Jérôme Bosch, Hieronymus van Aken, Hieronymus Bosch (1453-1516)

L’homme est né à Bois-le-Duc, ‘s-Hertogenboschou Den Bosch en néerlandais, « le bois du duc », ville du Brabant hollandais, d’où son pseudonyme. En 1526, la ville compte quelque 24 000 habitants. Elle doit sa richesse grâce au commerce avec la région rhénane et les villes des Pays-Bas. Jérôme est vu par ses contemporains comme un peintre bizarre doué d’une imagination démentielle. Un dément qui voit mieux que les autres, englués dans leur ordinaire. L’homme du Moyen-âge est plus libre que ne l’est l’homme des temps modernes ensevelissant tout questionnement sous un déluge de réponses. C’est en perdant les questions que nous perdons les réponses.

L'escamoteur, 1480

Le nom Bosch revient une trentaine de fois dans les archives. C’est peu. Certitude, il est enterré un 9 août 1516 à Bois-le-Duc, les frais étant supportés par ses amis. L’année de la grande peste. Il devait avoir une soixantaine d’années, on ne sait rien de son lieu ni de sa date de naissance. Un temple de suppositions. L’homme intrigue. Autre date certaine, 1504, la commande de Philippe le Beau d’un jugement dernier. Son nom de famille Aken signifie Aix-la-Chapelle, une origine lointaine ? Il appartient à une famille de peintres établie à Bois-le-Duc depuis la moitié du XVè siècle. C’est là qu’il s’initie à son métier. On pense que c’est en 1481 qu’il s’établit comme peintre, probablement en remplacement de son père. Il n’est pas seul, ses oncles et ses frères sont également peintres.

Jérôme épouse en 1481 Aleyt, fille de Goyart Van den Meervenne (morte en 1523), âgée de quelque 20 ans de plus que lui. Sûrement des enfants, on l’ignore. Une famille aisée avec un statut social élevé puisqu’elle habite une grande maison, mais rien ne dit qu’elle ne vienne pas d’un héritage, de sa famille et de celle de sa femme qui dispose d’une fortune personnelle. On sait qu’il paye des impôts plus importants que la moyenne le situant parmi les riches de la ville. Cet abri du besoin explique l’originalité du peintre moins soucieux de plaire que de produire une œuvre originale. On suppose que c’est en 1488, suite à un grand repas qu’il organise, qu’il devient membre de la confrérie Notre-Dame. Une tradition familiale depuis 1455.

Le voyageur

La confrérie Notre-Dame en l’honneur de la Vierge date du XIVè siècle. Du temps de Bosch, la confrérie compte de nombreux adeptes. Elle est vouée au culte de Marie et se donne pour but de secourir les pauvres. Il faut payer une cotisation pour y appartenir et faire de fréquentes donations. Elle fait appel à la générosité des argentés. Ses membres, des hommes et des femmes, appelés zwanenbroeders, « frères des cygnes », sont astreints à une discipline rigoureuse surtout lors des grandes fêtes de la Vierge. Jérôme donne beaucoup d’argent pour couvrir les besoins de la confrérie. Il n’est pas sûr que cette confrérie ait un but seulement religieux, elle fournit aux églises des œuvres d’art d’où l’intérêt des peintres à y appartenir.

Un homme qui se cache derrière son œuvre. Il est unique, un phare éclairant ceux qui le veulent, celui qui s’abreuve à cette lumière pénètre un univers d’où il ne ressortira plus jamais. Bosch navigue dans l’imaginaire de l’humanité. Il fascine. Bruegel en est un continuateur, lui-même en est fier, même s’il a son chemin à suivre. Qui ne serait fier d’une pareille trajectoire ? Il aura beaucoup d’imitateurs. Philippe II possède plusieurs tableaux du maître qu’il devait admirer. Cet intérêt prestigieux contribue à sa renommée internationale.

Saint Jérôme en prière

Le maître du grotesque. La technique qu’il utilise fréquemment est l’inversion des proportions. Certains objets, végétaux, fruits, animaux, etc., apparaissent démesurément grands à côté de figures humaines ridiculement amoindries, soit intégrées à l’élément, soit nettement séparées. Un jeu d’inversion pratiqué par la littérature de l’époque dont celle de Rabelais et dont le succès ne se dément pas jusqu’à nos jours.

Le peintre connait la bible, l’Ancien et le Nouveau Testament, qu’il met en scène. À l’évidence, il s’agit, à chaque fois, d’un prétexte. Tout le monde connait ces scènes, elles permettent au spectateur d’entrer dans la peinture. Elles ne sont jamais une fin en soi. Son propos est spirituel, mais en conservant un pied dans le quotidien des gens. Il y a un aspect moralisateur dans les histoires qu’il décrit. Chaque attitude a sa conséquence. Mais ce qui domine l’œuvre est son symbolisme, son ésotérisme. La force de sa peinture est de sous-tendre une réalité non directement accessible. Bosch ne cherche pas à innover, mais à approfondir. Il décortique les croyances de son temps.

Concert dans l’œuf

Le mouvement artistique de la Renaissance ne l’intéresse pas. La beauté ne le fascine pas, peut-être même la méprise-t-il. La vision accessible de son œuvre fait qu’on s’y arrête, chausse ses lunettes pour apercevoir qu’il y a beaucoup d’autres choses. On se sent floué d’une œuvre d’art quand il n’y a rien à découvrir. Une forme majestueuse est impressionnante, elle lasse quand elle est vide. Bosch est un homme cultivé, obsédé par l’idée de dépasser l’immanence du monde. Le peintre plonge dans les méandres de l’imaginaire, là est le sens de son œuvre. À l’opposé des inquisiteurs, il ne joue jamais sur la peur. Il manie avec une dextérité exceptionnelle la farce de la vie et des suppositions.

Excision de la pierre de folie, 1480

La Pierre de folie, sans doute une œuvre de jeunesse. Le texte flamand en caractère gothique, Meester snijt die keye ras / Mijne name is Lubbert Das, « Maître coupe vite cette pierre, mon nom est Lubbert Das. » La pierre dont il s’agit, la folie. Ce fou, un paysan qui a soigneusement rangé ses sabots sous la chaise, est guéri par un autre fou, un entonnoir sur la tête (boire comme un entonnoir) alors que sa femme le regarde nonchalamment, un livre sur la tête. Quant aux injonctions du moine tenant un pichet de vin, on peut s’attendre au pire. Sur la tête du malade, en fait de pierre, une tulipe. Le patient, un homme gras et naïf regardant le spectateur, est attaché à la chaise, ce qui ne sert pas à grand-chose puisque la tête reste libre de ses mouvements. Une bourse bien garnie que l’homme maintient sous son bras révèle un homme fortuné, un gogo que l’église et le charlatan entourent d’attention dans l’espoir de gagner quelques sous. L’entonnoir est l’attribut fréquent chez Bosch des diables et des fêtards. Tout laisse penser à une entourloupe, mais rien n’est exprimé clairement. Tout est possible. Le peintre ouvre une porte, il laisse s’y engouffrer le voyeur qui achève le tableau.

La nef des fous, 1500

La Nef des fous, Narrenschiff, un thème classique à l’époque depuis les poèmes satyriques de Sébastien Brant publiés en 1494, se moquer de cette folie qui mène aux pires excès. « Le monde vit dans une nuit noire… toutes les rues grouillent de fous. » La dérision est une arme qu’on utilise âprement contre ce qui est redouté. Le carnaval de la fin du Moyen-âge prend des proportions gigantesques d’irrespect qui inquiète les autorités. Le rire est une arme terrible qu’il convient de contrôler. Érasme a écrit son Éloge de la folie pour dénoncer les vices, les excès inhumains de l’humanité. On axe tout sur la folie comme le paroxysme de tous les excès dont se rendent coupables les individus n’agissant que pour leurs seuls intérêts. Le monde dans lequel nous vivons est fou si l’on n’en respecte pas les règles et les devoirs visant à protéger son voisin. L’époque de Bosch est dure, violente, excessive, un monde ouvert d’où tout peut surgir, le pire comme le moins pire. Dans le monde de la folie, il y a ceux croient tromper et ceux qui se laissent tromper, en réalité, tout le monde se trompe. C’est là un des points que s’ingénie à montrer le peintre, des êtres perdus et repliés sur eux-mêmes. Un bateau sans voile ni gouvernail qui ne va nulle part, des gestes qui n’aboutissent pas, des bruits qui n’ont aucun sens, des gens réunis par leur seule absurdité sous la conduite d’un bouffon buvant son vin. Un moine franciscain chante accompagné au luth par une religieuse. On a beaucoup mangé et bu, un des hôtes vomit à l’avant du bateau. Des baigneurs quémandent un peu de boisson et de nourriture. Tout le monde a l’air joyeux, des gestes insensés, ils braillent et chantent, ne se soucient de rien d’autre que de ce qu’ils ont dans la tête. Puisqu’il s’agit de folie, rien à comprendre. Bosch s’évertue à condenser dans un petit espace un ensemble d’attitudes loufoques prêtant à confusion. Le monde est comme un œuf, un symbole alchimique.

Le couronnement d'épines

Le Couronnement d’épines, un chef-d’œuvre. Ponce Pilate demande à Jésus : « es-tu le roi des Juifs ? » « Tu le dis », lui répond Jésus. Alors les soldats « ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête en lui disant : salut, roi des Juifs ! » Dans ce tableau, le Christ ne montre aucune souffrance, son vêtement est blanc, il est serein, presque amusé. Une scène intime avec cinq personnages silencieux, mais éloquents par leur expression. Un soldat sur sa droite lui place la couronne, la main protégée par un gantelet de fer, le visage tendu, insensible à la souffrance qu’il cause. Un autre, sur sa gauche, lui posant la main sur l’épaule révèle une inquiétude, un doute ?Il porte un collier de chien avec des pointes. Devant, deux personnages plus petits aux visages burlesques, l’un, encapuchonné de rouge orné d’un croissant juif, lui prend la main en le toisant d’un regard moqueur et méchant, l’autre, plus petit, semble vouloir lui arracher sa tunique. Par son intensité, l’ensemble captive, comme si on croisait Jésus en personne.

Ecce Homo

Ecce Homo, Ponce Pilate présente Jésus au peuple juif. Jésus est dévêtu avec sa couronne d’épines et un manteau bleu. Son corps est couvert de sang. Il a les mains liées. Les vêtements portés par ses bourreaux sont pour le moins exotiques. Jésus fait face à une foule de visages clownesques et méchants. Aucune femme n’est présente, une affaire d’hommes en colère, des hommes d’armes animés par leur seule haine devant une victime incapable de se défendre. En bas et à gauche, des formes humaines apparaissent en filigrane sur le mur, le donateur sans doute, suivi par un moine s’exclamant « sauvez-vous de nos pêchés » et des enfants. En haut, sur la droite, une scène urbaine paisible, indifférente, une rivière séparant les deux scènes. Sans son environnement, impossible de comprendre l’être, impossible de pénétrer son âme.

Le portement de croix

Le Portement de croix, une œuvre d’une force inouïe grâce à sa composition unique et à la densité des expressions. Une toile en forme de carré légèrement plus large que haut. Le panneau est enduit d’une légère strate à base de craie et de colle animale. Le peintre esquisse ses personnages puis il applique sa peinture en couche fine. Le résultat, malgré la lourdeur des expressions, est fluide. Jésus, au centre du tableau, le visage large, bien en chair, légèrement penché, les yeux fermés déambule au milieu d’une foule de 17 visages dont certains sont hideux et vociférants. Deux mains soulèvent la croix. Sur la gauche, en bas, le visage d’une femme, Véronique, est ravi du drap qu’elle tient sur lequel apparaît le visage du Christ après lui avoir épongé le front. Bosch peint l’indifférence, des êtres attachés à eux-mêmes ne voyant rien de ce qui se passe autour d’eux. Aucun regard ne se penche sur Jésus, le Christ lui-même semble replié dans son univers délaissant le monde des humains. Une scène apocalyptique si ce n’est qu’elle est traitée de façon cruelle et drôle, un rire jaune où l’on entend le grincement des âmes dans un monde qui s’achève.

La tentation de Saint Antoine (fermé)

Le Triptyque de la Tentation de saint Antoine, peut-être achevé en 1505, une œuvre démentielle où le peintre dévoile un génie qui ne va cesser d’exploser en tout sens jusqu’à atteindre son apothéose. Saint Antoine est un saint particulièrement adoré pour la guérison de maladies, notamment la peste. Il chasse les démons et protège le bétail. Il apparaît sous la forme d’un vieillard barbu. Le retable fermé, sur la gauche, on discerne une scène du Christ tombant à terre en sortant du jardin des oliviers. Le calice est posé en évidence au sommet d’un monticule. Des soldats gesticulent. Le personnage qui s’éloigne tête basse et dont on voit la bourse pendue de dos au cou est Judas. Au premier plan, Saint-Pierre lève l’épée qui tranche l’oreille de Malchus, le garde du grand prêtre chargé d’arrêter Jésus. Sur le côté droit, Jésus, un genou à terre, porte la croix alors que Véronique s’apprête à lui essuyer le visage. Des enfants assis regardent la scène, impassibles. Un des larrons, les yeux bandés, est libéré, un autre, déjà libéré, écoute les invocations d’un moine.

La tentation de Saint Antoine

Ouvert, le retable offre au milieu les scènes de la tentation. Une imagination hors du commun avec des personnages étranges sortis d’on ne sait où. Une messe noire ? Mais à y bien regarder, aucun dégoût, des personnages terrifiants qui ne sont en rien menaçants. Derrière eux, dans l’encoignure d’une tour en ruine, une espèce de Christ devant la statue d’un Christ crucifié les observe. À gauche, le saint est ramené sain et sauf par ses compagnons après les épreuves des tentations : « la foule des démons le maltraita si affreusement que ses compagnons le croient mort. » En dessous du pont, trois démons lisent une lettre, un autre, un entonnoir sur la tête en forme d’oiseau apporte une missive en patinant. Un évêque montre à des personnages étranges dont un à tête de cerf un homme coincé dans une maison de terre trop petite avec une flèche planché sur son front. Un bordel avec le visage d’une femme à la fenêtre. À gauche, un poisson, doté d’une carapace de sauterelle, surmonté d’une tour d’église avale un petit poisson. Dans le ciel, le saint est emporté par des démons pour ses pêchés passés alors qu’un ange intercède en disant que ses péchés sont effacés depuis longtemps. Sur la droite, le saint est en train de lire paisiblement dans des scènes infernales. Dans le ciel, un couple chevauche un poisson volant. Les cinq éléments fusionnent, le bleu du ciel, le rouge du feu, le vert de la terre créent une harmonie envoutante dans un monde rempli d’hallucinations terrifiantes.

Messe noire

Dans le Nouveau Testament, Jésus ne rit jamais. Le rire, assimilé au plaisir bestial, est diabolique. Bosch, plein d’humour, nous invite sans cesse à sourire. Dans ce monde de visions horribles, le rire reste le moyen de rester en vie. Certains disent que le diable se ridiculise pour provoquer le rire afin de tenter le saint. Il y a sûrement du vrai. Mais réduire le génie du peintre à cette possibilité est une façon de le transformer en moralisateur soucieux d’orthodoxie, ce qui réduit considérablement son impact. La farce fait rire pour dénoncer les travers de l’humain, pas ceux du diable. La folie humaine est autrement plus redoutable que les coups d’un diable que l’on ne voit jamais. Bosch montre en détail des monstruosités qui ont un visage humain.

La tentation de Saint Antoine

C’est en suscitant la peur qu’on fait des adeptes, une loi simple et efficace utilisée depuis la nuit des temps. Effrayer pour convaincre est le b a ba des prêcheurs en tout genre. Ils fuient le rire qu’ils redoutent, le ridicule tue les menteurs. Le rire sous-jacent à l’œuvre de Bosch montre combien il n’est pas un donneur de leçons. Cette passion à décrire les monstres, à les ridiculiser, sa puissance narrative faisant que l’on navigue d’une histoire à une autre, ces contrastes saisissants entre ce qui paraît normal et l’anormal fusionnant dans une réalité poignante, le travail d’un homme érudit qui n’est pas prêt à sombrer dans la première peur venue. Non pas un homme à leçons, un artiste se jouant de tout ce dont il dispose pour créer un univers si vaste qu’on n’en finit de le découvrir.

Triptyque du chariot de foin

Le triptyque du Chariot de foin, fermé, présente l’image d’un vagabond agressé par un chien au collier clouté devant une scène de trois voleurs dépouillant un homme attaché à un arbre, un joueur de cornemuses faisant danser deux villageois et un gibet au loin. Ouvert, à gauche, le paradis où Ève est tentée et chassée par un ange alors que des anges rebelles s’échappent du ciel, à droite, une scène infernale où des diables bâtissent une tour, au centre un chariot avec un énorme tas de foin, une multitude de personnages de tous les groupes sociaux dont un évêque, un roi, des nonnes et des moines gesticulant autour. Le foin étant source de richesses, on peut considérer cette foule comme les bénéficiaires du travail des paysans, des parasites essayant de prendre leur part. Un proverbe hollandais dit : « le monde est comme un chariot de foin, chacun en arrache ce qu’il peut. » Tout ça pour rien, le monde est vain. Au sommet du foin, un autre monde, un joueur de luth, une dame qui chante, un couple d’amoureux, un ange en prière et un diable jouant d’une longue flute au bout de son nez. Les profiteurs sont condamnés à l’enfer, mais pourquoi avoir ajouté cette scène au-dessus qui contredit ce que l’on voit en dessous ?

Le chariot de foin

Un espace plein, aucun vide nulle part. Un espace surchargé où tout est imbriqué en tout. Le retable du Jardin des délices, d’après sa forme, une œuvre religieuse destinée à un autel. Il n’en est rien, une œuvre religieuse nous conduit dans un endroit précis où tous se retrouvent dans la même foi. Le jardin est un labyrinthe. Un retable, un paradis et un enfer, la forme religieuse est détournée de sa fonction. Bosch est un pourfendeur d’apparences. Non seulement il utilise une symbolique complexe, mais il la détourne de son sens. Dans une œuvre artistique, on peut faire prédominer l’élément religieux, Bosch s’engouffre dans l’élément artistique. Un peintre de la liberté de l’esprit.

Triptyque du jardin des délices (fermé)

Un chef-d’œuvre dont il est impossible de se lasser, une variété infinie ordonnée de façon magistrale par un maître non seulement de la peinture et des formes, mais aussi de la pensée. Tout est fouillé d’une façon incroyablement intelligente. Fermé, le retable présente un dessin non peint représentant une terre dans une sphère cristalline où siège tout en haut, à gauche, un Dieu perdu dans sa solitude juste après sa création. Il paraît triste et semble avoir froid puisqu’il est couvert de manteaux. Il tient de sa main gauche un livre, un mode d’emploi ? Tout en haut, un écrit, le Psaume 33, le 3èjour de la création, « Il parle, cela arrive, il commande, cela existe. » La terre est une entité flottante dominée par le végétal et le minéral. Une cornue d’alchimiste où se déroulent toutes les transformations.

Le jardin des délices

Ouvert, le triptyque présente sur sa gauche le paradis terrestre où le Christ (selon une tradition de l’époque) vient de créer Adam et Ève. Un point de départ, tout ce qui est à venir se trouve déjà ici. En hauteur sur la droite, l’arbre de la connaissance du bien et du mal, une espèce de palmier portant des fruits où se tient enroulé un serpent. Au centre, la fontaine de jouvence peinte en rose. À côté des personnages, sur la gauche un arbre aux formes étranges chargé de fruits dont des pommes, sans doute l’arbre de vie, symbole d’immortalité. Le tableau est dominé par le vert, le bleu et le rose. Au milieu, le jardin des délices. En plus de trois couleurs précédentes, l’ocre et le rouge font leur apparition. Sur le côté droit, l’enfer musical, des tortures par des instruments de musique, ce qui est pour le moins déconcertant. Dominent le bleu et le rouge, le vert se faisant plus rare. Affirmer que la musique est rattachée à la luxure, c’est oublier que la musique a un aspect religieux. La musique accompagne une œuvre religieuse ou une scène d’amour, pas une débauche. Même si certains religieux voient la musique comme une perversion diabolique, placer la musique au cœur de l’enfer n’a aucun sens. Le peintre donne la clé pour une autre lecture.

Le jardin des délices

On se promène dans ce tableau porté par la fascination sans que l’on puisse réellement comprendre quoi que ce soit, un tissu d’énigmes. Sans doute l’un des tableaux les plus célèbres de tous les temps. L’impression qu’il laisse est infinie de même que l’interprétation qu’il suscite. On lie son destin à lui sans savoir pourquoi. Le thème chrétien récurrent chez Bosch, la dénonciation des péchés, dont la luxure, l’orgueil et la cupidité, sert de cadre à l’ensemble de l’œuvre pour la rendre accessible. Si l’on ne reconnaît pas, on n’entre pas, on n’ose pas. Mais si, en forçant un peu, on peut tout ramener à une iconographie chrétienne, il est tout aussi aisé de s’en détacher. Finalement le monde chrétien reste rationnel, un enchevêtrement de logiques dont Jésus se veut l’ultime maître. Le tableau de Bosch échappe à la rationalité, il est truffé d’invraisemblances. Un retournement de la raison, ce que l’on croit raisonnable est folie alors que la folie nous ouvre vers la véritable raison du monde.

Le jardin des délices

La scène centrale du paradis est truffée de couples dénudés dont, sur le côté gauche, un couple dans un bulle sur une curieuse fleur occupée par un homme regardant un rat par une ouverture en verre. Dans cette bulle, le couple semble parfaitement harmonieux devant un personnage dont on ne voit que les jambes écartées la tête dans l’eau, une espèce de fruit entre ses jambes avec deux oiseaux. Beaucoup d’autres couples seuls ou en groupe, blancs, mais il y a plusieurs noirs mélangés aux blancs, dont un homme blanc tenant tendrement une femme noire. Au centre, juste en dessous de la source vitale d’où coulent quatre lits, chacun marqué par une tour, un trou d’eau où se trouvent des femmes, le principe féminin, et, tournant autour, des groupes de cavaliers, des adolescents en effervescence montés sur des animaux mythiques, griffons et licornes, exotiques, dromadaires, lions, des animaux des forêts, cerfs, sangliers et des animaux domestiques. Des oiseaux et des poissons font également partie de la procession, le règne animal.

Le jardin des délices

Le règne végétal et minéral participe également à cet enthousiasme. L’humain perd son statut de centre du monde. La lumière rayonnante, symbole masculin, s’unit à l’eau, principe féminin. L’abondance d’amour est un débordement d’énergie. Bosch ne pas une fin en soi, un moyen pour aller ailleurs. Une transformation alchimique par la voie de l’amour. Les oiseaux symbolisent l’élévation. Une voie mystique.

Le jardin des délices

Tout en bas et à droite du jardin des délices, un personnage radieux, se démarquant des autres par son réalisme, sortant tout habillé d’une caverne montrant du doigt une femme le précédant et tenant une pomme de sa main droite, une Ève moderne. Juste derrière lui, une tête accolée à la sienne, celle d’un homme, le teint basané. Un amour homosexuel ? Ce personnage n’est pas sans évoquer l’homme-arbre du panneau de l’enfer musical, Bosch lui-même ou son commanditaire ? Le fait de sortir de la terre peut signifier qu’il vient de l’enfer. Qu’est-il en train de nous dire ? Le peintre veut-il nous signifier qu’il a réussi son entreprise alchimique de fusion, avec un homme ou une femme ? Veut-il dire que de leur union est né tout ce monde foisonnant qu’est le tableau ?

L'enfer musical

Comme tous les grands mystiques, Bosch est panthéiste. Chaque élément appelle son contraire pour entraîner la dynamique lui permettant de surmonter sa condition et de la transcender en valeur spirituelle. Aussi horrible que soit l’enfer, il est nécessaire à l’épanouissement de l’être. L’être perdu dans sa vérité unique est dérisoire, petit et perclus de péchés qui sont autant de freins à son développement. L’enfer est musical en ce qu’il réunit les êtres, leur permet de dépasser leurs erreurs. Passer par l’enfer est nécessaire pour atteindre l’élévation spirituelle. Les nombreuses chouettes que l’on voit dans ses tableaux rappellent qu’il faut atteindre le sens caché pour réaliser sa plénitude. En niant la nature, on s’en rend esclave.

L'homme-arbre

Bosch s’oppose à l’église voyant dans le célibat une condition indispensable à la spiritualité. Si l’enfer est un manque d’amour, l’enfer de Bosch n’évoque pas cette idée. La musique lie les êtres entre eux et ne les sépare pas. L’homme-arbre au centre du tableau dont le visage, peut-être celui de Bosch lui-même, n’a rien de diabolique, au contraire. Une forme d’œuf cassé laisse voir des personnages attablés. Selon la légende, il existe des tavernes où les âmes des condamnés font halte en attendant d’affronter l’enfer. Bosch montre une auberge où l’on se prépare à affronter les pires avanies de l’enfer auxquelles on doit sortir victorieux pour réaliser la plénitude de son être.

Un cheminement nécessaire à l’instar des mandalas bouddhistes que chacun réalise selon son penchant naturel, l’ange et le démon qui sont en nous. À cette différence, aucune route n’est tracée, chacun suivant son propre cheminement comme il l’entend. Tout en bas et à gauche, l’enfer du jeu, le hasard est incompatible avec la croyance en dieu. Thème religieux récurrent, le hasard est un aveuglement. Ouvrir les yeux, une condition à l’élévation. Dans cet endroit, la seule trace de végétal, les deux troncs morts formant les jambes de l’homme-arbre reposant sur deux embarcations dans une rivière noire. Le brasier supérieur laisse place à une eau gelée où l’on voit des patineurs. Quant au minéral, il brûle et ne soutient plus rien.

L'enfer musical

Alors qu’il y a dans l’Éden le mal du monde, il y a dans l’enfer, le bien qui permet d’en échapper. Le diable à tête de rapace en bas à gauche avale des humains qui renaissent sous forme de défécation, les corps blancs sont intacts, une nouvelle personnalité. Tout en bas à droite, un cochon avec le voile d’une nonne tente d’embrasser un homme dégoûté afin de lui faire signer un papier par lequel il donne ses biens à l’église. Le peintre condamne cette église qui prend et ne donne rien. En haut et à gauche de l’homme-arbre, les deux oreilles avec un couteau menaçant sont sans doute le symbole que celui qui sait écouter affute son esprit. Trancher est le fondement du discernement. L’enfer s’achève sur un brasier consumant la matière humaine en une nuit mystique préfigurant la nuit obscure de Jean de la Croix.

L'enfer musical

Ce n’est pas un homme à secte, ni à idées fixes. Chacune de ses œuvres est distincte avec un message différent. La folie (Excision de la pierre de folie, La nef des fous), la tromperie (L’escamoteur), l’indifférence (Le portement de croix), la méchanceté (Le couronnement d’épines), l’avidité (Le chariot de foin), le péché (Les sept péchés capitaux), la démence des foules (Ecce Homo), l’amour (Le jardin des délices), etc., des thèmes qui révèlent un esprit élaboré et réaliste. Une critique acerbe à laquelle nul n’échappe. Les personnages qui peuplent son œuvre ne sont pas tous des créations, certaines sont connues dans les enluminures du Moyen-âge. Son originalité n’est pas dans la représentation de monstres, mais dans leur mise en scène.

Une démystification de l’enfer. Un enfer non pour effrayer les esprits, le lieu d’une transformation. Le mal existe, il est en nous. Le feu infernal réalise les métamorphoses alchimiques, elles sont vitales à la réalisation de l’être. Ne pas passer par l’enfer, c’est se couper d’une partie de soi. Une notion d’égalité, tout le monde passe par l’enfer, un traitement identique pour tout le monde quelque soit sa condition sociale. Nul n’a le monopole de la libération et de la vérité. Le religieux à tête d’oiseau symbolise le prêcheur dont le discours équivaut aux piaillements d’un oiseau. La vérité ne peut être qu’en soi. Nous devons nous soutenir les uns et les autres, nous ne devons pas plus abdiquer à nous-mêmes qu’aux autres. L’enfer enferme l’être dans ses plaisirs et ses vérités. L’oreille attentive tranche pour garder la musique lui permettant d’atteindre l’illumination libératrice. Tout ce qui est séparé doit fusionner, l’unité sans laquelle rien n’est possible.

En 1517, le tableau est exposé dans le palais des comtes Nassau à Bruxelles, un endroit visité par de nombreux invités de marque. On pense qu’il aurait été commandité par Henri III (1483-1538), général et favori de Charles Quint, gouverneur de Hollande et héritier des Nassau en 1504. Il est réputé amoureux des plaisirs de la vie et se passionne pour les arts. L’œuvre intrigue et exalte.

Triptyque du jugement dernier (fermé)

Le triptyque du Jugement dernier ne présente pas les mêmes qualités picturales que les précédents. Une œuvre lourde aux couleurs ternes. Fermé, le triptyque présente l’image à gauche de Saint Jacques le Majeur, à droite de Saint Bavon sous l’apparence d’un seigneur faisant l’aumône. Ouvert, il offre au milieu la scène du jugement dernier. Tout paraît plus classique, plus prévisible même si l’imaginaire endiablé est là. Une œuvre plus sage dominée par un Christ triomphant entouré de la Vierge, de Saint-Jean-Baptiste, des apôtres et des anges. Les élus sont très peu nombreux. L’ensemble du panneau est dominé par les démons punissant chaque faute. À droite, une scène apocalyptique. Des historiens pensent qu’il s’agit d’un pastiche, malgré tout très proche du maître dans la représentation des démons, plus éloigné par la qualité des couleurs et la mise en scène du paradis. Une œuvre commencée par Bosch sans doute terminée par un de ses élèves ?

Le jugement dernier

L’idée de Bosch qui est au centre de toute son œuvre, où se trouve la limite entre deux états opposés, la folie et la raison, le juste et l’injuste, le beau et le laid, le paradis et l’enfer ? Ce tableau montre que dieu règne sur un enfer qui ne peut être aussi laid qu’il y parait. Un temple de la justice où l’on doit reconnaître des torts que l’on niait jusqu’ici. En payant pour ce que l’on fait, on se transforme, on change d’état. Bosch n’est fasciné ni par le bien, ni par le mal, mais par le passage de l’un à l’autre. La vision pessimiste du peintre implique une attitude qui conduit immanquablement à l’enfer, le lieu de toutes les transformations. L’enfer devient l’équivalent de ce qui se passe sur terre, obligation de se dépasser.

Visions de l'au-delà

La Vision de l’au-delà, quatre panneaux, probablement une œuvre de vieillesse, la chute des damnés, l’enfer, l’entrée du paradis et le paradis, des scènes puissantes dont l’ouverture du paradis, des démons torturant les âmes en peine et un personnage assis mesurant le poids de ses fautes entrainé par un démon. La lumière est particulièrement bien travaillée dans les scènes infernales. Une vision classique pour un monde en transition. La boucle est bouclée, le peintre peut retourner à son silence.

Visions de l'au-delà

Bosch ne se contente pas de montrer, il évoque le passage entre deux mondes. Ses visions sont extraordinaires parce qu’elles ont un sens. Nous avons oublié lequel. Le peintre raconte une histoire avec une multitude de messages que les gens de l’époque devaient comprendre, sinon à quoi bon ? Une écriture au style d’une rare subtilité. Le triptyque, un livre que l’on doit ouvrir, ouvrir ses sens. Un sens disparait, reste l’art, l’ultime fusion s’opère entre l’œuvre et soi, il faut s’y perdre, s’y abandonner pour s’y trouver.

Comments
45 Responses to “Jérôme Bosch, Hieronymus van Aken, Hieronymus Bosch (1453-1516)”
  1. BERNARD dit :

    Bonjour, j’ai bien apprécié vos commentaires sur JB et sa peinture. Pour ma part je le regarde depuis près de 40 ans (je ne fais pas que ça, mais enfin…) et je n’en suis toujours pas lassé. Ceci m’autorise à vous faire part ici de quelques commentaires puisque vous m’y invitez…

    Je m’arrête pour l’instant sur le panneau de l’Eden du « jardin » et je limiterai mon propos à trois remarques. Mais si le jeu vous plaît je pourrais en rajouter quelques autres.

    L’arbre de vie derrière Adam est un dragonnier. Je peux vous en reparler… Si vous le souhaitez ?

    Et si la chouette qui est au centre de la fontaine rose et au point de rencontre des diagonales de l’Eden était « la chouette de Minerve » ? Vous souvenez-vous de ce que dit la Folie d’Erasme : « le hibou de Minerve vole pour moi ! »… Ah la sagesse alliée de la connaissance…

    Et l’oreille du visage de l’indien taïno ou maya où s’engouffrent les batraciens ne vous semble-t-il pas essentiel dans cette partie de l’eden par rapport à l’ensemble de l’oeuvre ouverte ?

    Voilà mes trois remarques… reparlons en si vous l Bonne journée.

    • cieljyoti dit :

      très heureuse de rencontrer un connaisseur de Bosch, un peintre que j’admire tellement et dont, comme vous, je ne me lasse pas. j’ai pris pas mal de temps avant de me lancer dans cette œuvre tant je redoutais de dire des sottises à son sujet. le fait d’avoir une copie sur l’ordi me permettant d’agrandir à volonté les scènes m’a beaucoup aidé à mieux y entrer, peut-être à mieux la comprendre. oh oui, je suis très friande de tout ce que vous pouvez m’apporter donc, je vous en prie, offrez-moi toutes les remarques que vous pouvez, j’en vous en serai reconnaissante. j’ignore ce qu’est un dragonnier. en effet, le hibou, on le retrouve un peu partout même dans les scènes d’enfer (ce qui me fait penser que l’enfer décrit est aussi un lieu de sagesse). je vois l’oreille comme le symbole du discernement et les deux oreilles portant un couteau me laisse penser que le peintre veut nous faire comprendre qu’il est important de savoir trancher dans ce que l’on entend ? tellement de questions sans réponses, donc, oui, je le répète, votre avis m’intéresse au plus haut point. amicalement

      • BERNARD dit :

        Le dragonnier est un arbre originaire des Canaries. Il vit, dit-on, jusqu’à 5000 ans… C’est dire qu’il est « l’arbre de vie »… JB l’a copié d’un dessin de Martin Schongauer de 1480 intitulé « la fuite en Egypte ». Il a aussi recopié le palmier comme arbre de la connaissance du bien et du mal. Arbre où il a entouré le serpent tentateur. Mais où est planté cet arbre soit disant maléfique ? Sur le front de l’indien taïno ou maya venu du continent que Colomb a découvert : « les Indes occidentales ». Indien que JB a pu voir chez Engelbert de Nassau, ou chez Philippe le beau, ou à Venise, où il séjourne vers 1502-1503… En effet de 1492 à 1505 plus d’une trentaine de voyages vont être fait en direction des « indes occidentales » et de nombreux « chefs indiens » ramenés dans les bagages des conquistadors espagnols et exposés à la Cour du roi de Castille à Bruges, à Gand, à Bruxelles…

        Ne parlons pas de l’enfer c’est trop tôt.

        Les hiboux du jardin semblent bien intéressants. Ils ornent l’orient et l’occident du Jardin. Et vous remarquerez que celui de l’orient ressemble à ces divinités indiennes dotées de plusieurs bras et parfois jambes… De Ganesh à Shiva son père… Et Ganesh n’est-il pas le dieu de la sagesse, de l’intelligence et de l’éducation et Shiva celui de la destruction des illusions et de l’ignorance. Cela ne vous rappelle-t-il pas le hibou de Minerve : la sagesse dans la main de la connaissance ?

        A suivre

      • cieljyoti dit :

        merci infiniment pour ces passionnantes précisions. j’attends avec impatience la suite de vos commentaires. pouvez-vous me dire ce que vous pensez de cette sortie de caverne tout en bas à droite du jardin où l’on discerne un personnage pointant une femme du doigt avec une tête accoudée sur son épaule. à très bientôt

  2. imbuteria dit :

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  3. BERNARD dit :

    Je suppose que vous parlez de celui que vous définissez ainsi :« Tout en bas et à droite du jardin des délices, un personnage radieux, se démarquant des autres par son réalisme, sortant tout habillé d’une caverne montrant du doigt une femme le précédant et tenant une pomme de sa main droite, une Ève moderne. » Tout habillé c’est vous qui l’écrivez…
    Il a peut-être le bas dénudé et peut-être vient-il de (ou va-t-il) faire l’amour à cette bien jolie Eve et il me la recommande comme partenaire, à moi son vieux complice, ?
    Ou, si j’accepte votre « tout habillé » peut-être est-ce un religieux ? Il nous montre que cette Eve est une femme enfermée (dans un tube alchimique?) et a la bouche « cousue » par un méchant rond (de verre?)… Elle n’a pas le droit à la parole au nom d’une soi disant pomme qu’elle aurait soit-disant accepté de la part d’un soi disant serpent ?
    Tout cela sous le regard peut-être amusé d’un oiseau, lui-même regardé par un second visage juste derrière le « tout habillé »…
    Ah les oiseaux… Connaissez-vous « la secte orphique » et la pièce d’Aristophane « les oiseaux » ? Vous verrez qu’ils sont une des clés du jardin… Nous enreparlerons.
    Et connaissez vous également cette phrase de Malraux : « Bosch, fou à la manière des bouffons, s’adresse à des complices. ». C’est, comme souvent chez Dédé, génial et définitif !
    Nous en reparlerons aussi.

    • cieljyoti dit :

      non, je ne connais pas la secte orphique ni la pièce d’Aristophane. je suis très impatiente d’en savoir plus. effectivement le nombre impressionnant d’oiseaux m’avait intriguée. je pense que vous avez raison, ces oiseaux cachent (montrent) quelque chose de très important et je serai heureuse d’en avoir la clé. effectivement la phrase de Malraux est très forte. je suis convaincue dès le début que le peintre s’adresse d’abord à des initiés, reste à savoir lesquels. merci beaucoup pour vos commentaires si enrichissants

  4. BERNARD dit :

    « ces oiseaux cachent (montrent) quelque chose de très important »… Je n’ai pas la clé…
    Mais il y a « des » clés qui ne sont pas seulement la mystique chrétienne pour commencer à comprendre le JD de JB.
    Déjà vous voyez bien qu’il y a un cacher/montrer, une dialectique ou une dualité ? Une ambyvalence sinon une ambiguité dans les « images fantômes » de JB… On peut énumérer, par exemple, la dialectique entre…

    Christianisme et humanisme
    Énigmatique et fantastique
    Antiquité et modernité
    Symbolisme et réalité
    Peinture et littérature
    Sagesse et folie…

    Et on peut même décliner encore si l’on veut s’amuser un peu avec les mots et les images, comme vous le faites si bien…

    le poétique et le mystique l’étonnant et l’extravagant
    l’épique et le lyrique le fascinant et le falsifiant
    l’exotique et l’érotique l’édifiant et le changeant
    l’alchimique et l’ésotérique l’amusant et l’affolant
    l’éthique et l’esthétique l’inconscient et le signifiant
    l’utopique et le fantastique l’insouciant et le sanglant
    le botanique et le zoologique l’étincelant et l’inconvenant
    le géométrique et le gothique, le fourmillant et le flamboyant
    le biblique et l’hérétique l’excitant et le stimulant
    l’énigmatique et le symbolique le provoquant et le perturbant
    le lubrique et la gymnastique l’hallucinant et l’intrigant…

    Mais revenons aux oiseaux, à l’orphisme et laissons la parole aux oiseaux d’Aristophane…

    « Voyons, humains, aveugles de nature, êtres semblables à des feuilles, créatures de rien, pétris de boue, pareils à des ombres, inintelligents, privés d’ailes, éphémères, infortunés mortels, qu’on prendrait pour des songes, prêtez l’oreille à nous, qui sommes immortels, durant toujours, aériens, exempts de vieillesse, occupés de pensées impérissables. Quand vous aurez appris parfaitement de nous les phénomènes d’en haut, la nature des oiseaux, la genèse des dieux et des fleuves, de l’Érébos et du Chaos, votre science parfaite vous permettra de dire adieu de ma part à Prodikos pour le reste.
    Le Khaos, la Nuit, le noir Érébos et le vaste Tartaros existaient au commencement : il n’y avait ni terre, ni air, ni ciel. Dans le sein infini de l’Érébos, la Nuit aux ailes noires enfante d’abord un œuf sans germe, d’où, après des révolutions d’années, naquit le gracieux Érôs au dos brillant de deux ailes d’or, semblable aux tourbillons roulés par le vent. Érôs, uni au Khaos ailé et ténébreux, dans le vaste Tartaros, engendra notre race, et la produisit tout d’abord à la lumière. Ainsi, à l’origine, la race des immortels n’existait pas encore, avant qu’Érôs eût tout uni. Les éléments une fois unis les uns aux autres, parut le Ciel, l’Océan, la Terre et les dieux bienheureux, race éternelle. Voilà comment nous sommes les plus anciens de tous les bienheureux : que nous sommes fils d’Érôs, mille preuves l’attestent. Nous avons des ailes et nous sommes avec ceux qui aiment…
    Que ce ne soient pas les dieux, mais les oiseaux qui, jadis, aient régné sur les hommes, on en a beaucoup de preuves… »

    La mystique comme l’alchimie, au Moyen-âge comme aujourd’hui, sont effectivement réservées à des « initiés »… ou à des « complices »…

    A suivre si vous le désirez.

    • cieljyoti dit :

      effectivement le texte d’Aristophane éclaire ingénieusement le tableau de Bosch. je suis désormais convaincue que le peintre a en tête ce passage quand il place ses oiseaux à des endroits stratégiques de son œuvre. merci pour cet éclaircissement et j’attends avec impatience la suite de vos commentaires

      • BERNARD dit :

        Comme par ailleurs dans votre blog vous montrez « l’enfer » de Giotto, le Saturne de Goya et le Cronos de Rubens, vous conviendrez que l’oiseau dévorant ses « créatures » et les déféquant sous forme d’oeuf qui replonge dans le cloaque pour régénérer un nouveau monde est une symbolique que l’on ne peut pas balayer d’un geste de la main…

        Et savez vous que JB séjourna à Venise au début du XVI è ?
        Et Padoue n’est qu’à deux journées de cheval de Venise…
        Il faut toujours chercher les inspirations de JB…
        « Rien ne pousse sans racine » dit Hugo, le Totor de Juliette

        « Le peintre connait la bible, l’Ancien et le Nouveau Testament, qu’il met en scène »
        Et « la Comédie » de Dante, et « le songe de Poliphile » de Francesco Colonna, et « la vision de Tundual » et beaucoup d’auteurs grecs et latins… et des mythologies de l’Inde ! Et la fresque de Giotto à la chapelle Scrovegni…

        A suivre peut-être…

      • cieljyoti dit :

        à suivre sûrement, je vous lis avec un très grand plaisir, j’attends la suite

    • Laclau dit :

      Bonjour, dans cet extrait des oiseaux, quelle idée veut défendre Aristophane ? Un rapport avec la religion ? Il contredit Prodicos qui lui était AT…

      • Jean-Louis dit :

        Pour ne pas faire trop long ci-après extrait wikipédia.

        « Prodicos est l’auteur d’un grand ouvrage intitulé Les Saisons (Ὦραι) dans lequel figurait, selon une scholie à Aristophane, un traité sur Héraclès et la vertu, que Xénophon évoque dans les Mémorables1.

        Les Saisons se composaient de deux parties :

        De la Nature du monde.
        De la Nature de l’Homme.

        Cet ouvrage semble avoir débuté par une description de la genèse de la civilisation, en parallèle avec une réflexion sur la nature et le divin selon une vision polythéiste (où les dieux interviennent auprès de l’humanité). Le récit était aussi une histoire naturelle de l’humanité et de ses réalisations… »

        Aristophane ne manque jamais dans son théâtre de se rappeler au bon souvenir de ses contemporains… Et bien sûr son théâtre est d’abord ironie, moquerie et provocation… Quelque part entre Voltaire et Jean Dutourd (lol). Pour le reste lire ou relire les oiseaux de l’un et les saisons de l’autre…

  5. BERNARD dit :

    « La scène centrale du paradis est truffée de couples dénudés »
    On peut même dire nus, tout simplement, car je ne suis pas certain qu’ils aient connu la douleur-douceur des vêtements dans ce jardin où il fait si beau-bon de vivre en harmonie avec la nature sous un ciel bleu et une terre si accueillante. Vous les voyez quittant leur bureau et se dévêtir pour venir s’éclater au JD de JB ?

    « Beaucoup d’autres couples seuls ou en groupe, blancs, mais il y a plusieurs noirs mélangés aux blancs, dont un homme blanc tenant tendrement une femme noire. »
    Et des femmes noires qui s’embrassent dans l’eau.
    Et la femme noire enlacée est enceinte, elle a la main sur son ventre où bouge leur descendance. L’homme blanc est le père de futur petit mulâtre, fruit de leur amour…
    Et on voit aussi une femme noire partir, à la nage, à la recherche désespérée de son « homme » qui s’enfuit, dans une barque avec une blanche… le coquin ! Lui aussi veut assurer sa descendance avec cette femme blanche… Vive le métissage nous dit JB !
    Tout ça ne vous apparaît-il pas révolutionnaire pour l’époque ?
    Alors que ce monde occidental et chrétien considérait les noirs et les indiens comme des sous hommes… Où, bien sûr, jésus est homme blanc comme son père barbu et pas de sainte pensée entre eux, non un saint esprit ! Pas de femmes, pas de noir(e)s, pas d’indien(ne)s dans la création chrétienne… Il faudra attendre 1550 et Valladolid…

    « Un amour homosexuel ? »
    Et que nous dit-il des homosexuels ? J’ai déjà parlé des femmes qui s’embrassent dans l’eau.
    Et que dire de l’homme qui a décoré l’anus de son compagnon à genoux et qui s’apprête à lui frapper le derrière avec un bouquet de fleurs ?
    Existe-t-il plus jolie façon de « cacher-montrer » l’homosexualité ? Dites-le avec des fleurs nous dit JB !
    Et quand on pense qu’à notre époque, toujours et encore, l’homosexualité, pratiquée aussi par des religieux apostoliques et romains, n’est toujours pas reconnue par leur saint mère l’église…
    Il est vrai qu’à l’époque de JB on les brulait en place publique après avoir pris soin de les émasculer avec des tenailles… Nous sommes en progrès…
    Ne trouvez-vous pas ces images révolutionnaires et empreintes d’un grand humanisme ?

    • cieljyoti dit :

      je suis entièrement d’accord avec vous, le mot révolutionnaire, c’est exactement celui qui me venait à l’esprit sans pouvoir l’écrire tant j’étais déroutée par ces images incroyables, qui le restent jusqu’à nos jours. ce métissage, même aujourd’hui, n’est pas toujours bien perçu. j’imagine à l’époque la surprise des regards ne devant pas en croire leurs yeux ! issue d’un métissage entre un français et une chinoise, mes parents m’ont raconté qu’en Chine, voire même en France, à l’époque, la chose était très mal perçue, pur ne pas dire pire, il y a seulement 24 ans ! à l’époque de Bosch que devait-il en être ? vous décrivez des scènes que je n’avais même pas remarquées. comme quoi le regard sur ce peintre reste infini. vraiment, je vous en remercie infiniment

  6. BERNARD dit :

    A l’heure où 44 % des français prônent comme idée principale la haine de l’autre, de l’étranger et donc du métissage, je suis heureux de dialoguer avec une jeune femme qui se revendique métis. Heureux aussi de lui montrer les « cachés » de JB au JD qu’il nous adresse par delà le temps…

    Que sont mes 24 ans devenus ? Il faut plusieurs vies pour faire une existence. Il faut plusieurs existences pour faire un humain : « un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous » « et qui porte en lui la forme entière de l’humaine condition ».
    Mes 24 ans sont morts ? Non rien ne meurt jamais complètement : ils sont ailleurs dans ma tête et dans l’illusoire passé où il n’est jamais bon de séjourner trop souvent le temps de l’âge venu…
    Ce qui est, est pensé. Ce qui est pensé est, a été, et sera…peut-être ? Ici et maintenant je suis le passé, le présent et le futur. J’appartiens à l’époque d’aujourd’hui, au mythe d’hier et à la liberté de demain. Je peux voyager d’un temps à l’autre : j’ai plus de vies à venir que de mort ; mais j’ai moins de vie à vivre que de vie vécue et pourtant morte, déjà.
    Je ne suis rien, « je marche entre deux éternités » et pourtant je ressusciterai dans l’autre quand j’abandonnerai mon propre corps. L’autre regardera le jardin et lui donnera vie : une nouvelle vie.
    C’est, je pense, ce que devait se dire JB peignant le JD à plus de 50 ans ?
    Quant à moi je me sens comme Montaigne devant Marie de Gournay.
    Il faut que je vous reparle des chouettes et des hiboux…

    • cieljyoti dit :

      oui, cette haine terrible pour si peu, vraiment une folie, mais bon. très joli, « je marche entre deux éternités » oui, je crois que votre texte aurait beaucoup plu à Bosch. merci de me faire connaître Marie de Gournay, une femme étonnante. oh oui, parlez-moi des chouettes et des hiboux… merci tellement

      • BERNARD dit :

        C’est vrai qu’elle est jolie l’expression « je marche entre deux éternités ». Hélas elle n’est pas de moi mais de Diderot, d’où les «  ». Mais je l’utilise depuis si longtemps que j’ai l’impression qu’elle est un peu mienne… Comme les deux autres citations entre guillemets, elles ne sont pas de moi non plus : Jean Sol Partre et Montaigne
        Promis je vous reparle prochainement des chouettes et des hiboux… et de Montaigne que je fréquente depuis plus longtemps que JB et qui, lui aussi, a dit ce qu’il avait à dire sur les indiens occidentaux…

      • cieljyoti dit :

        moi aussi, je me sens tellement d’intimité avec certaines phrases qu’elles finissent par devenir miennes, même avec des guillemets. comment ne pas s’identifier à ce que l’on aime ?

  7. BERNARD dit :

    https://picasaweb.google.com/113221874579943423519/Dijon#5597708731542154130

    Extrait de wikipédia
    « Dans la rue de la Chouette, voie piétonne qui longe le côté nord de l’église et le chevet, une pierre d’une chapelle de Notre-Dame porte une marque singulière. À l’angle d’un contrefort d’une chapelle est sculpté un oiseau que les Dijonnais appellent la chouette. Sa signification est inconnue, bien que plusieurs hypothèses aient été émises à son sujet. Pour certains, la chouette pourrait être une signature laissée là par un architecte ou par un tailleur de pierre. Ce qui est sûr, c’est qu’elle n’est pas la signature de l’architecte de l’église, car cet oiseau est sculpté sur une chapelle élevée à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, soit plusieurs siècles après la construction de Notre-Dame.

    La chouette est très usée à cause d’une pratique superstitieuse qu’elle suscite : Dijonnais et touristes ont coutume de la caresser, de la main gauche, en espérant que le vœu qu’ils formulent soit exaucé. Il n’en subsiste donc aujourd’hui que la forme générale, la plupart des détails de la sculpture ayant depuis longtemps disparu.

    Faut-il rappeler que le Brabant était bourguignon et que le JD de JB fut peint à partir de 1505…

    • cieljyoti dit :

      merci pour cette magnifique promenade dans Dijon, une ville que je ne connais malheureusement pas.
      effectivement sachant que le Brabant est bourguignon, ce qui se passe dans cette région est très important. voilà une étude qu’il serait passionnante de mener pour éclairer les peintres du Nord de cette époque.
      la chouette est un symbole favorable. elle est l’oiseau d’Athéna, une divinité particulièrement bienveillante en relation avec la sagesse humaine, la tolérance et « la réflexion qui domine les ténèbres ». Jean Chevalier, dans son dictionnaire des symboles, dit que le mot chouette est utilisé pour parler d’une belle fille, en somme ce qu’apporte une femme. vous avez donc raison de voir en elle une des clés de l’œuvre

  8. BERNARD dit :

    J’ai oublié de joindre cette adresse dans le post précédent ainsi que la traduction de ce que JB a placé en tout petit en haut de son dessin (comme il le fait dans « la création du monde »)
    Miserrimi quippe est ingenii semper uti inventis et nunquam inveniendis
    « C’est un esprit pauvre qui travaille avec les inventions des autres, et est incapable d’en faire lui-même »

    • cieljyoti dit :

      je suis convaincue que nous ne pouvons rien tant que nous restons seules, recroquevillés sur nous-mêmes. c’est en nous ouvrant aux autres que nous nous réalisons. là est sûrement un des messages de Bosch, vous avez mille fois raison, je crois. je pense aussi à cette phrase de Saint Bernard : « nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants », mais avec cette précision que vous donnez, rien ne sert de copier, il faut se révéler et donc se confronter aux autres. si l’on n’apporte rien, la relation reste passive et soumise, sans lendemain. je crois que Bosch ne cherche pas tant à donner un message qu’à tenter de discuter avec nous, comme vous le faites

      • BERNARD dit :

        « comment ne pas s’identifier à ce que l’on aime ? »
        Vous avez raison et vous ne croyez pas si bien dire… Mais je vous en reparlerai…


        Dans ce dessin aux deux oreilles et aux sept yeux vous remarquerez que le « duc du bois », au milieu de l’arbre et du tableau, nous fixe de ses deux yeux qui voient mieux la nuit que le jour, et l’époque de JB est sombre. Il nous dit : ouvre grands tes oreilles et tes yeux et regarde le monde qui t’entoure sous des angles différents. Je t’invite à t’élever pour voir mieux.

        Le centre de l’éden c’est la chouette au cœur de la fontaine point de rencontre des diagonales, nous en avons déjà parlé. Les hiboux de l’orient et de l’occident du jardin nous en avons déjà parlé aussi.

        Le centre du JD c’est l’œuf au dessus de la tête du cavalier montant le lion et portant le poisson, dans la partie basse de la ronde des cavaliers animaliers. Cet œuf où les oiseaux rentrent en haut de l’éden. L’œuf où les hommes aussi vont se réfugier en sortant de l’eau en haut du jardin. L’œuf blanc de l’enfer enfin, seul endroit où l’on peut échapper à la folie environnante des hommes et où l’on peut encore boire des bières et parler entre amis, autour de la table, et contempler dubitatif les ravages de la folie de l’homme vêtu, en armure comme en habit religieux, et des animaux qu’ils a dressés pour l’aider à accomplir ses méfaits et qui se retournent parfois contre lui (les chiens dévorant le soldat)…

        « Bosch ne cherche pas tant à donner un message qu’à tenter de discuter avec nous »
        Je crois même qu’il cherche à discuter prioritairement avec ses frères humains qui après lui vivront… Comme Beethoven justifiait l’écriture de ses sonates pour ceux qui viendront après lui et non pour ses contemporains qui ne les avaient pas comprises, JB s’adresse à nous plus qu’à ses contemporains. Et c’est ce que les surréalistes ont bien compris : Dali et Magritte particulièrement. Nous en reparlerons…

      • cieljyoti dit :

        tout à fait passionnant de vous lire. cela me fait penser à cette phrase : voir, c’est être au moins deux. vraiment un échange très enrichissant et j’attends avec impatience la suite de vos commentaires

  9. BERNARD dit :

    L’éden impose les diagonales (éléphant – Eve et girafe – Adam, arbres de vie et de la connaissance, etc), la verticale (fontaine et Jésus) et la symétrie verticale (Adam et Eve, éléphant et girafe, etc…).

    Le JD c’est trois triangles divins (DE = 1.6 BC = 1.6 CE) superposés et alternés haut et bas.
    Mais c’est aussi une diagonale reliant les cerises de trois oiseaux « nourrisseurs des hommes » attendant la becquée. Si on trace un droite sur la cerise de l’oiseau du milieu alors on partage le triptyque (ligne rouge horizontale) selon le nombre d’or (AB rouge = 1.6 BC rouge). Ligne qui par hasard (vous avez dit hasard ?) passe au-dessus de la tête de nos deux amis hiboux (choux, cailloux…) ouest – est du JD.
    Cette disposition permet de construire une symétrie complexe, comme tout ce qui vit, et qui se substitue à une rigueur trop mathématique, trop rectiligne, comme celle de l’éden. Le monde créé par moi JB est plus complexe et plus vrai que celui créé par dieu et son fils…
    Le compas peut aussi être utilisé pour créer un arc de cercle ayant comme centre les deux pointes des deux premiers triangles et comme rayon BC = CE = etc et un autre rayon plus petit incluant les deux points d’eau. On voit alors que le haut du JD s’inscrit dans deux portions de cercles concentriques (marqués au crayon sur croquis) qui concourent à casser encore un peu plus la triangularité du JD en lui adjoignant ces formes circulaires… Qui deviennent ainsi un oeil qui nous regarde… Tous les deux…

    Bon comme je ne suis pas sûr d’être très clair dans mon propos et comme un petit croquis vaut mieux qu’un long discours…
    Vous trouverez les images qui vont bien à l’adresse suivante.
    https://picasaweb.google.com/113221874579943423519/JDJB21111?authkey=Gv1sRgCLz3huPSyceergE#5670400513989486098

    N’hésitez pas à me poser des questions si je que j’ai écrit ne vous apparaît pas clairement. Ce qui ne serait pas surprenant, car je n’ai pas été aussi clair que JB dans son architecture…

    • cieljyoti dit :

      effectivement, un peu compliqué toutes ces lignes, mais vous raison, rien ne vient jamais par hasard et ces lignes que vous décrivez sont sûrement très réelles. après tout, être un peintre, et un peintre de la qualité de Bosch, c’est faire des lignes capables de concentrer ce qu’il a à nous dire. étant assez nulle dans ce côté mathématique, je n’insiste pas trop sur ces questions, mais je suis consciente de leur importance et vous avez raison d’en souligner l’aspect. j’avais parlé de l’aspect possible du mandala dans cette œuvre, ce que vous confirmez. qu’en pensez-vous ? vraiment, vous m’offrez un véritable commentaire venant parfaitement approfondir mon petit texte. merci donc encore une fois pour tout ce que vous m’apportez.

  10. BERNARD dit :

    J’aimerais que vous me précisiez « l’aspect possible du Mandala » comme vous le sentez, car je suis sûr que vous devez m’apporter un éclairage opportun, compte tenu de ce que je lis de vous par ailleurs.

    Je comprends votre manque d’intérêt pour la « mathématique » mais cette époque du début du XVI è est férue de sciences, de lignes, de cercles, d’ellipses, de nombre d’or, de triangle divin, repris de Vitruve et d’autres. Et aussi de mystique, d’alchimie, de secrets, etc.

    Je vais tenter d’illustrer mon propos par l’ellipse dans le jardin. Chacun des quatre tableaux
    possède son ellipse. Voir ici les premières lignes pour la définition de l’ellipse sur wikipédia.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ellipse_%28math%C3%A9matiques%29#Tracer_une_ellipse

    La création nous montre la terre « elliptique » inscrite dans une sphère. Elle nous donne à voir la terre depuis un point situé environ à 45 % du sol.

    L’éden a son ellipse en bas où s’ébattent toutes sortes de créature bizarres, du canard lecteur, à la licorne noire, au poisson prêt à s’envoler… Nous sommes toujours à la même hauteur mais plus près.

    L’ellipse du jardin est remplie des jolies nymphes noires et blanches qui s’y baignent et s’y embrassent. Nous nous éloignons, l’angle se ferme…

    L’enfer enfin nous donne à deviner l’ellipse en haut, par la lumière de l’incendie, là où passent la soldatesque cavalière sur le pont. Elle est incomplète, imparfaite, suggérée. Et bien sûr l’endroit où l’oiseau dévore et défèque ses créatures n’est pas une ellipse mais un cercle vu en perspective cavalière… Ce qui est autre chose.

    Une phrase de Klee sur le sujet : « Dans l’œuvre d ‘art, des chemins sont ménagés à cet œil du spectateur en train d’explorer comme un animal pâture une prairie. »

    J’attends vos impressions du Mandala et vos remarques sur les ellipses, si elles vous ont « interpelées » ?

    • cieljyoti dit :

      dans la tradition bouddhiste, le mandala est un dessin aux formes géométriques en forme de labyrinthe. un nouvel initié reçoit son propre mandala, ses variations sont infinies, dont il doit suivre le cheminement pour s’y confronter avec tout ce qui freine sa vie spirituelle. pour cela, son maître lui attribue un compagnon bien étrange, un démon, pas n’importe lequel, celui qui est en lui selon son tempérament. prenons l’exemple d’un moine avare, son démon sera donc l’avarice qui devient son guide le prenant par la main pour le guider ou le perdre dans le labyrinthe. pourquoi un démon ? tout simplement parce qu’il est le mieux approprié pour nous entrainer dans notre intériorité vraie et non idéalisée. à ce stade se croire au-dessus des contingences de l’existence est une illusion. le mandala devient un parcours initiatique parsemé d’embûches que l’adepte doit surmonter pas à pas sous peine de se perdre à tout jamais dans ses méandres. en revanche, ce qu’il dépasse, le renforce lui permettant d’avancer chaque fois avec plus d’assurance jusqu’à la libération finale, l’illumination demande plusieurs années.

      quand on entre dans une œuvre de Bosch, je trouve que c’est un peu la même chose, on se trouve prise dans un cheminement que l’on doit suivre à ses risques et périls. je me suis dite que même dans le jardin d’Eden, il y a comme des dangers cachés, non des dangers en soi, mais des errements venant de celui qui s’y promène alors que, finalement, dans l’enfer, on se sent presque rassurée de trouver ce que l’on connait ce qui est en accord avec le principe du mandala où tout devient danger ou non selon la façon dont on s’y engage. comme vous, je vois toute l’œuvre de Bosch comme un parcours initiatique basé sur une mystique peut-être de type rhénane ?

      dans le mandala, la structure géométrique n’est jamais due au hasard et répond à une mathématique très précise. ce que vous dites de l’ellipse me parait donc essentiel et je crois, effectivement, qu’il faut en passer par là pour entrer dans l’œuvre. j’attends donc avec impatience la suite de votre commentaire

      • BERNARD dit :

        Comme vous l’écriviez « voir c’est être au moins deux » et sachez que vous m’enrichissez beaucoup de vos remarque et particulièrement de ces dernières, car elles montrent comment vous saisissez bien le dialogue que JD veut entretenir avec nous.

        Vous aviez déjà écrit dans votre présentation « Alors qu’il y a dans l’Éden le mal du monde, il y a dans l’enfer, le bien qui permet d’en échapper. Le diable à tête de rapace en bas à gauche avale des humains qui renaissent sous forme de défécation, les corps blancs sont intacts, une nouvelle personnalité. ». Vos propos sur le mandala et les exemples retenus précisent votre pensée ET le regard sur le JD.

        Je suis membre des amis du musée Guimet depuis bien longtemps et en octobre dernier j’ai découvert, pendant que je préparais des conférences sur le JD de JB, « Le Livre Rouge » de Carl Gustav Jung. Les choses n’arrivent jamais par hasard. La lecture du Livre Rouge éclaira d’une nouvelle lumière ma lecture du JD. Comme votre œil aujourd’hui m’apportent d ‘autres éclairages, voulus certainement par le génial Jérôme pour ses spectateurs choisis. Je vous raconterai prochainement comment votre texte sur Bosch m’est arrivé quelques heures après que vous l’ayez mis en ligne…

        Je vous mets ci-après une interview de l’éditeur du LR et l’adresse du site officiel du document. Vous verrez à la lecture de ces documents pourquoi je vous en parle ici et maintenant, après votre présentation du mandala…

        http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-livre-rouge-de-jung-raconte-une-descente-aux-enfers_1038826.html

        http://www.cgjung.net/livrerouge/index.htm

        Pour compléter et parce que je suis certain, que vous, métisse franco-chinoise vivant à Hong Kong, (si j’ai bien lu d’autres endroits de votre blog?) serez sensible à cet ouvrage je me permets de vous joindre quelques passages du livre choisis pour la circonstance, c’est-à-dire pour vous et qui soit « en accord avec le principe du mandala où tout devient danger ou non selon la façon dont on s’y engage ». Car l’enfer de Bosch c’est exactement ça ! De « même que dans le jardin d’Eden, il y a comme des dangers cachés ». Faut-il rappeler que Dante et Virgile font leur voyage dans le sens enfer, purgatoire et paradis… Entre mort et résurrection.

        Écoutons donc Jung.

        « Le Diable sait ce qui est beau, voilà pourquoi il est l’ombre du beau et le suit partout, attendant l’instant où la beauté, se tordant dans les douleurs de l’enfantement, aimerait donner la vie à Dieu. »

        « Mais pourquoi mon âme n’a-t-elle pas arraché l’œil du mal ? Le mal a de nombreux yeux et s’il elle l’avait fait, elle aurait entièrement succombé au mal… Le méchant est sacré. »

        « Nous seul faisons grand bruit autour de la mort – de quel droit ? »

        « N’appelle pas au secours lorsque les morts t’entourent, sinon les vivants te fuiront, eux qui pourtant sont ton unique passerelle vers le jour. Vis ta vie du jour et ne parle pas de ces mystères, mais consacre la nuit aux morts pour leur salut »

        « Ainsi tu te libères de la vieille malédiction et de la connaissance du bien et du mal ? Parce que, conformément à ta conviction la plus profonde, tu séparais le bien du mal et tu n’aspirais qu’au bien, et que tu reniais et n’assumais pas le mal que tu fais malgré tout, tes racines cessèrent d’absorber la nourriture des profondeurs et ton arbre tomba malade et se dessécha. »

        « Seul celui qui connaît l’erreur la plus noire sait ce qu’est la lumière »

        « Le Christ a surmonté le monde en assumant la souffrance du monde. Le Bouddha a surmonté la jouissance et la souffrance du monde, en faisant fi de la souffrance et de la jouissance… Il est intact et intangible »

        « La souffrance de l’humanité est sans fin, car sa vie est sans fin, car il n’y a pas de fin si personne ne voit qu’il y a une fin. »

        « Voilà pourquoi tu cherches des limites et des limitations, afin de ne pas te perdre en titubant dans l’infini. »

        Il me semble que ces quelques extraits choisis pour la circonstance donnent un aperçu du lien entre le JD et le livre rouge…

        Et puis pour finir, car j’ai peur d’être un peu long aujourd’hui, (mais ce n’est pas moi qui parle mais Jung alors ça le mérite!) je vous joins le dernier mandala peint par Jung, que l’on trouve dans le LR. Excusez la qualité des photos pas vraiment bonne mais lisibles quand même.
        https://picasaweb.google.com/113221874579943423519/Jung?authkey=Gv1sRgCKrVjvLUyZX7gwE

        Bonne journée et à vous lire.

      • cieljyoti dit :

        avant tout, merci infiniment pour me faire connaître ce livre de Jung que je vais m’empresser d’acquérir. il m’a l’air tout à fait passionnant d’après les extraits que vous en donnez.

        une chose d’abord qui me surprend toujours. l’herbe du voisin est toujours plus verte que la nôtre comme dit le proverbe. cette fascination occidentale pour Bouddha a sa contrepartie chinoise, japonaise, coréenne, etc., dans la fascination chrétienne. les catholiques actuels ont une vision très différente du christianisme parce qu’ils en ont la vision immédiate et concrète d’un monde voué aux richesses temporelles. les bouddhistes sont pareils. le bouddhisme, c’est aussi de gros moines imbus d’eux-mêmes roulant en grosses voitures noires et vivants dans des endroits luxueux. d’où l’intérêt de nombreux jeunes vers le christianisme dont ils ont une vision par la lecture du Nouveau Testament, de même que les occidentaux ont une vision du Bouddhisme par les textes fondateurs. tout ce que perd le catholicisme en Europe, il le gagne en Orient et réciproquement. je pense que chaque religion a ses effets pervers, mais que ses fondements sont envoûtants. que peut-on écrire de mieux que les paraboles du Christ ? s’intéresser au bouddhisme, au taoïsme ou à toute autre religion orientale est important, mais dangereux si on perd de vue la source de sa foi et de sa culture, je crois.

        d’autre part, le rôle de la sexualité dans le bouddhisme est intéressant. la sexualité y est vue comme une espèce de combat (pacifique) entre l’homme et la femme où l’homme doit lutter de toutes ses forces pour surmonter la tendance supposée de la femme à vouloir absorber, voir tuer, l’homme en lui « volant son sperme ». en tant que femme, je suis toujours surprise d’apprendre qu’une femme veut « absorber ou tuer » un homme, mais bon, cela fait sans doute partie de l’imagerie masculine ? un mystique bouddhiste ou hindou doit donc avoir des relations sexuelles, mais sans succomber à son plaisir (sans lâcher son sperme) afin d’utiliser cette énergie pour son élévation spirituelle. quand j’ai plongé dans le jardin des délices, j’ai tout de suite pensé à cette conception du bouddhisme en me demandant s’il n’y avait pas un rapport étroit entre deux conceptions pourtant apparemment très éloignées ?

        la condamnation du sexe par l’église est finalement une solution de facilité, une politique de l’autruche tentant de nier la vie au lieu de l’affronter. d’autre part, pour le bouddhisme, et là est peut-être une de ses conceptions les plus passionnantes, le mal n’est jamais extérieur à nous, mais toujours intérieur. pour simplifier, je dirais, Hitler, c’est moi, vous, nous et non un hypothétique autre malveillant, surtout pas moi, vous, nous ! cette responsabilisation du mal me parait autrement plus riche que l’idée d’un diable accumulant toute la méchanceté du monde à laquelle succomberaient certains dont il ne serait pas ainsi responsable. nous sommes responsables de ce qui nous arrive, n’est-ce pas là une des leçon de Bosch ? qu’en pensez-vous ?

        très belle journée à vous

  11. BERNARD dit :

    « nous sommes responsables de ce qui nous arrive, n’est-ce pas là une des leçon de Bosch ? »

    J’oserais même écrire que nous ne sommes responsables que de cela… Imaginez Jésus, par exemple, le Jésus de l’éden de JB, et supposez qu’il fasse lui aussi son œdipe et qu’il refuse le sacrifice imposé par le père, car enfin rien ne le disposait à mourir dans les conditions imposées par un père, osons le mot, et je suis père, inhumain… Il tue le père, c’est-à-dire qu’il refuse son sacrifice pour assumer la souffrance du monde. Il a bien le droit cet homme, non ? D’ailleurs vous aurez remarqué que JB nous met Jésus en relation avec Adam et Ève, ce qui est, pour le moins, anachronique si je me réfère aux textes…

    Et maintenant osons imaginer le dialogue entre Jésus et Eve, qu’il tient si délicatement par la main pendant qu’il repousse du pied Adam à l’air un peu ahuri, comme sarK-O hier devant la pugnacité de François Hollande.

    «  Regardez moi bien dans les yeux, car, en vérité je vous le dis, je vais vous parler du chiffre trois… Papa, le saint esprit et moi, ça c’est pour amuser la galerie et échapper à l’inquisition. Mais trois c’est ici le minéral, le végétal et l’animal et…
    Et nous trois ! Lui répond Eve.
    Tu as raison Eve, c’est aussi nous trois, mais dans le jardin d’à côté c’est aussi trois triangles divins qui indiquent le ciel, l’eau et la terre ou l’inférieur, le moyen et le supérieur, ou l’antérieur, le médian et le postérieur ; mais avant nous c’était déjà logos, éthos, pathos et terre, soleil, lune et sujet, objet, verbe et Brahma, Vishnu, Shiva et naissance, croissance, mort et Bouddha, Dharma, Sangha et passé, présent, futur et souffre, mercure, sel et espérance, foi, charité et apprenti, compagnon, maître et signe, batterie, acclamation, ou les trois coups frappés à la porte du temple, ou les trois coups d’épée, ou les trois voyages, ou les trois lumières, ou les trois acclamations, ou les trois colonnes, ou les trois grades, ou les trois serments… et vision, interprétation, imagination et diviser, partager, distribuer et Y, Heï, Houéï et Yod, Vau, Hé et point, droite, cercle et thèse, antithèse, synthèse et Chéops, Khéphren, Mykérinos et Chichen Itza, Palenque, Monte Alban et Teotihuacan, Cholula, Chiconaquiahuitl et Tajin, Uxmal, Tulum et Melchior, Balthazar, Gaspard et Hochmah, Binah, Képher et Khaos, Erebos, Tartaros et rigueur, miséricorde, équilibre et liberté, égalité, fraternité et

    les trois signes qu’utilisèrent les ancêtres de celui qui s’est caché au-dessus de nous, là où l’arbre de la connaissance prend racine, pour définir les nombres avec lesquels ils inventèrent le calcul bien avant les autres et c’est aussi ce si joli petit triangle où se rejoignent tes si jolies jambes et ton si joli bas ventre que j’aimerais tant caresser, embrasser et pénétrer,
    Moi aussi je voudrais bien que tu viennes caresser, embrasser et pénétrer mon triangle joli pour y semer ta semence qui engendrera l’humanité ; pour tout dire tu me plais mieux que l’autre imbécile vautré là, l’air complètement absent et qui se croit tout juste sorti de la cuisse de Jupiter, et je suis sûr que ta semence sera de meilleure qualité que la sienne et que nos enfants seront bien différents des siens que je vois déjà méchants, jaloux, envieux les uns des autres,
    Alors viens, toi qui est l’origine du monde, viens avec moi engendrer les immortels bienheureux. Et Jésus s’éloigne main dans la main avec Eve.
    Heuh et moi qu’est-ce que je deviens ?
    Toi Adam essaie de compter tes côtes…

    Pour être responsable de ce que je suis et de ce que je fais, j’ai comme livre de chevet un petit opuscule que je vous offre bien volontiers si vous ne le connaissez pas encore : « l’avenir d’une illusion » de Sigmund Freud. Ben oui comme nous étions chez Jung, psy, Suisse et religieux, nous pouvons avoir aussi l’opinion du père : psy, juif et areligieux. La traduction de Marie Bonaparte est de bonne qualité.

    http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/avenir_dune_illusion/t1_avenir_une_illusion/avenir_une_illusion.pdf

    Voilà un peu de ce que je pense. JB est inépuisable comme l’âme humaine. Il invite à la promenade dans l’imaginaire qui tourne autour de la vérité.

    La vérité… Je vous cite – citant les textes – « Ponce Pilate demande à Jésus : « es-tu le roi des Juifs ? » « Tu le dis », lui répond Jésus. Alors les soldats « ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête en lui disant : salut, roi des Juifs ! »

    Voltaire, qui m’accompagne aussi depuis pas mal de temps, traduit ainsi dans son dictionnaire philosophique portatif la même scène..
    « Pilate lui dit alors: « Vous êtes donc roi? » Jésus lui répondit: « Vous dites que je suis roi, c’est pour cela que je suis né et que je suis venu au monde, afin de rendre témoignage à la vérité; tout homme qui est de vérité écoute ma voix. »
    « Pilate lui dit: « Qu’est-ce que vérité? » et ayant dit cela, il sortit, etc. » (Jean, chap. xviii.).
    Il est triste pour le genre humain que Pilate sortît sans attendre la réponse; nous saurions ce que c’est que la vérité. » ajoute ce vieux renard de François Marie…

    Et puis n’oublions pas, contrairement au moine boudhiste et hindou, (et peut-être chrétien) « le pornographe éjacule plus vite que son ombre, l’ombre d’un sexe. Une ombre insatiable, le sexe d’une ombre se fatigue seul. Un pornographe de l’œil, à défaut d’avoir le sexe de l’œil, le sexe voyeur, voir est un plaisir, le plaisir ne sait pas voir. »

    Le plaisir c’est percevoir, interpréter, imaginer et malgré tout éjaculer n’en déplaise aux bigots ! Il m’arrive souvent de pleurer devant un tableau que je découvre…

    Je suis d’un bavard aujourd’hui ce doit être le débat sarK-O HOLLAnde de cette nuit !

    Bonne soirée !

    • cieljyoti dit :

      merci pour ce texte de Freud que je vais m’empresser de lire.

      j’apprécie beaucoup votre discussion sur le chiffre trois qui, comme vous le soulignez très justement, est essentiel pour comprendre cette mystique chrétienne qui anime toute la peinture de Bosch.

      pour une fois, je ne vais pas vous répondre dans l’immédiat afin d’éviter toute redite puisque dimanche je publie l’article sur Botticelli où je défens le chiffre quatre (en fait, cinq dans la mentalité chinoise), le chiffre de la totalité dans l’univers païen, puisque je vois dans Botticelli, certes avec une forme très différente, un mystique de la veine d’un Bosch.

      rarement commentaires comme les vôtres m’auront été aussi précieux et je ne vous en remercierais jamais assez et j’espère du fond du cœur que nous allons continuer cette passionnante conversation une fois que j’aurai fait un peu le point sur mes idées

      très belle soirée à vous

  12. Juliette dit :

    Avant de partir comme une voleuse avec tous les renseignements que vous m’avez apportés, je voulais vous remercier pour ces grands conseils ; j’étais venue par curiosité trouver la symbolique des chouettes dans cette œuvre de Bosch et me voici emplie de connaissance sur le bouddhisme, Freud, la religion catholique et même Dijon !… Merci infiniment !
    Bien sûr, tous ces commentaires méritent un approfondissement (ne serait-ce que pour me renseigner un peu plus sur les personnages et œuvres que vous avez mentionnés ; les seuls que je connais ne me sont tout de même pas familiers, du haut de mes quinze ans, je n’ai pas encore acquéri les connaissances suffisantes). Mais merci encore, vraiment !

    P.S. Un petit air de Barbara dans « Les journées semblent plus belles depuis dimanche soir… » ? elle disait « l’air semble plus léger » dans sa chanson « Regarde » pour l’élection de Mitterrand !…

    • cieljyoti dit :

      vraiment très heureuse d’avoir pu contribuer à vous apporter quelques lumières sur un peintre qui me fascine beaucoup. le personnage de la chouette est réellement très important pour entrer dans son œuvre. il ne s’agit que d’un petit article. je travaille sur un bouquin sur ce peintre où j’essaye d’approfondir, sans pesanteur, tous ces mystères de l’œil. il devrait être prêt dans un ou deux mois, lisible sur un blog consacré exclusivement à Jérôme Bosch. merci pour ce commentaire. je suis une grande fan de Barbara

      • Juliette dit :

        Comment rester indifférent face à un tel peintre, une telle œuvre ? La fascination, oui, c’est exactement cela.
        Ce livre semble passionnant, rien qu’à cette description. Si cet article est « petit », comme vous le dites, je n’ose imaginer votre ouvrage ! Une merveille, de toute évidence. Quel est ce blog ?
        Oh fan de Barbara en plus de cela ! formidable !

      • cieljyoti dit :

        c’est très gentil, Juliette, merci beaucoup. si vous avez un compte twitter, nous pouvons rester en contact par ce moyen et je vous préviendrai dès que je serai en mesure de publier le livre sur un blog. je vois Barbara comme une poétesse de tout premier rang avec une voix envoutante et inoubliable. à très bientôt, j’espère

      • Juliette dit :

        Non, je n’ai malheureusement pas twitter… J’avoue que je n’aime pas trop les réseaux sociaux. J’ai cependant une adresse e-mail et un blog, ce dernier n’ayant aucun rapport avec l’art. Dites-moi ce que vous préférez.
        Oui, une plume raffinée, délicate, qui transperce, mais en douceur. Envoûtante ou déchirante, selon les périodes, effectivement. Avec parfois une pointe d’ironie.
        Bonne soirée à vous.

      • cieljyoti dit :

        je pense que nous pouvons nous tutoyer, après tout je n’ai que 9 ans de plus que toi ! je ne suis pas très réseaux sociaux non plus, mais j’avoue que c’est un tremplin pour se faire connaître et amener de nouveaux lecteurs sur le blog. fais-moi vite connaître ton Blog que je puisse prendre plaisir à le lire, j’en serai très heureuse, j’adore découvrir de nouvelles personnalités, de nouveaux talents. dans l’attente de te lire, je te dis à très bientôt

  13. Jean-Louis dit :

    Puisque l’une et l’autre semblez nourrir pour Barbara une admiration fervente, sachez que Télérama réédite un hors série, plutôt bien fait, qui lui est consacré pour les 15 ans de sa disparition. http://boutique.telerama.fr/index.php/hors-series/barbara.html
    Un admirateur presque aussi vieux que Barbara à sa disparition…

  14. Juliette dit :

    Merci pour ton commentaire ! Tes mots m’ont fait très plaisir, me touchent vraiment ! Oui, je continuerai d’écrire, j’en ai trop besoin, mais pour ce qui est d’apprécier ce que j’écris, c’est autre chose.

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