Vassily Kandinsky (1866-1944)

La figuration est humaine, l’abstraction est divine. L’humain se représente, le divin refuse toute image. Au début du Décalogue, le dieu de l’Ancien Testament le clame haut et fort en interdisant la représentation : « tu ne feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, sur la terre ici-bas ou dans les eaux au-dessous de la terre. » Aucun intermédiaire ne peut prétendre se substituer au transcendant. Le média humain détourne l’image à son avantage et se perd dans son adoration.

Gabriele Münter, 1905

L’œil humain ne perçoit pas le divin, il ne le peut et ne le doit. Voir est de l’ordre d’une idolâtrie. Ces formes autour de nous sont notre vision, notre façon de voir, dieu est au-dessus. On figure ce qui est accessible, pour dieu, seul un cerveau abstrait de toute contingence matérielle peut tenter de s’en faire une lointaine idée, celle qui anime sa foi. « On peut se délivrer de l’intermédiaire de la nature, si l’on parvient à se mettre en rapport avec le tout. » La vie humaine est remplie de détails superficiels. L’abstraction est une vue de l’esprit, « il n’y a aucune forme, aucune chose au monde qui ne dise rien. »

La vie en couleur, 1907

Posséder le double d’une personne, c’est affirmer son ascendant sur elle. On fait un portrait de soi non seulement pour le montrer, mais pour en exhiber une valorisation. Ce monde qui nous entoure devient nôtre une fois qu’on en a la représentation. Le cerveau s’en trouve rassuré. Telles ces poupées à l’effigie d’une victime qu’on transperce d’aiguilles pour engendrer chez elle autant de mal qu’on le peut, le portrait d’une personne nous confère un pouvoir sur elle.

Improvisation africaine, 1909

Pour celui qui n’agit pas, le réel est une prison dans laquelle on tourne en rond. La religion de la matière consiste à en restituer chaque précision en dessinant soigneusement ses contours. L’art devient le moyen de mettre en boite un réel nous échappant. Une conquête éphémère faisant croire au triomphe de l’humain sur la nature. L’art de la Renaissance est voué au culte de la matière. Il s’abreuve de sujets mythologiques pour les remplir de matière. Un simulacre, une illusion basée sur une apparence, un détail étriqué qui se donne la taille d’une vie. Le détail enfle, la vie se dégonfle. La ressemblance finit par dominer son modèle. L’art se détourne de sa fonction de dévoilement en se camouflant sous la duperie de bagatelles. On crée le réel pour en devenir le démiurge.

L’extériorité est une réalité pleine de mécanismes. L’intériorité est un monde imprécis dont la mécanique s’enraye au moindre grain de rêve. Le matérialisme séduit ceux qui veulent s’y perdre. Empêcher par tous les moyens ses prisonniers de s’en échapper, leur faire miroiter multitude de plaisirs. Cette matière, rebelle à la durée, qui s’impose le temps d’un désir, se brise sans cesse en nous happant de mille étincelles de jouissance. Nous ligotons des chaines sur nos passions, elles nous détournent de notre intériorité.

Le postulat d’une vie intérieure, une spiritualité conquérante plus riche qu’une vie extérieure vouée à la satisfaction de désirs, est vieux comme le monde. C’est le thème religieux par excellence. Se détourner d’un réel où l’on s’égare pour se retrouver dans une intimité, une espèce de glu chargée de recoller les morceaux épars de la vie. Le puzzle de la vie.

Première abstraction, 1910

L’abstraction déconcerte par la théorie qu’elle sous-tend. On discerne un visage même si on n’apprécie rien de l’art, on ne reconnaît rien de l’abstrait. C’est un but. L’abstraction a besoin du spectateur et de son travail de conquête. Une aventure intérieure a besoin d’être continuée pour trouver son sens chez le spectateur. « Nous plaçons le spectateur au centre du tableau. » Lui donner les moyens de s’y promener librement, tout loisir de construire ce dont il a besoin. En supprimant tout repère, le spectateur se perd dans la toile comme dans un rêve. Il doit faire appel à ce qu’il y a de plus intime en lui pour se reconstruire. En ôtant le superficiel, la vie trouve un sens, le tableau découvre son art. Dans cet univers sans objets discernables, un itinéraire mystique. Pour cela, il faut gommer le discernable, placer la personne dans la nécessité de son être.

Déluge et jugement dernier, 1913

La figuration est abstraite en ce qu’elle est illusoire, une échappatoire nous détournant de notre essence. Ce que vise le peintre est un art concret nous plaçant au cœur de la matière en fusion. Cette matière en ébullition est une surprise permanente où il devient impossible d’arrêter un regard entraîné dans son mouvement. Un repère est une nuisance qui arrête tout à elle. La seule balise fiable est celle qui est en nous, guidant chacun de nos gestes.

Kandinsky est né à Moscou. Sa famille de marchands, ayant vécu en Sibérie orientale, non loin de la frontière avec la Mongolie suite à une déportation, s’installe à Odessa en 1871. Ses parents ne tardent pas à divorcer. En 1896, après de brillantes études à Moscou, docteur en droit, il décide de se lancer dans la peinture et s’installe Munich. La peinture russe est incapable de décoller. En Allemagne, il trouve le terreau dont il a besoin pour s’épanouir. C’est en Occident que les choses bougent. Cet admirateur du passé se tourne vers le futur. Il suit des cours d’art. Il commence à exposer dès 1902. À ce moment, il peint à l’aide de grandes tâches de couleur épaisse, sans suivre les contours de l’objet, libère le trait de ses contraintes. Par la suite, les blocs de couleurs deviennent plus massifs et contrastés.

Un cri tourmenté, mais organisé. Kandinsky divise son travail en trois étapes. L’impression, point de départ, reste dans le monde connu de la figuration en la tiraillant en tout sens, l’improvisation s’élance à la poursuite des évolutions de l’âme, la composition est le but de l’âme enfin libérée où elle donne toute sa mesure.

Composition VI, 1913

Il devient nomade. Tunis en 1904, Sèvres en 1906 pour un an, la Suisse en 1907, Berlin en 1908 avant de revenir à Munich. En décembre 1911, avec Franz Marc et August Macke, il crée le Blaue Reiter, « Cavalier bleu », dont l’Almanach pose les bases de l’art contemporain. Le bleu est « la couleur céleste par excellence. » Le cavalier est un chevalier, l’ange combattant les forces matérialistes, Saint-Georges abattant le dragon. Kandinsky est convaincu qu’il vit dans une époque asphyxiée de matérialisme. Il a besoin de s’expliquer, il écrit pour exposer avec soin ses idées. Du Spirituel dans l’Art paraît pour l’exposition. Le figuratif est voué à l’échec.

Un divorce en 1911 (il s’est marié avec sa cousine Ania Tchimiaki en 1892), une rupture en 1916 avec Gabriele Münter, une de ses anciennes élèves, compagne et peintre. Renvoyé d’Allemagne en août 1914, il retourne à Moscou pour sept ans. En février 1917, il épouse Nina de Andreevsky, une femme entièrement dévouée, avec laquelle il passe le reste de ses années. Sans doute du fait des tendances artistiques russes, il s’oriente de plus en plus vers une géométrisation de l’espace.

Comme beaucoup d’artistes, il voit dans la Révolution russe de 1917 une vibration de l’âme, un enthousiasme en marche. Il occupe plusieurs fonctions officielles dans le monde de l’art. Le réveil est douloureux. Le matérialisme révolutionnaire rejette la spiritualité de l’âme russe. De plus en plus attaqué, il quitte la Russie en 1921 (en 1922, son art disparaît de Russie sous l’impulsion des bolchéviques). Il perd tout. En juin 1922, il devient professeur de peinture murale au Bauhausà Weimar, puis à Dessau, en 1925, après sa dissolution à Weimar (définitivement supprimé en avril 1933 par les nazis). Son art atteint son apogée. En décembre 1933, il quitte l’Allemagne nazie pour la France. C’est un peintre célèbre qui s’installe à Neuilly. Son accueil est mitigé, l’abstraction n’est pas encore reconnue. Il ne sent guère d’affinité avec les autres abstraits. Son style s’éclaire sans rien perdre de ses énigmes. Un art ne vaut pas tant par les réponses qu’il apporte que les problèmes qu’il soulève. On s’endort dans la clarté, les obscurités ouvrent de nouveaux chemins.

Cavaliers de l'apocalypse, 1914

Un intellectuel fuyant l’intellect pour découvrir l’essence du monde. La rationalité n’est pas une vérité, mais un moyen d’appréhender le monde de telle sorte que l’humain en soit le centre au détriment des forces de la nature, quantifiables, non qualitatives, et donc des forces divines. Un grand artiste mêle intrinsèquement son œuvre à son vécu.

Menant l’art à son tournant engendré par un Turner, un Cézanne et un Monet, Kandinsky est le précurseur d’un virage inéluctable. L’art est communion intime avec le monde. Cette communion n’est possible que grâce à la richesse de l’intériorité. Dans le débat classique de la peinture entre couleur et dessin, il choisit la couleur, plus exactement l’harmonie des couleurs. Héritier des Vermeer, Greco, Rembrandt, Monet, Matisse, il va au bout de la logique de la couleur, supprimer le reste. L’art ne restitue pas le miracle de la nature, il y participe. Pour cela, il faut mener la couleur dans ses retranchements, ne pas la laisser parader ni dominer le tableau. Kandinsky libère la matière afin de donner sa puissance à l’intériorité de l’être.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? » Kandinsky répond à l’interrogation d’Alphonse de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses. Un tableau parle par ce qu’il ne montre pas, mais suggère. L’abstraction fait vivre le tableau par lui-même, comme un objet doté d’une âme propre. La couleur est son âme visible. La ligne devient l’enclos de l’âme non pour la retenir prisonnière, pour la libérer afin qu’elle aille plus facilement au but. L’hermétisme est une clé. En supprimant la facilité du voir, il plonge le spectateur dans cette nécessité de dépasser les apparences pour en saisir le sens intime, la « vibration intérieure. » « Le soleil fait fondre tout Moscou, le réduit à une tâche qui, telle une trompe en folie, met tout l’intérieur, toute l’âme en vibration. »

Moscou 1916

Alors que tant d’artistes ont été heurtés dans leur vocation par leurs parents, Kandinsky a été poussé très jeune vers la peinture par son père, marchand de thé et soucieux des dons de son fils unique. Sa tante Élisabeth Ticheeva qui s’occupe de l’enfant après le divorce des parents lui apprend à dessiner. C’est un enfant introverti et solitaire. À l’âge de 13 ans, avec ses économies, il s’achète une boite de peintures à l’huile. Son sentiment en voyant la peinture couler du tube, il devient le maître des couleurs. La couleur est une volonté, un choix, une stratégie, une raison de vivre. L’intériorité est faite de couleurs. Le tube de peinture permet de lui donner une forme. L’écrivain découvre les mots qu’il fait siens, le musicien, ces notes qui créent sa musique intérieure. Le peintre s’empare des couleurs qui évoquent sa vision intime.

Déchirure entre l’intime et l’universel. Pour tenter de conjuguer les deux, Kandinsky fait appel au religieux. La religion devient la lumière de l’art, ce lien unissant singularité à universalité. La vie intérieure aussi débridée qu’elle puisse paraître a ses impératifs. Elle est vitale parce que nécessaire. S’enraciner dans le crucial revient à éclore dans l’universel. La sagesse ôte le superflu pour le remplacer par l’absolu. L’art devient prophétique, il annonce un avenir, une spiritualité en action, une libération de l’âme même si elle hante les affres de l’angoisse.

La couleur attire l’œil. « L’artiste est la main qui, par l’usage convenable de telle ou telle touche, met l’âme humaine en vibration. » La couleur n’est pas une satisfaction, le plaisir de se sentir en terrain connu, une exigence intérieure. Placer l’aiguille acupunctrice là où l’effet est maximal. On ne touche pas quelqu’un n’ayant pas déjà la grâce en lui. La découverte de la désintégration de l’atome apparaît à ses yeux comme « la désintégration du monde entier. » La forme, soudée par une matière instable, doit être abandonnée. On obtient un résultat par la forme suggérée, non imposée. L’objet qui nous attache à une matière fluctuante est maladroit, il faut s’en débarrasser.

Tâche rouge, 1921

Au fond de tout être se trouve une existence ultime, une nécessité intérieure que nous partageons tous. Aller au fond de soi, c’est atteindre l’universalité de l’être. La conscience est vouée par la force des choses au monde des apparences. La seule forme valable est celle de l’art permettant de communiquer la vibration à d’autres âmes. La beauté extérieure est anéantie. Ce n’est pas par le beau qu’on entre en peinture, mais par le choc des couleurs. Une couleur froide, bleue, éloigne l’attention. Une couleur chaude, jaune, l’attire selon ce principe qu’on est attiré par la lumière ardente. Le froid se concentre sur lui-même, le chaud a une valeur expansive. Le jaune se rapproche du spectateur en se dilatant, ramasser sur lui-même, le bleu s’en éloigne. La couleur détermine notre façon de voir et notre façon de voir détermine la couleur. Le bleu implique une paix, le rouge, un coup de sang, le vert, une annihilation des mouvements.

On éclaircit ou assombrit une couleur en lui ajoutant du blanc ou du noir. En adjoignant du blanc au jaune, on accroit son effet de dilatation. On augmente l’effet du bleu en le noircissant. Le blanc est lié au jaune jamais très foncé et le noir au bleu, pouvant devenir profond. Kandinsky parle de résonance de la couleur sur l’âme. Chaque couleur possède sa sonorité entre les deux pôles de la clarté absolue, le blanc pur, et la noirceur profonde. Le jaune qui excite l’œil évoque la matière. Le bleu qui apaise en nous détachant de la substance nous fait monter au ciel. En mélangeant jaune et bleu, on obtient un vert qui devient le moyen terme entre les deux extrêmes. Il inspire le calme par la satisfaction intérieure qu’il procure.

Petits mondes, 1922

Le blanc par sa clarté absolue invite à une naissance, le noir, dans sa profondeur infinie, appelle la mort. Le gris, équivalent du vert, est neutre, il évoque le chaos originel où tout est indifférencié. Selon qu’il est plus blanc ou plus noir, il se rapproche des extrêmes dont il remémore la résonance. Le rouge implique un rayonnement actif s’opposant au vert passif. La chaleur du rouge, évoquant un feu, multiplie l’activité du jaune. Il est possible de refroidir un rouge. Le rouge clair, dit rouge de Saturne, se rapprochant du jaune a une résonance irrégulière, le rouge moyen, rouge de cinabre ou vermillon, a une force constante. Le rouge carmin atténue son principe irradiant apparaissant ainsi comme un rouge froid. Le noir assombrit le rouge le rendant brun, mais avec le risque de l’éteindre. Mélangé à du blanc, il devient un rouge seyant. Mêlé à du jaune, il renforce son incandescence. Réuni à du bleu, il se refroidit en devenant violet. Le rouge se situe entre l’orangé et le violet.

Chaque couleur appelle une dimension spirituelle. L’art est un acte qui agit dans le monde. Son but est d’atteindre le bonheur sous forme d’illumination. La peinture offre un itinéraire de couleurs, de sentiments, que l’œil suit jusqu’à l’euphorie. Dans cette extase, la forme se dilue en une évanescence de lumière. L’espace d’une couleur crée l’illusion d’une forme. Un ensemble de tensions entre des couleurs aboutit à une densité. « La couleur est la touche, l’œil est le marteau, l’âme est le piano avec ses multiples cordes, l’artiste est la main qui fait vibrer l’âme de l’homme. » Le peintre manie la peinture comme une musique.

Jaune, rouge, 1925

Kandinsky donne une dimension scientifique au flou mystique. On y arrive pas par hasard, mais grâce à une méthode rationnelle. Il ne suffit pas de juxtaposer différents éléments entre eux, mais de trouver l’harmonie leur donnant le plus de sens possible. Il construit une combinaison rationnelle d’où surgit une composition unique, l’œuvre d’art. L’abstraction est le contraire du désordre. Sa première œuvre abstraite connue, une aquarelle datée de 1910 (en réalité, à cette époque, cette œuvre reste isolée). Il tâtonne. C’est en 1912 que l’abstraction devient une nécessité à ses yeux. Ce n’est pas avant 1914 qu’il commence à mettre en place une structure géométrique qui devient la caractéristique de son travail. En 1916, il écrit cette phrase célèbre : « le contact de l’angle aigu d’un triangle avec un cercle n’a pas un effet moindre que celui du doigt de dieu avec le doigt d’Adam chez Michel-Ange. » Un cubisme dématérialisé. Le retour du dessin.

Point, Ligne, Plan, en 1926, marque une étape importante dans son cheminement intellectuel. La ligne poursuit le travail des couleurs. Sa pensée évolue et se contredit, elle reste précise. La rigueur géométrique du dessin n’est pas sans contredire l’émotion qu’il dégage des couleurs. Il assimile l’angle aigu et le triangle au jaune, l’angle droit et le carré, les formes les plus objectives du réel, au rouge, l’angle obtus et le cercle au bleu. La ligne droite, déviée de sa rectitude par une pression supérieure, se fait courbe devenant cercle afin de trouver son commencement. Des forces qui se tiraillent sur la surface plane de la toile, comme une surface aimantée.

Vert et rouge, 1925

Cette peinture qui confère sa place à une mécanique d’horlogerie supprime l’émotion. Kandinsky a ouvert une porte, ce vide qu’il découvre, il le remplit de spiritualité dans le souci exigeant d’effacer toute illusion. L’abstraction est un point de rencontre, pas une finalité. Tous les arts du XXèsiècle tendent vers lui comme une avancée spirituelle. Revenir aux éléments décisifs de l’existence est une préoccupation humaine. C’est en poussant les mouvements des choses à leur terme qu’on se fait une idée juste de leur nécessité. Quand il n’y a plus rien, ce qui apparaît en premier est important. Le danger est de décorer le vide par des enjolivures gratuites. Si l’abstraction ne nous pousse pas vers le fondement de notre être, il reste évidé au même titre que la figuration abstraite, sans effet. L’existence est un conflit, une lutte d’où surgit triomphante notre personnalité. Selon Kandinsky, l’abstraction est un combat nous obligeant à réfléchir sur nous-mêmes. L’harmonie des couleurs agit comme un somnifère, leur contraste saisissant devient un excitant spirituel.

Compliqué, simple, 1939

Le calcul du peintre ne doit pas faire oublier le poète avide de délires et l’acteur soucieux de les mettre en scène. Dans la tradition juive, c’est par le rêve que dieu s’adresse aux humains d’où la nécessité de l’interpréter à sa valeur. Freud ne fait que poursuivre cette tradition. Le rêve est la prophétie de la vie. La rêverie est proche de la folie bouleversant tout autour d’elle afin d’atteindre l’inattendu du divin. Dans la raison humaine, le divin fait figure d’absurdité. L’humain utilise un langage, le divin emploie des images dont la Bible est remplie. L’idée du peintre est qu’en inversant ces images on se rapproche du divin. Le figuratif humain se dilue dans l’énigme.

Bleu du ciel, 1940

Le but du peintre, saisir le regard du divin. Kandinsky invoque le Pornos du visuel, une prostitution du représenté pour plaire. L’idolâtrie s’amourache d’un fétiche flattant le désir d’une matérialité nous détournant du divin. Toute figuration est pornographique en déviant le regard de l’essentiel au profit d’une superficialité matérielle. La femme est le centre de cette image. La morale libère l’image de ses débauches afin d’en prôner l’ultime vibration. L’image ne sera jamais vérité, un simulacre, la ressemblance, un mensonge. L’art supprime l’identifiable fantasmagorique détournant l’œil de la révélation divine. Il devient point d’appui pour s’élever au-dessus de la condition humaine. L’art caméléon prend la forme qu’attend le spectateur pour le conforter dans ses errements. L’abstraction détourne l’humain de la matière brute pour l’asseoir au cœur du spirituel.

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Comments
4 Responses to “Vassily Kandinsky (1866-1944)”
  1. oussamamuse dit :

    Cieljyoti jolie, je te souhaite une année aussi belle qu’un bleu du ciel des toiles de Kandinsky !

  2. Lapinos dit :

    L’abstraction est l’art des marchands. Elle est d’ailleurs FIGURATIVE du cloaque de leurs âmes. Si l’homme se reflète dans son art, loin de la considération spirituelle ou de dieu, c’est par un procédé bien connu des femmes : le miroir ou la spéculation. Or cet outil a bien pour effet d’engendrer l’art le plus géométrique et le plus abstrait. La musique est un remède naturel, mais elle n’est pas spirituelle.

    • cieljyoti dit :

      il y a là une idée intéressante à développer. en ce qui me concerne, je ne crois pas à l’abstraction comme art marchand. c’est devenu vrai dans certains cas aujourd’hui. quand on se promène dans les galeries, sauf exception, c’est l’art figuratif qui domine. d’autre part, dans l’histoire de la bourgeoisie, l’abstraction occupe une place des plus minimes, mais, évidemment, la discussion est ouverte. merci pour ce commentaire apportant un éclairage nouveau

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