Frida Kahlo (1907-1954), l’âme féminine

Le comédien interprète un rôle pour se révéler. Multitude de registres, de la timidité à l’arrogance, de la faiblesse à la force, du geste vif au geste mesuré, toujours évoquant une émotion. Il observe son public pour calculer l’effet à venir. Qui, dans la vie, peut différencier ce qui lui arrive de ce qu’il met en scène ? En nous mettant en scène, on devient le dieu que rien n’effraie plus qu’un mensonge. La vérité est l’énergie, la comédie, les rênes. Jeune, Frida parle de foi et de martyre. À l’âge de 15 ans, elle s’exclame : « nous venons au monde pour souffrir. »

Autoportrait, 1926

La peinture n’est pas un art, c’est une façon de vivre. On peint ce que l’on vit et l’on vit ce que l’on peint. Sans cette intimité, l’art s’effondre dans le beau et le propre. Ce ne sont pas les directives qui donnent un sens à l’existence, c’est l’existence qui impose sa direction sous forme de sens. Vivre un moment où la différence devient impossible à opérer, l’échec de la raison. La différenciation protectrice s’effondre, nous nous trouvons d’égal à égal avec ce qui nous entoure, une mise à nu. L’art met en scène. Chez Frida, les racines sont l’art mexicain et la culture précolombienne.

En sapant les fondations de la raison, on fait germer les graines dont les fleurs font éclore une passion. Un chemin plein d’embûches. Héros brisé au récif du réel. Entrer dans le rêve, s’y extraire, en sortir pour témoigner des visions, le travail d’une vie. Jouer à la surface du rêve avec ses petits soldats de plomb ou ses poupées, un enfantillage de grandes personnes. Les enfants savent que les jouets sont là pour apprendre leur rôle d’adulte, ils réclament plus, ils veulent aller plus loin.

Autoportrait au collier, 1933

Une enfance cassée. Le 17 septembre 1925, elle a 18 ans, elle est dans le bus qui la ramène de l’école. Un tramway percute le bus. Littéralement brisée. Sur le moment, raconte-t-elle, elle ne sent rien. Elle hurle quand on lui arrache un morceau de fer du corps. Alitée un mois à l’hôpital, suit une longue convalescence. Force de la nature, trois mois et demi plus tard, elle reprend ses études. Il lui reste 29 ans ans de souffrance quotidienne à subir. Une lente et méthodique dégradation physique dont Frida est consciente. Des améliorations qui ne durent pas, une aggravation qui n’en finit pas. « J’habite une planète douloureuse, transparente, comme de glace, mais qui ne cache rien. (1926) »

Deux nus dans la forêt, 1939

Ses grands-parents paternels sont des juifs hongrois. En 1891, le grand-père Jakob Heinrich donne une somme d’argent à son fils Wilhelm (1872-1941), alors 19 ans, pour qu’il achète un billet pour le Mexique. Il hispanise son nom en Guillermo. Quand sa femme mexicaine meurt en 1895, il s’éprend de Matilde Calderon (1876-1932), une femme magnifique, la mère de Magdalena Carmen Frida Kahlo y Calderon. Elle suggère à son mari de devenir photographe et, en l’espace de quatre ans, Guillermo réussit sa vie professionnelle. Il photographie les bâtiments officiels pour le gouvernement. L’homme s’adapte mal à la vie mexicaine et parle avec un fort accent allemand.

L’enfance de Frida est ponctuée par les dix années sanglantes de la révolution mexicaine débutée en 1910. Le père perd son travail de photographe officiel et connait des difficultés financières. Elle apprend à coudre, à cuisiner et à faire le ménage, elle refuse le dogmatisme catholique de sa mère. Cette mère qui « ne savait ni lire, ni écrire, ne savait que compter… était hystérique sur la question religieuse » dit Frida dans son journal. À l’âge de 6 ans, elle est atteinte de poliomyélite. Pour sa convalescence, elle se met au sport et adopte l’allure d’un garçon manqué, elle s’isole. Elle est la préférée de son père dont le violon d’Ingres est de peindre des aquarelles réalistes. Il l’initie à l’art.

Le rêve, 1940

En 1922, elle est admise à l’École préparatoire nationale, l’Escuela Nacional Preparatoria, une école supérieure d’un haut niveau, jusque-là réservée aux seuls garçons (sur 2000 élèves, 35 filles). Elle aime lire, mais se désintéresse des études. Elle veut devenir médecin. Elle aime les gens. En 1922, elle rencontre pour la première fois Diego Rivera (1886-1957) chargé de réaliser une fresque dans la grande salle de conférences. Son sens esthétique et son esprit frondeur passionnent la jeune fille. Après son accident, elle ne renouvelle pas sa candidature à l’École. En 1926, elle se met à la peinture avec son premier autoportrait. « Je n’ai jamais pensé à la peinture avant 1926 quand j’ai dû rester alité suite à un accident… J’ai chipé la peinture à l’huile de mon père et ma mère m’a fait fabriquer un chevalet spécial parce que je ne pouvais pas m’asseoir. (Lettre à Julien Levy, 1938) » Le besoin d’exprimer, de triturer son existence pour en comprendre quelque chose, là est sa peinture. Le don n’est rien sans l’expression.

Elle subit 32 opérations. Une lente agonie entrecoupée de moments éphémères d’euphorie où un semblant de mieux semble s’instaurer. La première, un an plus tard, trois vertèbres se déplacent. Elle est immobilisée dans un corset. Aucune radio n’est faite. Sa famille n’ayant pas les moyens financiers, elle espère un rétablissement naturel. Son immobilité forcée l’oblige à trouver une occupation. La peinture s’impose. Elle possède une base étudiée à la Preparatoria, elle travaille seule. Elle peint et détruit ce qu’elle juge maladroit. Elle lit des livres d’art et se dit admiratrice de Botticelli. Elle se prend de passion pour Modigliani.

Non seulement, elle est percluse de douleurs, elle se sent seule. Pourtant, c’est vers la vie qu’elle tourne son attention. Sa peinture devient son médicament. Principal sujet de son œuvre, elle s’acharne à se construire. Pleine d’humour, elle est généreuse. Ceux qui la voient en repartent éblouis. Elle joue la comédie, devenant l’héroïne affrontant le mal. Elle se met en scène, devient l’actrice de son calvaire. Cette théâtralisation n’est pas du narcissisme, c’est une force.

La colonne brisée, 1944

Elle tombe amoureuse de Diego Rivera, le peintre le plus célèbre du Mexique ayant séjourné à Paris de 1908 à 1921, ami des plus grands peintres. Communiste, défenseur de la culture populaire du Mexique, il donne un sens à l’existence de Frida, repliée sur elle-même. Dans ce pays de machos, il respecte la femme à sa juste valeur. Malgré sa laideur, talentueux, reconnu, intelligent, humoriste, féministe, engagé, il est l’amant idéal. Elle est belle, malicieuse, pleine de vie, douée, elle est la femme idéale. Ils partagent la même foi communiste. Diego est un moteur pour sa peinture.

L’homme tendant à l’universalité se complète merveilleusement avec cette femme sachant si bien saisir les détails fulgurants de la vie pour en faire ressortir la profondeur. L’intimité est ce qui manque le plus à la jovialité sociale de Diego. Ils sont une chance exceptionnelle l’un pour l’autre. Le mariage a lieu le 21 août 1929. Diego est secrétaire général du parti communiste. Frida devient une militante convaincue. Diego doit quitter son poste pour une supposée collaboration de classe avec la bourgeoisie (il peint des fresques dans des lieux officiels), il conserve son attachement au communiste.

Elle s’habille en paysanne, symbole de la nature et du réel, pour mettre en valeur sa personnalité, le costume de l’actrice. Elle est élégante et adore l’extravagance qui la fait remarquer. Besoin d’harmonie pour compenser la dislocation de son corps. Diego lui permet de vivre son rêve d’artiste. Le peintre est célèbre et renommé aux États-Unis, ce qui permet à Frida de découvrir cette civilisation dans les meilleures conditions. Ses vêtements font sensation dans les rues américaines. La jeune fille timide et réservée s’épanouit.

L'étreinte amoureuse de l'univers,la terre, moi, Diego et monsieur Xolotl, 1949

Elle qui rêve d’avoir des enfants, ses problèmes médicaux l’en empêchent. Elle doit avorter plusieurs fois. « J’aimerais mieux être morte ! Je ne sais pas pourquoi il me faut continuer à vivre comme ça. » Dans cette déception permanente de la vie, son art est en train de naître. Henry Ford Hospital daté de 1932, peint sur du métal après sa fausse couche, marque un tournant. Elle se jette dans l’audace. Son style est là éructant cette énergie en elle. Jamais jusqu’ici on n’avait représenté la femme dans un réalisme poignant exalté d’angoisse poétique. La femme nue baigne dans son sang. Elle pleure. Aucune flatterie ni parade, la comédienne atteint la vérité de son corps. L’idéalisation masculine du corps féminin est raillée. Sa main gauche tient six rubans rouges, des veines, chacun agrippant une émotion, un fœtus masculin tenu par un cordon ombilical, un bassin osseux (les os pelviens dont l’écartement est nécessaire pour un accouchement réussi), un escargot (lenteur de l’enfantement, symbole de la fécondation lié à la lune pour les Indiens), un écorché montrant le bas-ventre, une orchidée mauve (un cadeau de Diego) et une pièce de mécanique (stérilisateur à vapeur, le supplice d’une mécanique à laquelle on ne peut rien). Un paysage de désolation devant de lointaines usines froides (peinture de commande exécutée par Diego retenu éloigné d’elle), la froideur du monde. Le lit est un bateau dérivant on ne sait où, le corps nu révèle la vulnérabilité. Une œuvre puissante de femme, un vécu sublimé et expressif.

Henry Ford Hospital, 1932

Le désespoir de ne pas avoir d’enfants et la fascination de la procréation marquent son œuvre, le sens de sa peinture compense une vie odieuse. Sa volonté de mort est évidente, mais l’amour de la vie triomphe. Transformer le malheur en souffle créatif, le souffle vital. L’humanité à l’état pur.

Dans Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, daté de 1932, Frida est vêtue à l’américaine. S’opposent la terre et la culture ancestrale à un monde de béton et de fer dominé par la technique, un monde déshumanisé. Pour la première fois, du côté mexicain, elle évoque la rencontre du soleil et de la lune, la force de la nature et le cycle naturel de la vie, l’unité de tout ce qui fonde l’existence, la dualité du jour et de la nuit, du masculin et du féminin, un thème récurrent chez elle. Dans la mythologie mexicaine, le soleil est masculin, il donne la vie, la lune féminine est la mère des humains. Le monde des machines éloigne l’homme de sa fonction première de vie. Ce qui n’empêche pas Frida d’adorer le shopping.

Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, 1932

Elle peint peu. Rien en 1934, en 1935, deux œuvres dont Quelques petites coupures, une œuvre terrifiante basée sur un fait divers. Un homme crible de vingt coups de couteau sa maîtresse étendue dans un lit. Lors du jugement, il s’exclame : « je ne lui ai fait que quelques coupures. » L’assassin fait face à sa victime dont la main droite, la paume ouverte vers le spectateur, laisse goutter du sang sur un sol vert-jaune. Frida explique que le jaune est pour elle la couleur de la folie et de la peur. L’homme se tient droit, fier de lui, la main gauche rentrant un mouchoir ensanglanté dans sa poche. Un réalisme bestial donne à cette œuvre une force d’une brutalité quasi insoutenable. Le macho fait face à la chingada, la « baisée », un sens ambigu, à la fois l’idée d’un acte violent à l’égard de la femme, une pénétration par la force, et celle d’une victime consentante, l’idée d’une domination masculine sur la femme par n’importe quel moyen. C’est la situation à laquelle s’identifie Frida, « baisée et assassinée par la vie. » Cette œuvre offre le constat de son existence. En peignant cette scène pleine de cynisme, Frida en devient l’actrice, la maîtresse d’œuvre, elle prend son destin en main. Cette violence, elle en fait un moteur pour sortir d’elle-même. Peu de femmes sont capables d’en assumer les conséquences.

Quelques petites piqures, 1935

À la suite d’un nouvel avortement, Frida se voit interdite de relations sexuelles. Diego se tourne vers sa belle-sœur Christina (1908-1964), la belle cadette de Frida. Des liaisons, ce n’est ni la première, ni la dernière. Début 1935, Frida quitte la maison pour s’installer dans un petit appartement à Mexico. Elle veut fuir son mari, besoin de solitude, de faire le point sur elle, sans doute pour avancer. Dépendante de son homme, elle veut vivre par elle-même, de son travail.

Dans cet univers artistique libéré des contraintes, l’homosexualité de Frida trouve un deuxième souffle. Aucune honte de sa bisexualité, au contraire, c’est une chance pour elle. Son mari qui croit en l’amour libre l’encourage dans cette voie. Elle a de nombreux amants. Le coureur est jaloux, elle se cache. En 1937, elle devient l’amante de Trotsky alors séjournant au Mexique. La fascination ne dure guère face à deux personnalités extrêmes.

Ce que l’eau m’a donné, 1938, représente un univers unique, une plénitude de l’artiste hors du temps et de l’espace, une atmosphère onirique qui n’est pas sans rappeler Bosch et Bruegel. Frida considère son travail important. Elle se trouve dans son bain, ses deux pieds, dont l’un blessé, apparaissent. Elle rêve les grands événements de sa vie, sexualité, douleur et mort. En bas à droite, les deux femmes sur un lit sont des amoureuses. Ses parents sont debout à côté, le regard perdu. Son père a une corde tombant sur ses épaules (attaché à sa femme ?). Frida, narcissique, exhibe ses blessures, pour les dominer, pleine de dérision. Un personnage masqué tient une ficelle passant par le cou d’une Frida morte sur laquelle déambulent une araignée, des insectes, un serpent et une danseuse. Un équilibre précaire. Un oiseau mort sur un arbre. Un volcan d’où surgit un building enfumé. Au pied du volcan, la mort assise dans une posture désinvolte. Un bateau toute voile dehors, envie de voyage. C’est ce tableau qui est choisi par Breton pour illustrer son article sur Frida. Pourtant, le hasard surréaliste fait place à un destin déchiré et sanglant.

Ce que l'eau m'a donné, 1938

Diego organise une vente des œuvres de sa femme en 1938. L’acteur Edward G. Robinson, amateur d’art avisé, achète quatre tableaux, une consécration. André Breton, venu faire des conférences au Mexique, découvre son travail en avril. Breton est fasciné par elle. Il voit bien sûr une surréaliste. La Mexicaine n’aime pas le théoricien pompeux, mais elle devient l’amie de sa femme Jacqueline Lamba. À New York, la peinture de Frida connait un réel succès. Le côté primitif et folklorique de son œuvre fascine les Américains. Des 25 toiles présentées, elle vend la moitié. Sans ses gouffres de souffrance, elle aurait pu être heureuse.

En janvier 1939, elle embarque pour la France, trois mois. Elle partage le petit appartement des Breton, elle s’y sent mal à l’aise. Elle va à l’hôtel. Elle tombe malade. Si elle est chaleureusement accueillie par les surréalistes, l’ambiance parisienne lui paraît artificielle. « Je préfère vendre des tortillas au marché plutôt que de m’associer à ces putains d’artistes parisiens. Ils passent des heures à réchauffer leurs précieuses fesses aux tables des cafés, parlent sans discontinuer de culture, d’art et de révolution… en se prenant pour les dieux du monde… en infectant l’atmosphère de théories qui ne deviennent jamais réalité… De la merde, rien que de la merde, voilà ce qu’ils sont… L’Europe est en train de pourrir… ces gens sont la cause de tous les Hitler et Mussolini (Lettre à Nickolas Muray de février 1939). »

« Je n’aurais jamais su que j’étais surréaliste jusqu’à que André Breton me dise que je l’étais. La peinture est pour moi un besoin. Je peins ce qui me passe par la tête, sans penser à rien d’autre. » « Mes tableaux sont l’expression la plus franche de moi-même. Je déteste le surréalisme… une manifestation décadente de l’art bourgeois (Lettre 1952). » Soucieuse de louanges, elle accepte le qualificatif et joue le jeu. « J’aime aller au-delà du réalisme. Il ne fait aucun doute qu’à bien des égards ma peinture est reliée à celle des surréalistes. » Le surréalisme est une carte de visite prestigieuse. L’influence est là. À partir de cette date, sa peinture se fait moins primitive, plus complexe et intense. Elle gagne en ambiguïté.

Après son divorce, le 6 novembre 1939, elle peint Les deux Frida, assises la main dans la main. La Frida que Diego n’aime plus, au visage virginal, est vêtue de blanc, l’autre porte son vêtement habituel de paysanne. Les deux ont le cœur à nu relié par une veine, la blanche, le corsage déchiré, a le cœur ouvert, l’autre est fermé, en fonctionnement normal. La blanche tient une pince chirurgicale pour fermer une artère ouverte. L’autre tient un pendentif au bout d’une artère fermée. Leur visage est impassible, tout se passe à l’intérieur. Frida se console comme elle peut. Le couple continue de se voir assidument, mais c’est la mort qui est son meilleur compagnon avec la peinture qu’elle maîtrise de mieux en mieux. Elle est à l’apogée de son art. Comment ne pas succomber à la tentation d’exhiber ce qui n’appartient qu’à soi ? Elle vend son œuvre avec bonheur, pas assez pour l’indépendance dont elle rêve. Toujours des compromis.

Les deux Frida, 1939

Frida ne se représente pas en biche, mais en cerf blessé, percé de neuf flèches, une peinture de 1946. L’homme en elle lui permet de se montrer. Elle se voit comme gibier de l’existence. On lui a promis une guérison pour sa colonne, rien, les douleurs persistantes, la dépression, pas moyen de sortir de ce cercle infernal. La magie de la vie se retourne inlassablement contre elle. Une proie, elle crie, puis s’enfuit dans la forêt pour pleurer.

Le cerf blessé, 1946

Malgré les nombreux amants qui les séparent, Diego et Frida se remarient le 8 décembre 1940. La mort de son père, un 14 avril 1941, la brise moralement. Sa santé se dégrade. Sa célébrité s’établit, elle reçoit des commandes et devient enseignante. Le côté intimiste des œuvres du début fait place à une volonté plus universelle de toucher un large public. Le côté cru et sanglant de son travail ajouté de symboles puissants produit un choc sur le spectateur. Sa notoriété grandit. La vie est une force unissant tout ce qui existe où tout est lié à tout. L’art donne et répand ce que nous ne possédons pas, un sens, une personnalité, tout ce que l’on désire en fonction du besoin. En 1942, elle commence son Journaloù elle commente et explique la vie et ses états d’âme. La fécondité l’obsède, elle se passionne pour l’ésotérisme et évoque ses souffrances avec des aquarelles surréalistes.

Ma naissance, 1932

En 1944, aggravation de sa santé. Elle porte des corsets orthopédiques. La comédienne reste pleine de joie et de gaité. Début 1950, nouvelle détérioration physique, elle séjourne un an à l’hôpital. Elle endure. Un chevalet est adapté à la forme de son lit. Elle peint. « Il y a trois choses que je veux faire : peindre, peindre et peindre. » Peur de cette solitude qui accentue les douleurs, beaucoup de visiteurs se pressent dans sa chambre. Elle adore les commérages et les blagues grivoises. La vulgarité la rattache à l’existence, besoin de matérialité obscène. Elle se fatigue vite. Attachée aux objets, elle se passionne pour tout, respire avec ses amis et aime passionnément Diego.

Le soleil et la vie, 1947

En septembre 1953, elle se fait amputer d’une jambe au niveau du genou. Terrible épreuve pour une femme de 46 ans. Elle déprime. Une prothèse, trois mois pour s’habituer à marcher tant bien que mal avec. La déchéance physique. Elle ne s’en remet pas. « Jamais de ma vie, je n’ai autant souffert. » Irritable jusqu’à la violence pour son entourage, elle est dégoutée de la vie. Devant cette souffrance, Diego fuit. Le 2 juillet 1954, elle participe à une manifestation communiste. L’ultime élan. Elle sait qu’elle va mourir. On impute son décès le mardi 13 juillet 1954 à une embolie pulmonaire. Elle a épuisé ses dernières forces.

Arbre de l'espérance, reste ferme, 1946

La vie est une épreuve laissant des cicatrices à jamais béantes. Celles de Frida atteignent un rare paroxysme. Sa douleur n’a jamais été un frein. Dans ses derniers portraits, elle amplifie les traits masculins de sa personnalité, goût qu’elle a toujours cultivé, jeune, elle s’habillait en garçon. Elle n’hésite pas à accentuer sa moustache naturelle. Le visage poupon et l’obésité de Diego le font ressembler à une femme. Les deux personnalités échangent ce dont ils ont besoin. Chacune se nourrit de l’autre. Un œil se désaltère à un autre œil.

Moïse, 1945

L’âme féminine n’existe pas sans sa contrepartie masculine. Le genre n’est pas un sens unique, mais une avenue à double sens où l’on existe dans l’échange et le partage. Diego se rabat sur son infantilisme, Frida sur son rôle de mère, un rôle permettant à chacun de vivre ses ambiguïtés. Quand la femme se donne les moyens de son expression, elle va plus loin que l’homme enfermé dans la prison de sa virilité. Cette femme, quand elle se fait absente ou qu’elle s’éteint, l’homme tourne en rond. « Sentir dans ma propre douleur la douleur de tous ceux qui souffrent et puiser mon courage dans la nécessité de vivre pour me battre pour eux (1953). » L’âme féminine.

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Comments
12 Responses to “Frida Kahlo (1907-1954), l’âme féminine”
  1. marc lessard dit :

    Hum oui MÊME dans la souffrance elle continue de peindre in peux l’exemples des femmes aujourd’ui en chine beaucoup de femmes qui étudié en entreprenaria et travaille venue d’occident on née en chine à HK ou à Beijing étrange n’est ce pas bonnes fin de semaines Céline

  2. M1 dit :

    Que dire à part merci pour ce petit chef-d’oeuvre ! un excellent post ! je vais l’imprimer et le garder : )

  3. La passion que met cette femme mener son enquête jusqu au bout donne la mesure de sa d tresse.

  4. by dit :

    Oui super cette article ça va m’aider pour mon oral d’histoire des arts :)!!

  5. Vincent dit :

    Superbe article ! Merci.

    Le suicide de Dorothy Hale

    New York, Hotel Hampshire, au petit matin,
    L’an mille neuf cent trente huit, le 21 Octobre,
    Dorothy Hale, actrice veuve est dans l’opprobre ;
    Chômeuse elle vit au dépend de ses copains.

    La veille, prétextant un voyage lointain,
    Elle leur a dit adieu dans une soirée sobre
    Avant d’aller enfiler sa plus belle robe,
    La noire avec des fleurs jaunes au dessus d’un sein.

    La vue sur Central park, parsemé de lumières,
    N’atténue pas la peine de la trentenaire,
    Désespérée, elle se jette dans la nuit.

    L’impact au bout d’une chute de seize étages
    Laisse miraculeusement intact son visage,
    On peut y voir l’expression de sa mélancolie.

    https://misquette.wordpress.com/2016/05/21/le-suicide-de-dorothy-hale/

  6. Vincent dit :

    Et puis celui-là

    Le cerf blessé

    Pauvre cerf blessé par les flèches des chasseurs !
    Dans ta chair elles ont provoqué de tels dommages
    Qu’un peu partout le sang souille ton beau pelage,
    On imagine quel doit être ta douleur !

    Pourtant tu es toujours debout plein de vigueur,
    Ni tes plaies, ni la forêt sombre, ni l’orage,
    Rien ne semble pouvoir entamer ton courage,
    Tu gardes la tête haute dans ton malheur.

    Tes yeux noirs au milieu de ton visage grave
    Cherchent les nôtres avec beaucoup d’intensité,
    Au fond d’eux on peut lire une grande tristesse.

    Oh ! Mon ami, que tu est beau, que tu es brave !
    Peut-être tiens-tu de ça ta ténacité ;
    Seules les bêtes blessées connaissent la tendresse*.

    https://misquette.wordpress.com/2016/04/12/le-cerf-blesse/

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