint-Denis, pour préparer l’entrée aux Beaux-Arts. Il y trouve une atmosphère ennuyeuse et conformiste. Il rate son concours d’entrée aux Beaux-Arts. Seul, il dessine dans la cour vitrée de l’École des Beaux-Arts où il rencontre Gustave Moreau qui lui permet d’entrer comme élève dans l’École sans passer le concours. Dans l’atelier Moreau, il trouve le maître dont il a besoin, un artiste passionné, voué à son seul art, capable d’enflammer ses élèves. Il reconnaît le talent de Cézanne, Degas et Toulouse-Lautrec. Moreau fait souffler un petit vent de révolte dans l’École.

Nu bleu (Souvenir de Biskra), 1907

Il reste trois ans l’atelier de Moreau. Au Louvre, il copie les toiles des maîtres. Sa formation est classique. Il possède un esprit méthodique. Rien n’est laissé au hasard. Loin du conflit d’aucune sorte, un esprit paisible qui cherche la douceur de vivre. Peu de contraste violent. Il fuit le noir et le clair obscur. Ce qu’il cherche, c’est l’harmonie en toute chose. « Ce que je rêve, c’est un art d’équilibre, de pureté, de tranquillité, sans sujet inquiétant… un calmant cérébral. (1908) »

Les jeux de lumière le fascinent, les dégradés de tons, « la possibilité de faire chanter des lumières dans une harmonie assourdie, à graduer et serrer au mieux les valeurs. » C’est dans la subtilité que l’âme trouve son épanouissement. Il est fasciné par Vermeer. La peinture doit rendre au mieux les valeurs de la lumière, l’amplitude lumineuse définissant la couleur. C’est un myope, il voit la couleur, moins ses dégradés, là est sa recherche.

Femme au chapeau, 1905

Sa première peinture est sombre. La lumière est sage. Il découvre la peinture espagnole du Greco et de Goya, il s’émerveille devant Manet qui lui fait découvrir le blanc, la clarté. Lors de vacances à Belle-Île, il rencontre John Russel, peintre néo-impressionniste australien, ami de Monet, de Rodin et de van Gogh. Matisse découvre l’impressionnisme. Il éclaircit sa peinture en y mettant plus de blanc et de bleu. Ce qu’il apprend surtout, c’est sortir du canon officiel. L’histoire de l’art, au niveau d’un individu ou d’une école, est ponctuée de libérations. Une contrainte est dépassée, des peintres s’y engouffrent jusqu’à buter sur une nouvelle contrainte et ainsi de suite. Destructeur d’habitudes, de voir et de faire, un artiste s’évade de la prison d’un consensus. Il revient à Paris « avec la passion des couleurs de l’arc-en-ciel. » Il doit exprimer ce qui est en lui et ne plus chercher à peindre comme on le lui dit. Il critique sévèrement les impressionnismes pour leurs appréciations fugitives, non essentielles.

Autoportrait, 1918

Il se marie le 8 janvier 1898. Son nouveau professeur Cormon ne l’encourage guère vers une voie originale, comme jadis avec van Gogh ou Toulouse-Lautrec. De ces deux peintres, il apprend une technique moins élaborée, plus libre, plus spontanée, directe, des harmonies intenses, en somme une expression plus puissante. « Ce que je poursuis avant tout, c’est l’expression… L’expression est dans toute la disposition de mon tableau : la place qu’occupent les corps, les vides qui sont autour d’eux, les proportions, tout cela a sa part. (1908) »

Il quitte l’atelier avec Marquet. Il coupe le cordon ombilical. Ce qui manque à sa peinture, c’est l’être humain. La naissance de ses enfants complique sa situation. Sa femme ouvre un magasin de mode. Sa peinture ne lui rapporte presque rien. Fils spirituel de Cézanne, « le bon Dieu de la peinture », il se penche sur la forme et l’espace, le contour et le volume, même si la couleur continue de le hanter. Une chose est sûre, il n’est pas satisfait de son travail. Besoin de permanence.

La robe persanne, 1937

Il se penche sur le visage humain. De 1899 à 1901, il travaille à partir de modèles. Des couleurs criardes dominées par le bleu de cobalt, voire violentes, des formes grossières, des visages à peine esquissés se dégagent de son œuvre. Son but est de se concentrer sur l’essentiel en oubliant le détail. « Tout ce qui n’a pas d’utilité dans le tableau est nuisible. Tout détail superflu prendrait, dans l’esprit du spectateur la place d’un autre détail essentiel. (1908) » C’est la puissance du tableau qu’il veut. Des oppositions brutales qui ne sont pas sans rappeler Degas et Toulouse-Lautrec, la fureur conquérante du créateur apparaît, mais surtout un besoin de plénitude, un équilibre dépouillé à l’extrême, saisir la vie dans son mouvement. Le fauvisme naissant.

Portrait à la raie verte, 1905

Il se met à la sculpture en 1899. Besoin d’expansion et de matière, mais aussi de formes baignées de lumière. Elle lui permet de s’assouplir. La courbe l’obsède. Contemplatif, ses peintures sont des sculptures de couleurs. Le spéculatif se heurte à l’instinctif. L’œuvre est pensée, mais elle est poussée vers l’instinct. L’instinct devient le gage de la sincérité. Il obtient un résultat, il veut le montrer. En 1904, il envoie des toiles au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne. Il monte sa première exposition personnelle chez Vollard, en juin.

Il passe l’été 1904 à Saint-Tropez. La Méditerranée est une révélation. « Je ne songeais plus qu’à faire chanter mes couleurs sans tenir compte de toutes les règles et interdictions… entrer directement dans l’arabesque avec la couleur. » « Le choix de mes couleurs est basé sur l’observation, sur le sentiment, sur l’expérience de ma sensibilité… Je cherche à poser des couleurs qui rendent ma sensation. » La couleur est sensation. Peu de temps après, il découvre Collioure.

Luxe, calme et volupté, 1907

Besoin de densité et de rythme, de couleur et de lumière, « atteindre un maximum de luminosité, de coloration et d’harmonie… rechercher l’éclat et la puissance par tous les moyens possibles… colorer à outrance. » Il atteint la pureté des couleurs. À ce moment, il s’inscrit dans la ligne du néo-impressionnisme, le pointillisme inauguré par Seurat et Signac, non pour lui obéir, mais le faire éclater en gerbes de lumières et de formes. Il s’aperçoit que le divisionnisme n’a pas d’avenir. La couleur n’est pas séparation, elle est fusion. Le pointillisme est un point de départ à son nouveau style.

Matisse est dans la retenue, le contrôle, la précision. Le ferment de l’instinct est pondéré par une raison picturale qu’il a appris à maîtriser durant ses longues années d’apprentissage. Il affine la raison en lui ôtant ses scories intellectuelles. La raison pure, pas les commentaires. Il aime ce qui est stable et concis, dans un balancement nonchalant. Il trouve en Gauguin le paganisme qui lui manque : libérer la raison. Revenir à la vie primitive. Mais alors que Gauguin est resté dans la noirceur d’un univers qu’il n’est pas arrivé à faire exploser, Matisse y réussit grâce à sa lumière.

Nu rose, 1935

Aucun débordement, asseoir sa peinture sur l’équilibre. La technique de Matisse est dans le fil à plomb. Une couleur trouve sa valeur expressive si elle est balancée, sans monotonie. L’émotion jaillit avec force parce qu’elle est maintenue dans un cadre ferme. Une fois l’assise trouvée, les audaces sont possibles, des dissonances parfaitement maîtrisées. Alors que Gauguin reste le spectateur de ce qu’il expose, Matisse participe à sa représentation. Sa spontanéité est le fruit d’un effort méticuleux où il s’investit pleinement.

Odalisque assise aux bras levés, 1923

Au Salon d’Automne de 1905, il est le scandale personnifié. Louis Vauxcelles, dans le Gil Blas du 17 octobre, s’exclame : « Au centre, un torse d’enfant d’Albert Marquet. La candeur de ce buste surprend au milieu de l’orgie des tons purs : Donatello chez les Fauves. » Le mot est lancé, le fauvisme. La couleur pour la couleur, pas pour être fidèle à un modèle. Le « choc émotif ». La nature est un combat de couleurs. Pour tous, Matisse est le chef de file. Ces peintres qui se sentent rejetés décident de se regrouper autour de cette appellation qu’ils n’ont pas choisie. À 36 ans, Matisse est reconnu, en bien et en mal, il vend ses toiles, il devient un phare pour toute une génération de jeunes peintres. Derain, Vlaminck, Dufy et Braque.

Le fauvisme s’impose facilement dans ce début du XXè siècle qui ne veut pas répéter les mêmes sottises qu’avec les impressionnistes. Matisse devient célèbre. Son texte, les Notes d’un peintre, parues dans la grande Revue du 25 décembre 1908, expose sa méthode révélant la cohérence d’un grand peintre (la plupart des citations de l’article viennent de ces Notes). Le succès est assuré. Le voilà promu « maître de l’art moderne. » En réalité, ce texte personnel marque autant la naissance que la mort du fauvisme, car les autres peintres du groupe, tenant à se démarquer, prendront des voies différentes.

Yvonne Landsberg, 1914

Il ouvre une Académie où il reçoit une cinquantaine d’élèves passionnés. En 1906, il achète un masque nègre et commence à en constituer une collection. Il prend l’habitude de voyager, Alger, Italie du Nord, Munich pour découvrir de nouveaux horizons. Durant ces années, Matisse a élaboré un superbe esthétisme, auquel il manque, à ses yeux, une expression. « L’art est la poursuite acharnée par la seule plastique de l’expression, du sentiment intérieur. » La peinture devient une expression, dans la simplicité la plus extrême afin de toucher directement, sans intermédiaire ni perte de temps à déambuler dans un labyrinthe de détails inutiles. « Les moyens les plus simples sont ceux qui permettent le mieux au peintre de s’exprimer. (1908) » L’intériorité fait la force d’une œuvre, pas son pittoresque et c’est dans l’expression que cette intériorité se révèle. L’expression appropriée est une sincérité réduite à sa plus simple expression. Déloger l’arbitraire.

La desserte, harmonie en rouge, 1908

Matisse est un Toulouse-Lautrec limpide et sensuel, sans dénonciation. Lautrec est dans la matière, il en joue afin de la réduire à sa volonté. Matisse sort de la matière, plus besoin d’en imiter les effets. Créer les effets intérieurs qu’elle produit en nous. Van Gogh illumine la matière, Matisse en retient que l’illumination. L’espace est de Cézanne, orchestré, mais dépouillé à l’extrême, serré au plus près. L’espace est vivant et donne vie à l’ensemble. « Je veux la sensation d’espace, aussi bien dans la plus petite des toiles que dans la chapelle de Vence. » Travail de concision. Aucune souffrance chez Matisse, si ce n’est le poids d’une matière à soumettre par tous les moyens. Vivre est un bonheur.

Le peintre reste présent par des contours contraignants. Le fauve marque son territoire. Danger du système, il en est conscient. Il atténue son trait, fait tout pour s’en évader, laisser plus de place à la sensualité. Son idée est de dématérialiser la couleur afin de la réduire à sa seule expression, libre de toute contingence abusive. Un univers discipliné, clair, équilibré, sans débordement où tout est contrôlé. Échapper au lyrisme facile. Éloge de la sincérité. L’œil est inondé de sensations, la pensée fait le tri pour n’en conserver que le primordial. L’observation objective. L’intensité est l’unité de plusieurs perceptions d’où jaillit l’émotion. Tout ce qui est trop tue l’émotion.

La leçon de piano, 1917

Il s’intéresse aux autres. Il comprend que le défaut de l’art est de se replier sur lui-même en un égocentrisme narcissique dès que l’on trouve un succès. Matisse est un étudiant perpétuel. Il n’arrête jamais de penser et sa pensée est un dialogue. Ce qu’il voit, c’est ce qu’il pense des autres. Se heurter aux autres, les refuser, est le drame de l’artiste s’enfermant dans la prison de ses vérités.

Rarement peintre connait le bonheur de son art. Tout lui réussit. Tout n’est pas aussi rose. Son Académie ne lui a rien apporté, beaucoup d’élèves, peu de résultats encourageants. Le fauvisme appartient au passé. Ses amis se détachent de lui, certains le méprisent. Son succès s’est retourné contre lui. Il est devenu un parvenu. Il ne s’en préoccupe pas, il doute de lui. Il a dépouillé son art de tout, mais ne risque-t-il pas de sombrer dans une mécanique froide ? Son besoin d’ordre et de discipline ne risque-t-il pas de prendre le pas sur son élan sensuel ? Il veut retrouver le choc de l’émotion. Pour cela, il lui faut s’évader du confort. Il part pour le Maroc pour « retrouver un contact plus étroit avec la nature que n’aurait pu faire l’application d’une théorie vivante, mais limitée, comme était devenue le Fauvisme. »

« La révélation m’est toujours venue de l’Orient » avoue-t-il. En réalité, il vit une époque en plein foisonnement artistique et intellectuel, en partie grâce à lui. Lui-même est devenu une institution, passif face à ce qui se passe. Il vit sur son élan. Quand survient la Grande Guerre, il est réformé. Ses fils sont trop jeunes pour y être envoyés. Sa technique devient plus légère, utilisant une matière diluée qu’il peut facilement reprendre et corriger. Supprimant toute opposition, il produit une atmosphère paisible où dominent le bleu ou le rouge. La sobriété de son art est un raffinement exalté dans une douce rêverie. Sans le savoir, il se dirige vers l’abstraction.

La danse, 1910

Il réagit. Il réintroduit la force du dessin. Il est sensible au Cubisme que Braque et Picasso ont élaboré, après avoir ingéré et digéré Cézanne, entre 1911 et 1912, il en refuse l’esprit de système. « Quand nous inventions le cubisme, ce n’était pas pour faire du cubisme, mais pour exprimer ce qui était en nous (Picasso). » Ce qui est en Matisse, l’arrondi, la courbe sensuelle, pas la ligne droite, le corps d’une femme, pas celui d’un homme. Il est le peintre de la femme, il peint les hommes comme des femmes, la vie est une femme. Sa rigueur intellectuelle, pour s’épanouir, a besoin de fantaisie, un effacement pour donner vie au sensible. Le tempérament est prudent, sévère, réfléchi et strict, l’expression est libre et ouverte, une fois le « cerveau organisé. » En 1917, il s’installe à Nice. C’est un homme discret qu’on voit peu.

À la fin de la Guerre, une époque est passée. Le temps a besoin de calme et de repos. Les esprits se tournent vers Matisse comme vers une source rafraîchissante de bien-être apaisant. Il entre dans la légende. Les grands musées font l’acquisition de ses œuvres. Paul Guillaume (1891-1931), le marchand d’art, le nouveau gourou de l’art moderne, s’enthousiasme pour Matisse et Picasso. Mais ne nous y trompons pas, l’art est devenu une valeur marchande colossale. Les écoles de peinture passent, reste la valeur financière d’un tableau, c’est elle qui s’impose. Matisse est un génie, mais sans valeur en monnaie sonnante et trébuchante, ce génie passionne peu.

Le jeune marin, 1907

Il travaille chez lui. La scène importe peu. Ce qui compte, c’est l’ambiance qui se dégage de la peinture, son rayonnement. La véritable scène est le tableau dans sa totalité. Les harmonies de gris, roses, bleus et d’ocres ponctuées de noir, de vert et de carmin le fascinent. De 1919 à 1920, il peint des modèles assis, debout ou allongés dans sa chambre. Il a besoin de voir ce qu’il va peindre. La forme se dilue pour devenir fluide. Les visages sont à peine esquissés. Ils sont absorbés par l’ensemble. L’orientalisme s’impose dans sa peinture. La volupté le fascine, par-dessus tout, la vie.

Précision, ferveur, épanouissement et créativité marquent sa vie jusqu’au bout. Il n’arrête jamais de peindre. Les événements n’ont pas de prise sur lui. On le lui reproche. Aucun témoignage, une vision. Il le dit, un moine voué à la contemplation. Son mysticisme est dans la matière. La célébrité n’arrête en rien sa créativité. La gloire freine la vie, elle ne l’arrête pas. Condamné à une immobilité partielle à partir de 1941, il reste au lit une partie de la journée. Le divan est un des éléments premiers de son œuvre, l’autre est la danse, la danse de la matière, le souffle de la vie.

En 1936, il s’exclame : « Quand les moyens se sont tellement affinés, tellement amenuisés que leur pouvoir d’expression s’épuise, il faut revenir aux principes essentiels qui ont formé le langage humain… Les tableaux qui sont des raffinements, des dégradations subtiles, des fondus sans énergie, appellent de beaux bleus, de beaux rouges, de beaux jaunes, des matières qui remuent le fond sensuel des hommes. » La peinture est une femme. Tout est dit. Éloge de la matière dans un panthéisme où fusionnent joyeuses, formes et couleurs. Opposition obstinée à toute hiérarchie. L’espace entier est vivant. Cette vie n’est rien si le spectateur n’entre pas dans le tableau. Supprimer tout intermédiaire, toute dispersion. Un tableau concentre un moment de vie se suffisant à elle-même. Les différents éléments se renvoient les uns aux autres, une impression d’infinitude.

La Première Guerre mondiale a révélé tout l’horreur du monde aux humains. Les artistes s’acharnent sur le réel en le torturant dans tous les sens. La Seconde Guerre mondiale atteint les limites du réel. L’art s’en était déjà libéré bien avant, cette fois, il devient nécessaire de rejeter le réel pour affirmer l’être humain. Alors que Picasso s’acharne d’un trait vengeur sur la nature, disloquant corps et visages, Matisse, débarrassé du souci réaliste atteint une simplification magique. Dans les deux cas, l’être ne fait plus figuration, il entre dans l’art. Picasso dit : « Matisse est Matisse parce qu’il porte un soleil dans le ventre. »

Femme à la chaise rouge, 1936

En automne 1947, il commence à décorer, vitraux et céramiques, la chapelle du Rosaire que les Dominicains font construire à Vence. L’inauguration a lieu le 25 juin 1951. Le moine a trouvé son illumination. « J’ai bataillé, je me suis heurté contre des forces qui semblaient vouloir m’arrêter. Un jour, je me suis trouvé devant l’issue tant désirée. Ce n’est pas moi qui l’ai découverte, qui ai réalisé mon état d’âme ; il me semble qu’une idée, un idéal, se sont imposés à moi… Je me suis éveillé à moi-même, j’ai compris que le travail acharné de ma vie était pour la grande famille humaine. »

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Comments
2 Responses to “Henri Matisse (1869-1954)”
  1. Vireloup dit :

    Tout ce qui est art, c’est ma partie. Je lis donc tes articles avec intérêt, même si je ne suis pas toujours d’accord avec toi, d’autant que ton blog est très bien tenu et très bien écrit, précis et soigné. Tu as une passion pour ces sujets ou artistes que tu abordes, et cette passion est communicative. Merci Céline !

    • cieljyoti dit :

      suis vraiment heureuse de pouvoir communiquer mes passions. bien entendu, je ne prétends nullement détenir une quelconque vérité, moins encore en ce qui concerne les arts où il faut rester modeste, je tente d’exprimer ma façon d’apprécier des peintres que j’aime contempler à m’en user les yeux. merci beaucoup pour ton commentaire

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