Rubens Pierre-Paul (1577-1640)

Le Homère de la peinture selon Eugène Delacroix, un de ceux qui ont le mieux tiré parti du fabuleux héritage flamand. Il est né à Siegen en Westphalie, l’actuelle Allemagne, alors Saint-Empire romain germanique, mais il n’est pas allemand, il est belge. Ses parents, Jan Rubens (1530-1587), un riche échevin, et sa mère, Maria Pypelinckx (1537-1608), protestants, ont quitté Anvers, occupé par les Espagnols, pour fuir une persécution religieuse. En 1589, près de deux ans après la mort du père, Pierre et sa mère retournent à Anvers, où ils se convertissent. Catholique fervent, le peintre est obsédé par les sujets religieux, pour honorer des commandes, aussi par goût.

Ecce Homo, 1612

Ce dévot sincère est fasciné par les femmes qu’il représente charnues et sensuelles, des corps pleins de vie et de désirs, vides d’esprit. Il épouse deux femmes intelligentes, comme sa mère, une femme de caractère, qu’il sait peindre avec une subtilité sans égal se démarquant de l’image habituelle qu’il se plait à évoquer. On ne lui connait pas d’aventures, il attend la femme dont il a besoin de tout son être, le passager ne l’intéresse pas, il cherche, la durée. Un homme rempli de paradoxes.

Descente de croix, 1614

Aucune malédiction, ni destin dramatique, un peintre-gentilhomme social et jovial aimant la vie jusqu’à la griserie, sans excès du fait d’un énorme besoin de respectabilité. Aller de l’avant, ne reculer devant rien, vivre chaque parcelle de la vie comme une offrande qu’il faut rendre au centuple. Sa mère ne s’oppose pas à sa vocation, au contraire. Avant d’étudier la peinture, il apprend les valeurs humanistes. Toute sa vie, il fuit le conflit au profit de la diplomatie. Il est un négociateur, à une condition qu’elle ne soit pas trop longue, il se lasse vite. Il affirme avec force ses convictions, il a besoin de les voir s’épanouir, il ne supporte pas de les voir s’évanouir. Il va vite parce qu’il sait aller à l’essentiel. Son œuvre est un jet qu’il approfondit grâce à un réalisme époustouflant. Il ne perd pas de temps dans des interrogations labyrinthiques, il pose la question cruciale qui permet d’avancer. Il entre en apprentissage à l’âge de 15 ans, il y reste huit ans. Rien de notable, l’apprenti passe inaperçu. Un élève assidu, un génie non précoce.

Adam et Ève, 1598

Élève du maître Otto van Veen (1566-1629), peintre catholique de renom et fin lettré, Pierre acquiert sa maîtrise en 1598. Deux ans plus tard, à 23 ans, il est en Italie. Époque charnière, l’art néerlandais s’essouffle, la peinture cherche ses nouveaux maîtres, Rubens aussi. Il pense les trouver dans le temple de la couleur. En dehors de leur technique exceptionnelle, les peintres du Nord ont pour eux un imaginaire divinement délirant, les Italiens écument la beauté sous toutes ses coutures. La beauté domine, elle s’essouffle. Un phare, Caravage. En a-t-il besoin ? Il copie ce qui lui tombe sous l’œil, seule façon d’apprendre, il se passionne, il peut tout avaler, son talent est en lui, tout est bon pour le révéler, sinon il n’attend rien de personne. Il cherche une confirmation, pas une vérité. Il admire ce qui réveille au mieux sa vision. Il ne copie pas seulement, il retouche, il veut y glisser son empreinte. À chaque fois, il s’impose. Il copie ce qu’il dépasse.

Il aime la puissance et le faste qui l’accompagne, il ne s’en éblouit jamais. Pragmatique, il construit ce qu’il doit l’être, l’évaluation ne l’intéresse pas, il veut du tangible. Pour se réaliser, il touche. En Italie, il s’approche du puissant et il en prend plaisir. Il pourrait y rester, il choisit de retourner chez lui, là où il sait pouvoir révéler ce qu’il est. « Mon talent est tel que jamais entreprise encore qu’elle fut démesurée en quantité et diversité de sujets a surmonté mon courage (Rubens, 1621). » Rien ne lui fait peur, encore faut-il qu’il soit en confiance.

Autoportrait avec amis, 1602

Comme le prouve le tableau Adam et Ève, probablement réalisé sous les directives de son maître, sa technique est déjà excellente juste avant son départ. Il est en mesure d’apprécier l’incommensurable leçon qu’il absorbe de la peinture italienne. Il quitte la péninsule en 1608 pour ne jamais y revenir. Il s’installe à Anvers. Sa mère vient juste de mourir, sa maladie est la cause de son retour précipité, un choc terrible, il disparaît pendant deux mois sans doute dans un monastère. En avril 1609, la paix s’instaure dans une région dévastée par les guerres civiles qui peut désormais se consacrer à son développement. Rubens est aux premières loges.

Samson et le lion 1628

L’influence espagnole catholique est à son comble, l’église a besoin d’œuvres d’art, les commandes affluent. Le calvinisme a vidé les temples, le catholicisme remplit les églises. Ce qui surprend, le succès immédiat du peintre. Il a des amis influents certes, mais son style vient à point, il correspond à un besoin de l’époque. La clientèle afflue dans son atelier. Apprentis et élèves s’y pressent pour y être admis. Rubens apprend, il apprend toute sa vie. L’influence italienne est loin, Caravage est là, il en supprime l’aspect sinistrement révolté pour en faire danser et chanter les couleurs. Le réalisme acerbe du Sud laisse place à la flamboyante joie de vivre du Nord.

Rubens et Isabella Brant, 1609

En octobre 1609, il épouse une femme remarquable par son intelligence, Isabelle Brant (1596-1626), une nièce de sa belle-sœur. Un tableau montre Pierre et Isabelle se tenant par la main droite sous une tonnelle de chèvrefeuille. Lui, de sa main gauche, caresse son épée, symbole de sa puissance masculine. L’amour ne lui fait pas oublier ses charges. Il ne se représente pas comme un peintre, comme un gentilhomme placé au-dessus de sa femme. Le chèvrefeuille est le symbole d’un amour romantique, évoquant le doux sommeil des amoureux tendrement enlacés. Elle meurt lors d’une épidémie de peste. Une épreuve pour le peintre. « Elle était exempte des défauts inhérents à son sexe, n’était point fantasque et n’avait aucune faiblesse féminine, tout respirait en elle bonté et honnêteté. (Rubens, 1626) » La femme bénéficie d’une prestance imposante que ce soit par son corps ou son intelligence éclatante. Elle est lumière dans le noir de la virilité.

Isabelle Brant, 1625

Le 9 janvier 1610, il devient peintre officiel de la chambre du gouverneur général espagnol des Pays-Bas, l’archiduc Albert et l’archiduchesse Isabelle-Claire-Eugénie de Habsbourg (1256-1633), infante d’Espagne.En 1635, il devient celui du cardinal Ferdinand, frère du roi d’Espagne. Il dirige les travaux de décoration de la municipalité d’Anvers. Il travaille également pour les maisons royales d’Angleterre et de France. Il côtoie les grands de ce monde. Il se rend en Espagne, puis en Angleterre. En février 1622, il reçoit une commande de Marie de Médicis, régente de France depuis la mort de son mari, Henri IV, de 1610 à 1614, pour peindre son palais du Luxembourg, 24 toiles, dans la galerie Médicis à la gloire de la reine, terminées en mai 1625.

Débarquement de Marie de Médicis à Marseille, 1625

Le débarquement de Marie de Médicis à Marseille, 1625, quatre mètres sur trois, donne une idée de l’œuvre offerte aux Français. On ne peut rêver plus de majesté poussée jusqu’à la grandiloquence pompeuse si elle n’était maîtrisée par un peintre de génie. La fille du grand-duc de Toscane arrive sur le sol français peu avant sa rencontre avec son époux qui aura lieu à Lyon. Neptune, Triton et trois naïades montrent leur chair adipeuse regorgeant du bonheur de vivre. L’allégorie subjugue l’histoire au plus grand avantage d’une régente ne pouvant qu’être flattée par une œuvre dont elle est le centre rayonnant. Au-dessus d’elle, un ange souffle dans une trompette. Un courtisan lui tient délicatement le bras droit comme s’il craignait qu’elle ne s’envole. Il y a de quoi pavoiser, l’élue, fille des Médicis, créanciers du roi de France, apporte une dot de 600 000 écus d’or, une somme énorme qui vient combler le déficit des caisses de la royauté après une période difficile. Ce qui pourrait n’être qu’un agrégat de descriptions ridicules devient une construction massive animée d’un élan enthousiaste. Le peintre s’impose.

Les trois grâces, 1639

En dehors des personnes qui lui sont intimes, il y en a peu, Rubens est d’abord le peintre de l’éloignement. Des scènes endiablées au mouvement frénétique dont on saisit l’ensemble. Les individualités sont là, elles ne sont pas dominantes. Tout a son importance. Ce qui compte, c’est la totalité, le détail reste superficiel, au seul profit du mouvement général. Les éléments du tableau, en harmonie entre eux, acquièrent ainsi une dynamique, l’harmonie est la condition du mouvement, la disharmonie oblige à s’arrêter à l’impuissance de son être. L’équilibre est un travail de longue haleine que l’on obtient grâce à de multiples négociations, un travail qui ne cesse qu’une fois le mouvement trouvé, autonome. Négocier chaque trait, chaque contour, chaque ombre, chaque couleur, chaque expression, transiger avec tout ce que l’on peut afin d’atteindre le résultat harmonieux dont nous avons besoin pour notre expansion. Le rêve de l’humanité.

Angélique et l'ermite, 1630

C’est un homme régulier voué à son seul travail, il commence très tôt le matin, besoin de lumière. Il vit dans une grande maison d’Anvers où il accumule les œuvres d’art, notamment les antiquités qui le passionnent. La vie d’un bourgeois aisé ignorant les dépenses inconsidérées, faisant régulièrement ses dévotions. Sa vie quotidienne est l’opposé de ce que l’on imagine de la vie de bohème des artistes. Son atelier est rempli d’assistants lui permettant d’accroitre considérablement sa production. Le maître conçoit, les élèves réalisent. Il domine la peinture de l’époque. Aucune difficulté dans son existence, un bourgeois soucieux de bien-être, angoissé de confort. Pourtant, artiste impétueux, il est tourné vers la cime de son art. Un don de soi.

Tête de la Méduse, 1618

L’homme est un gestionnaire. Sa maison est parfaitement organisée autour des affaires qui la font tourner. Son premier doigté, peut-être le plus important, celui d’utiliser au mieux ce dont il dispose. Il ne lui manque jamais rien pour achever son but, il trouve un arrangement, l’invente au besoin, il est à l’opposé de ces gens qui se plaignent constamment de ce qu’ils n’ont pas au lieu d’exploiter ce qu’ils ont. Une mentalité rare dans le Sud, évidente dans le Nord. Il calcule afin que le monde environnant soit ordonné. D’un autre côté, on dirait ses toiles peintes avec du sang tant elles regorgent de vie. Dehors, vêtu de noir, l’épée fièrement portée, un seigneur. Son art est pareil, une splendeur hautaine liée à une chair impérieuse. Les ténèbres éblouies de jouissance.

Les horreurs de la guerre, 1637

Son plus grand succès, le nu, non plus idéalisé à l’extrême, cru dans sa vérité et, surtout, ses besoins. Un corps prêt à se jeter dans les luxuriances de la vie. Ses femmes sont molles, elles se démarquent radicalement de celles qui se distinguent par un esprit féroce. Cette femme adipeuse est passive. Pour les hommes, presque l’inverse, le corps est plat, musclé et ferme, l’expression est rarement dure même s’ils apparaissent comme des martyres. Portraitiste remarquable, reproche-t-il au visage sa tromperie ? Veut-il fuir ces visages cachant l’intimité de leur existence ? Il clame le dynamisme de la vie, l’individu n’est rien sans les autres qui fondent sa vérité.

Enlèvement des filles de Leucippe, 1618

Le terme baroque, qui n’existe pas à l’époque, est péjoratif, déformation du canon du quattrocento, une exubérance de matière semblant se diriger en tout sens comme dans un défoulement libérateur après des siècles de contraintes. Caravage a ouvert la voie. Là où tout semble tomber de sens, une logique rassurante, le baroque introduit un mouvement dévastateur et dérangeant. Un monde déstabilisé par la découverte de réalités dont on ne soupçonnait pas l’existence jusqu’ici. Le gothique a inventé la ligne verticale, spirituelle, la renaissance a créé la ligne horizontale, le baroque la plie sous sa volonté, Rubens lui apporte son intelligence, non une frénésie incontrôlée, au contraire, une vitalité qui devient le nouveau canon de l’art, non un art voué à l’église ou au quotidien, mais à l’héroïsme du vivant sur la mort, la vérité sur le boniment.

La chute de Phaéton, 1605

L’art n’a jamais été séparé de la politique et de la société dans lesquelles il se développe. L’art est et a toujours été au service des puissants pour offrir l’image dont ils ont besoin. Là est son premier succès. Le bonheur d’admirer une œuvre, de rêver ou de réfléchir sur elle est une notion moderne. L’art doit servir un dessein, sinon il reste vain. En cette époque troublée que connait Rubens, peut-être plus vrai encore. L’art encense rarement une victoire, son objectif est plutôt diplomatique, créé des ponts et des liens entre les gens, cela convient parfaitement à l’esprit du peintre soucieux toute sa vie de compromis afin d’éviter le conflit meurtrier. La vie est un pourparler, le génie, un compromis.

Chasse au sanglier, 1617

Chasse au sanglier, 1617

Le peintre qui se rend dans les différentes cours d’Europe pour portraiturer les grands et leur gloire est un messager idéal entre deux alliances possibles. Pour assurer la paix, le moyen le plus efficace reste un mariage. Un portrait réussi est un atout indispensable pour convaincre les élus et leur cour, non de la beauté, du luxe dont il ont besoin. Rubens est soucieux de ce rôle. Il va plus loin, il entre en politique, ses fréquentations dans les cours européennes lui ont permis de rencontrer des personnages majeurs, il pense pouvoir utiliser ses relations. Sa réputation en fait alors un ambitieux. Il y a sans doute du vrai, en réalité, la peine que lui a causé la mort de sa femme l’oblige à changer. Il s’engage à fond dans cette nouvelle carrière. Son but est simple, arrêter cette guerre effroyable, la Guerre de Trente Ans, 1618 à 1648, qui ravage les Flandres. Pour cela, il pense écarter le soutien anglais des Pays-Bas qui, sans cet appui crucial, devra arrêter tout conflit. Son idée ingénieuse est un rapprochement entre l’Espagne de l’Angleterre.

Camériste de l'infante Isabelle, 1625

Diplomate convaincu, il croit dur comme fer en sa mission, il possède une vraie conscience politique, son poids est infime. Il est nommé le 27 avril 1629 secrétaire du Conseil des Pays-Bas par le roi Philippe IV, un titre honorifique dont il n’assumera jamais la charge. Il reste peintre. À son actif, la paix signée le 15 novembre 1630 entre Madrid et Londres. Son rôle est indéniable, son influence dérisoire, il reste 18 ans de guerre, les massacres inutiles se font de plus en plus violents. L’enlisement de l’horreur. En remerciement, il est fait chevalier, à la fois, par le roi espagnol et anglais. Qu’un homme d’art soit versé dans les subtiles affaires d’État nous déconcerte autant que les gens de l’époque. L’artiste part en guerre contre ce qui détruit l’amour, l’harmonie et les arts. Il est logique avec lui-même, il poursuit son travail de peintre dans la vie. Il pénètre son œuvre comme son œuvre le pénètre.

Le coup de lance, 1618

Le 6 décembre 1630, Rubens épouse Hélène Fourment (née en 1614). Une histoire d’amour, la deuxième. « Tout en mettant la continence au-dessus de toute chose, il nous est permis de donner à nos sens une satisfaction légitime, en remerciant dieu du plaisir qu’il nous accorde. » Avec l’amour, il entre dans son œuvre comme avec la politique. Il y a 37 ans de différence entre eux, l’amour a un âge qu’on préfère ignorer. En admirant une toile, se demande-t-on quel âge a les personnages ? L’homme en noir reprend sa palette de couleurs. Il ne rougit pas, il fait rougir les femmes. Lui qui a connu deux amours peint les femmes avec la sensualité la plus étonnante dans l’histoire de l’art. C’est un esprit chaste qui peint la chair triomphante. On dit qu’il n’utilise jamais de modèle nu.

Le chapeau de paille, 1630

Le portrait de Suzanne Fourment, la sœur aînée d’Hélène, dit le Chapeau de paille (en réalité en peau de castor) fait partie des plus grands portraits de femmes de la peinture. Des yeux démesurés laissent percer une intelligence troublante. On suppose une relation entre eux, aucune preuve. Il ne fait aucun doute que les deux personnes s’estiment. Ses mains retiennent un châle. Si l’allure semble modeste, presque en retrait, elle est resplendissante de lumière. Toute la noirceur du monde est fermement maintenue dans les nuages sur la droite. Rubens ne peint pas une femme, il peint sa fascination, le rayonnement d’une vie ouverte à la vie. Cette femme n’est l’ombre de personne, elle est prête à être elle-même.

Hélène Fourment, 1638

Hélène Fourment, 1638

Une famille bourgeoise enrichie par le commerce, tout à fait banal dans cette région où la bourgeoisie travaille sans relâche à améliorer sa condition. La sœur d’Isabelle Brant a épousé Daniel Fourment qui a dix frères et sœurs, Hélène est la cadette. Alors qu’elle a 11 ans, Rubens utilise son visage pour peindre la Vierge. Elle pourrait être sa fille, Isabelle lui a donné trois enfants. Hélène, cinq. Elle est belle selon les critères de l’époque. Comblé d’honneurs, l’homme est usé, il aspire à une existence paisible. Fou d’amour, il peint le désir, en lui donnant l’épaisseur d’une âme. Il ne la montre pas dans son extériorité, dans son exubérance. Hélène, la petite-bourgeoise, devient une héroïne mythologique. La femme est actrice de son existence. Elle bouge, elle ignore l’immobile, elle est l’incarnation du mouvement. L’homme est figé dans sa solennité, elle se débat dans les méandres de la vie dont elle est l’artère principale, celle qui concentre le sang, la chair du mystère. Rubens peint des corps exaltés pour mieux en révéler l’âme.

Diane, ses nymphes et les faunes, 1640

Diane, ses nymphes et les faunes, 1640

L’originalité de Rubens réside dans cette façon de ne pas décomposer les différents ingrédients de son tableau afin de les rendre lisibles à la manière italienne, mais de poursuivre l’idée des maniéristes, imposer une touche personnelle à ce que l’on veut montrer. En cela, il fait partie de l’école du Greco, son contemporain, transformer l’œuvre en mouvement. Il construit un univers dominé par l’humain où chaque élément est intimement imbriqué dans un autre, l’ensemble formant une totalité. Les contours ont moins d’intérêt puisqu’il n’existe plus de délimitation entre les personnages et les couleurs se chevauchent. Ce qui est dans le tableau jaillit hors de son cadre et nous entraîne dans son énergie. L’art est prêt à conquérir le monde et non plus à s’y soumettre.

Ronde paysanne, 1637

La Ronde paysanne, peinte en 1637, il a 60 ans, une existence bien remplie, un entrelacement d’êtres en train de danser sur les airs d’un joueur de flute perché dans un arbre. Le musicien est au centre surélevé du tableau, de lui part la ronde de la danse, chacun et chacune étroitement tenus par la main, serrés l’un contre l’autre, certains ayant un foulard, les autres passant en-dessous. Le peintre est à la fin de sa vie, il souffre affreusement de crises de goutte. Il est au comble de sa gloire, il est surtout à l’heure des bilans. Sa vie est un succès ponctué d’échecs lamentables et de peines terribles, la mort de sa première femme, de quelques uns de ses enfants dont la belle Clara Serena (1611-1623), un fer rouge au fond de lui le brûle. La catastrophe d’une guerre ravageant les Flandres, une faillite à la hauteur de sa réussite. Le peintre a pris parti, celui d’en danser, de laisser tourner la vie en sachant qu’elle résout les problèmes. La danse et la sensualité de la vie symbolisent l’harmonie entre les êtres, un sens à ce qui n’en a guère.

Saturne dévorant son fils, 1637

Le mouvement crée la seule véritable harmonie qui existe dans la vie. L’immobilité, l’incapacité au balancement, est un déséquilibre clouant la vie au sol, l’amenant à se détruire. Le mouvement est la vie, il s’oriente habilement autour d’un centre de gravité donnant encore plus de force à une représentation endiablée, mais savamment ordonnée. Dans la trépidation du mouvement, la chair rougit, les muscles saillent, la cellulite devient ornement, le mystère poursuit sa route. Il meurt épuisé, le 31 mai 1640, tenant fermement la main d’Hélène. Son enterrement est grandiose, son influence, gigantesque. « En se permettant tout, il vous porte au-delà de la limite qu’atteignent à peine les plus grands peintres ; il vous domine, il vous écrase sous tant de liberté et de hardiesse (Delacroix, Journal). » Il n’existe qu’une seule liberté, celle qui permet d’exprimer au mieux ce que l’on est, le reste est prison.

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Comments
2 Responses to “Rubens Pierre-Paul (1577-1640)”
  1. oui Rubens un grand peintre comme la temperature l’ hivers ét l’été il na laisser personne indifferent

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