La couleur

La couleur est l’alphabet de la lumière. La lumière contient toutes les teintes. La nuance n’existe pas, elle est la traduction de la lumière dans notre cerveau. Avant de saisir ses pinceaux, un peintre doit se construire un langage. Jusqu’au 18è, ce langage est intuitif, basé sur la matière qu’on parvient tant bien que mal à broyer et façonner. De sensation, la lumière devient intellectuelle. À force de toucher de regarder, de gouter, d’écouter, de sentir un objet, il change de teinte. La lumière sert à mettre en éveil nos sens, ce sont eux qui en font la symphonie.

Rubens, L'arc en ciel, 1635

Rubens, L’arc en ciel, 1635

L’art préhistorique utilise principalement l’ocre rouge et le noir avec un peu de jaune et de brun. Reprenant les couleurs naturelles de la terre, d’après Empédocle, la Grèce utilise quatre couleurs, le noir, le blanc, le rouge et le jaune symbolisant les quatre éléments, la terre, l’air, le feu et l’eau. Les Grecs ne voient pas le bleu. Il est impossible d’attribuer une couleur à un élément, chaque élément réunissant plus ou moins toutes les couleurs en lui. Chaque culture a ses couleurs dominantes et s’en fait une idée assez précise. Une conception rudimentaire prouvant combien la couleur est une lente conquête de l’esprit.

Heures d'Henri II, 1550

Heures d’Henri II, 1550

Avec le christianisme, le jaune, le rouge et le noir symbolisent la vie païenne alors que le bleu (couleur divine du ciel), le vert (renouveau de la vie) et le violet (mort du péché) sont les couleurs du sacré. L’azur (bleu intense et lumineux) et l’or deviennent l’apanage des puissants de la terre. Ce que l’humain peine à réaliser, il en fait un dieu. Une impuissance de la matière fait une puissance de l’esprit. C’est de l’impossibilité d’attribuer une couleur à une chose que nait l’art. Le monde des couleurs est crédible, il n’est pas vrai, d’où sa richesse.

Henri Rousseau, Lac Daumesnil, effet d'orage, 1898

Henri Rousseau, Lac Daumesnil, effet d’orage, 1898

Reprenant les thèses classiques d’Aristote revues et corrigées par Lucrèce, Léon Battista Alberti, dans le De pictura de 1436 dit : « les véritables couleurs sont au nombre de quatre comme les éléments. La couleur du feu, le rouge, de l’air, bleu, de l’eau, le vert et de la terre, le beige et le cendré. » Il y a donc quatre couleurs fondamentales, rouge, bleu, vert et jaune, à partir desquelles toutes les autres découlent. La couleur est perçue par la confrontation des éléments entre eux. Léonard de Vinci rêve de trouver une théorie de la couleur équivalente à celle de la perspective, sans succès. Il a du mal à discerner les couleurs fondamentales qu’il voit tantôt au nombre de huit ou de six, blanc, jaune, vert, azur, rouge et noir. Le génie d’un Léonard tient plus dans son indécision que dans ses affirmations. On se fait une idée de la couleur, pas une raison.

Newton décomposant la lumière

Newton décomposant la lumière

Newton, assimilant couleur à lumière, définit sept teintes selon les sept tonalités de la gamme musicale, rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet, telles qu’elles apparaissent à l’œil humain. Le premier cercle chromatique connu vient du peintre français Claude Boutet publiant en 1708 un Traité de la Peinture en Mignature. Ignaz Schiffermüller (1727-1806), entomologiste autrichien, publie en 1772 un cercle des couleurs basé sur quatre couleurs, rouge, bleu, vert et jaune, chacune subdivisée en trois teintes.

Claude Boutet, 7 et 12 couleurs, 1708

Claude Boutet, 7 et 12 couleurs, 1708

Le 19è siècle élabore trois primaires à partir desquelles il est possible d’obtenir toutes les couleurs, rouge, vert et bleu. Par la suite, on distingue la synthèse additive (couleurs transmises à travers la lumière, blanc au milieu), rouge, vert et bleu, de la synthèse soustractive (mélange et superposition de couleurs matérielles pour la peinture, l’imprimerie, la photographie et la télévision, noir au milieu), magenta (rouge), cyan (bleu) et jaune. Les couleurs secondaires sont obtenues en mélangeant deux couleurs primaires. Le rouge et le jaune donnent l’orange, le jaune et le bleu, le vert, et le rouge et le bleu, le violet. Concrètement, le cerveau perçoit deux couleurs dominantes, le rouge, couleur féminine et chthonienne (terre), et le bleu, couleur mâle et uranienne (ciel).

Schiffermueller, Les 12 couleurs, 1772

Schiffermueller, Les 12 couleurs, 1772

Tout dans la couleur est symbolique. L’humain confond ce qu’il perçoit avec ce qu’il croit. Même dans le sentiment le plus aigu, la puissance du réel reste décisive. La logique est une folie nous faisant voir ce qui n’existe que dans notre cervelle. Rien n’est plus subjectif qu’une couleur au même titre qu’un son, une odeur ou un goût. Le chiffre trois rappelle la Sainte Trinité clairement énoncée par le peintre romantique allemand Philipp Otto Runge pour qui les trois couleurs, rouge, jaune et bleu, rappellent l’ordre divin du cosmos. Nous exigeons une seule chose du réel, qu’il soit harmonieux. L’horreur nous oblige à trouver des dissonances plus proches d’un réel nous échappant totalement. Grâce à la maîtrise de la couleur, nous prenons possession du monde.

Delacroix, Chasse au lion, 1861

Delacroix, Chasse au lion, 1861

En 1839, Eugène Chevreul établit la première encyclopédie des couleurs où il recense 14 400 tonalités chromatiques naturelles et synthétiques. Il met au point une théorie des contrastes qui sera appliquée avec passion par Delacroix et d’autres. Une couleur n’existe pas par elle-même, mais en fonction d’une autre. Le Colour Index International, publié pour la première fois en 1925, couvre 9000 pages, un océan de couleurs (en réalité, l’œil ne perçoit pas plus de 200 nuances). S’il existe un engouement pour les nouvelles couleurs synthétiques, un artiste contemporain en utilise assez peu, voire moins qu’au Moyen-âge. Moins de couleurs physiques, mais plus de gradations donnant un relief unique aux œuvres du passé. L’abondance crée un handicap en alourdissant le choix trop vaste de possibilités. La surabondance tue la découverte, surtout son emploi. Plus on cherche longtemps, plus on peaufine le moyen d’utiliser la découverte qu’on réalise. Tout ce qui est immédiat réduit la réflexion à sa plus simple expression. Curieusement, avec la quantité, des couleurs se perdent ou se réduisent à leur forme la plus élémentaire. La quantité s’accompagne de pauvreté.

Titien, Diane et Actéon, 1559

Titien, Diane et Actéon, 1559

La couleur doit-elle colorier la vérité de la géométrie de la perspective ou peut-elle prendre le pas sur le trait en imposant la forme de la lumière dominant tout ce qui est visible ? Le débat est éternel, mais il se pose quand l’œil s’apprivoise de perspective, durant la Renaissance italienne. Il est très difficile de juger de l’impact exact de la couleur dans le monde de l’art puisqu’elle s’est détériorée avec le temps. Des œuvres nous paraissant aujourd’hui ternes et tristes étaient éclatantes de lumière au moment de leur conception. La restauration d’œuvres donne des résultats hallucinants. On s’aperçoit, par exemple, que Titien pouvait utiliser des couleurs criardes, très loin de l’image que l’on peut en avoir avant la restauration. Cet affadissement de la couleur avec le temps a permis la prédominance abusive du trait. La couleur libère le trait.

Soulages, Peinture, 28 décembre 1959

Soulages, Peinture, 28 décembre 1959

Une couleur se voit, s’écoute, se sent, se touche et se goute. Elle se dévore avec l’œil et la bouche. Le vivant ne sait rien faire d’autre pour assimiler que d’avaler. Broyée, calcinée, liquéfiée, mélangée, la couleur est une nature morte. Problème, comment rendre vivant ce qui est mort ? La couleur est une porte d’entrée et de sortie, attraction et répulsion, elle nous fait entrer ou sortir selon sa sensibilité. La couleur est un langage, chacune évoquant en nous un sentiment et un sens. A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert (Voyelles, Rimbaud). Noir cruel, rouge excessif, vert serein, bleu mystique, non une coloration, la couleur de la vie, la vie de la couleur.

Manuel Luque, Rimbaud, les voyelles, 1888

Manuel Luque, Rimbaud, les voyelles, 1888

Il suffit de trouver une couleur pour avoir l’idée de la mélanger à autre chose pour voir ce que cela donne. On teste l’effet, parfois on s’émerveille du résultat. On fait un grand pas dans l’humanité. Les anciens Égyptiens se sont acharnés à trouver des couleurs artistiques grâce à la fusion des métaux. Le bleu égyptien est une merveille pour l’œil que seule une chimie élaborée peut atteindre. Les couleurs se trouvent dans les minerais et les matières organiques, mais leur obtention nécessite un travail long, fastidieux et complexe réservé à l’alchimiste (avant que la chimie ne prenne son envol).

Papyrus Nebamun, Scène de chasse, 1350 avant notre ère

Papyrus Nebamun, Scène de chasse, 1350 avant notre ère

Le teinturier n’a jamais bénéficié d’un statut social privilégié, au contraire, il est marginalisé. Il manie des substances bizarres, odorantes, visqueuses. Ironie du sort, pour réaliser la merveille de la couleur, il faut utiliser les pires déchets d’une matière. La couleur cache la laideur du monde. Le cout d’un équipement complet est hors de prix. Les gens veulent être beaux, ils ne veulent pas savoir de quoi est faite cette beauté. Les odeurs pestilentielles des liquides préparés par le teinturier ne laissent rien présager de bon. Un travail dégoutant et fastidieux, des matières écœurantes, voire dangereuses, un résultat majestueux. Quand la couleur est réussie, le monde veut s’en parer. On oublie tout ce qui vient avant pour ne plus rêver qu’à ce qui vient après. La couleur n’est pas une histoire, une tentation. On admire la couleur qui nous promet le plus. Satan nous tente par la couleur, on ne refuse rien à la couleur qui nous valorise.

La couleur s’obtient par le feu dont la chaleur permet de dissocier les éléments en expulsant les éléments impurs. Il faut des acides. Avant que les alchimistes arabes découvrent l’acide sulfurique et nitrique au 9è siècle, le vinaigre joue ce rôle pour nettoyer la matière. La première fonction de la couleur est une différenciation. C’est par la couleur d’un tissu qu’on reconnait sa qualité, sa cherté, donc le niveau social de celui qui le porte. Dieu n’a pas voulu la couleur pour rendre attrayant le monde, mais pour le hiérarchiser.

Matthias Gerung, Bible d'Otto Heinrich, 1532, La grande prostituée de Babylone

Matthias Gerung, Bible d’Otto Heinrich, 1532, La grande prostituée de Babylone

Si la couleur possède sa matière grâce à la lumière traversant les particules de l’air, elle n’est rien sans la perception adéquate. L’imaginaire s’éduque de coutumes. D’abord paresseux, en s’agrippant à ses rêves, l’imaginaire se renforce, devient audacieux et ne semble plus hésiter là où il n’osait, il y a peu encore, s’égarer. Un muscle gonflé d’oxygène, une âme bouffie de couleurs. La pensée ne connait que le noir et le blanc, en éructant, elle se pare de couleurs, l’astuce pour se rendre présentable.

Cuno Amiet, Paysage de neige, 1904

Cuno Amiet, Paysage de neige, 1904

Pendant des siècles, le seul blanc valable pour son opacité est celui qu’on obtient à l’aide du plomb, la céruse, blanc de Saturne, blanc de plomb ou blanc d’argent. Il est obtenu avec la réaction de l’acide acétique (vinaigre) sur le plomb jusqu’à obtenir de l’acétate se transformant en carbonate de plomb, une mixture toxique. Une réaction très lente nécessitant un mois d’attente. Il remplace le blanc approximatif du mélange de la chaux et de l’os broyé. Il domine jusqu’au 19è siècle. Pareillement, le vert-de-gris est obtenu avec l’action du vinaigre sur le cuivre.

En dehors des théories fumeuses de l’alchimie, son influence première sur la peinture est l’obtention des couleurs. Les peintres obtiennent leurs teintes chez l’apothicaire. Pour le peintre, la couleur n’a rien de magique, le miracle vient après selon son application et son usage. Le rouge, durant tout le Moyen-âge, est pratiquement aussi couteux que l’or. Il marque l’étape ultime de l’alchimie. Mélange de mercure et de soufre, le rouge alchimique est un rouge vermillon légèrement teinté orange.

Rubens, Christ triomphant de la mort, 1618

Rubens, Christ triomphant de la mort, 1618

Hisser la couleur au niveau du trait, le trait au rang de la couleur, élever le tout au-dessus de ce que l’on veut représenter non pour montrer, évoquer une force lointaine proche. Le dragon de la matière première, tintamarre chaotique sur une palette, un potentiel faramineux, explose en éblouissances dont le rayonnement crée l’œuvre. L’alchimie de l’art est une quête de la couleur s’imposant dans l’œuvre pour en révéler chaque recoin. La matière n’existe que dans son ébullition.

Pompée, Rituel d'initiation, rouge cinabre

Pompée, Rituel d’initiation, rouge cinabre

Le rouge est la couleur humaine par excellence puisqu’elle est peu visible dans la nature au contraire du bleu et du vert. On n’y échappe pas. La couleur du sang, la partie vitale du corps, la plus visible dès que l’on se blesse. Le rouge est la couleur de la souffrance. Elle est la couleur du feu, de tout ce qui se transforme face à l’éternité du bleu. C’est la couleur la plus ancienne connue dès lart préhistorique. D’abord à base d’ocre rouge, puis de garance par sa racine et ses rhizomes (spécialité des Flandres au 15è siècle), une couleur alors terne, le rouge trouve ses lettres de noblesse avec le métal, l’oxyde de fer et le sulfure de mercure, rouge cinabre. Le cinabre de Pompée a été merveilleusement conservé à l’abri de la lumière.

Rembrandt, La fiancée juive, 1666, Rouge carmin

Rembrandt, La fiancée juive, 1666, Rouge carmin

Il est également tiré du murex, coquillage rare de Méditerranée, dont on tire la pourpre, rouge violet. La couleur est abandonnée en 1453 après la chute de Constantinople rendant son prix excessif. En 1519, les conquistadors découvrent sur les marchés aztèques le grana cochinilla, Dactylopius coccus, la cochenille, un insecte d’où l’on extrait une magnifique teinture rouge, le cramoisi, le carmin de cochenille qui fait la fortune de l’Espagne. Un rouge vif et durable. Avant même sa fonction symbolique, le colorant rouge est rare, donc précieux. Le symbole s’adapte, il ne fabrique pas.

Matisse, L'atelier rouge, 1911

Matisse, L’atelier rouge, 1911

William Henry Perkin (1838-1907) est l’inventeur du premier colorant synthétique, en 1856, la mauvéine, une solution mauve, pour les tissus. Devant le succès commercial, d’autres chimistes vont se lancer dans la recherche. En 1858, le chimiste allemand August Wilhelm von Hofmann (1818-1892) annonce la création d’un rouge cramoisi. La domination de la cochenille s’effondre. Le rouge de cadmium est un produit de synthèse élaboré à partir du jaune de cadmium avec une pointe de sélénium, chimiquement équivalent au soufre, tout deux découverts en 1817. La couleur de Matisse notamment dans La desserte, harmonie en rouge de 1908 ou L’atelier rouge de 1911.

Matisse, La desserte, harmonie en rouge, 1908

Matisse, La desserte, harmonie en rouge, 1908

Se vêtir de rouge, c’est être prêt à verser son sang pour une noble cause à l’instar de Jésus. Par réaction, pour la Réforme, le rouge devient une couleur immorale. Dans l’Apocalypse, la grande prostituée de Babylone est vêtue de rouge. Le rouge qui était jusque-là une couleur virile devient féminin alors que le bleu devient masculin. En Europe, le rouge reste la couleur de la mariée jusqu’au 19è siècle (il l’est toujours en Chine). Le rouge est un pouvoir et, comme tout pouvoir, il possède ses tabous. Feu rouge, il se passe quelque chose de vital, tout est interdit, feu vert, il ne se passe plus rien, tout est permis. L’espoir, c’est quand on peut avancer quelque part.

Jean-Georges Vibert, Fier comme un paon, 1870

Jean-Georges Vibert, Fier comme un paon, 1870

Le vert symbolise la vivacité de la nature. Il peut subir les pires outrages du temps, il se renouvèle au fil des saisons. Il y a quelque chose d’éternel dans le vert, non l’éternité passive et bébête du bleu ou du blanc, mais selon une puissance intérieure triomphant des pires maux et de la mort tout en étant paisible. Le vert n’est pas agressif comme les autres couleurs, bleu compris quand il s’impose sur les autres. Le vert marquant la victoire du vivant sur la mort, il réapparait grâce à sa nature profonde, non en empiétant sur les autres couleurs. La couleur de la paix, du réconfort et de l’espoir. Une couleur évidente qui a sa place partout. Sur le plan technique, il en va autrement. Le vert est une couleur instable se fixant difficilement. La plupart des anciennes peintures ont perdu leur vert imposant des masses marron noirâtres sur des espaces autrefois verdoyants. Le vert est à la fois tout ce qu’il y a de plus commun et de plus somptueux, notamment pour les vêtements. Le chef-d’œuvre d’Antonio Pollaiolo, Apollon et Daphné de 1485, a perdu tous ses verts.

Antonio Pollaiolo, Apollon et Daphné, 1485

Antonio Pollaiolo, Apollon et Daphné, 1485

La couleur est facilement obtenue, mais elle perdure mal. Les matières végétales, matières vivantes, sont extrêmement sensibles à la lumière. Un cauchemar pour le peintre. Les matières chimiques à base d’oxydation du cuivre sont connues depuis longtemps comme du poison. Le vert est devenu la couleur du démon. Véronèse crée un vert éclatant qui est un vert-de-gris éclairci à l’aide du blanc de plomb et du jaune de plomb. Le mélange du bleu et du jaune n’est connu qu’au 18è siècle. Dans la théorie des quatre éléments prédominante jusqu’à cette époque, le vert n’a pas vraiment sa place, attribut de la terre, non sa détermination.

Véronèse, Vénus et Adonis, 1562

Véronèse, Vénus et Adonis, 1562

Le blanc est une des couleurs les plus anciennes et les plus utilisées. Le blanc est souvent associé à un manque, à un vide, à une peur parce qu’il y a quelque chose d’invisible en lui. Tout ce que l’on ne voit pas ou mal terrorise. Une touche de blanc peut avoir un impact plus décisif que du bleu, du rouge ou du noir. Le blanc rehausse et atténue en même temps, c’est la couleur de l’extrême. Le blanc est le symbole de pureté, ce qui est propre, lavé de tout défaut et vice. Le blanc évoque le désir dans ce qu’il a de noble et de respectable. En réalité, le blanc est très difficile à percevoir. Nous percevons une masse, sa structure nous échappe. Le blanc symbolise un équilibre intérieur, une paix comme le bien le plus précieux à posséder. Le phénomène est vrai aussi pour le noir, une couleur à part entière, mais qu’on ne discerne jamais vraiment.

Diptyque de Wilton, 1399, bleu outremer

Diptyque de Wilton, 1399, bleu outremer

Le bleu, devenu très à la mode durant le Moyen-âge, se fabrique à partir de la guède, une plante avec une tige de 1,5 m de hauteur aux feuilles vertes et lancéolées utilisées pour la teinture. Mettre du bleu, c’est placer le ciel à portée de main. Le bleu a cette caractéristique de passer partout sans se heurter aux autres couleurs, sans évoquer la tristesse du gris. Une couleur idéale évoquant la plénitude. C’est la couleur neutre par excellence. La guède est remplacée au 18è siècle par l’indigo découvert en Inde par les Européens, mais connu en Asie depuis l’Antiquité, dont les feuilles sont macérées dans l’eau.

Fra Angelico, Couronnement de la Vierge, 1435, couronnement du bleu outremer

Fra Angelico, Couronnement de la Vierge, 1435, couronnement du bleu outremer

Le bleu d’outremer est issu d’un long processus à partir du lapis-lazuli, une pierre semi-précieuse se trouvant en Orient. Son usage se répand au 14è siècle, mais il est cher. Sinon le bleu est tiré de l’azurite, une pierre moins couteuse, néanmoins onéreuse. Finement broyée, l’azurite donne un bleu pâle légèrement vert. L’indigo est un bleu foncé proche du violet qu’il convient d’éclaircir avec du blanc. Le folium ou tournesol tiré de la maurelle, ou croton des teinturiers, Crozophora tinctoria, donne un bleu violet. Le bleu de cobalt inventé en 1802 ne contenant ni rouge, ni vert devient la référence du bleu. Il devient le bleu de l’impressionnisme qui en raffole. Malgré son coût élevé, il démocratise le bleu, non plus la couleur du ciel, une couleur de la vie.

Matisse, Portrait à la raie verte, 1905

Matisse, Portrait à la raie verte, 1905

Face au prestige de l’or, le jaune est peu utilisé durant le Moyen-âge. Les pigments jaunes, notamment en broyant de l’orpiment, sont utilisés pour la dorure des parchemins. Sinon la manière la plus simple de faire du jaune est réalisée à l’aide du réséda des teinturiers Reseda luteola, dont le défaut est de se décolorer assez vite à l’air libre. Le jaune le plus employé vient du safran, Crocus savitus, donnant un jaune vif qui, mélangé à de l’azurite ou du vert-de-gris (oxydation du cuivre) donne un vert vibrant, très utile pour peindre de l’herbe. Le jaune est un usurpateur, il fait croire qu’il est or ou soleil, il révèle vite ses faiblesses, on se sent trahi avec lui.

Klimt, Portrait d'Adele Bloch-Bauer, 1907

Klimt, Portrait d’Adele Bloch-Bauer, 1907

L’huile liant les pigments entre eux est appelée siccative. Elle est réalisée à base de lin, de noix et de pavot, un mélange soigneusement raffiné. Elle est connue au moins dès l’époque grecque. Van Eyck semble être le premier à comprendre que l’huile permet d’obtenir des couleurs plus riches et subtiles. Les couleurs ne sont rien si elles ne sont pas liées. On existe par le lien nous unissant à autre chose. Les pigments mélangés grâce à l’huile interagissent entre eux, permettant des variations plus vastes. Les couleurs ne sont plus aussi vives, mais plus vivantes.

Van Gogh, La sieste, 1889

Van Gogh, La sieste, 1889

Quand l’art compte pour sa valeur, l’importance échoit aux matériaux les plus coûteux. Quand l’artiste prend le pas sur son œuvre en créant un style admiré, le matériau devient secondaire. Quand l’artiste domine, il veut un matériau capable de se plier à sa volonté, pas le contraire. L’important n’est plus tant la couleur que l’usage qu’il en a et plus elle est variée, meilleure elle est. Ce qui fascine les peintres du Nord en Italie, ce ne sont pas les hommes, mais les matériaux qui leur sont accessibles grâce aux marchands commerçants avec les Arabes et l’Asie. Découvrir une nouvelle couleur équivaut à étendre la palette de sa personnalité, à exprimer plus.

Bellini, Prédication de Saint Marc, 1492

Bellini, Prédication de Saint Marc, 1492

Antonello de Messine et Giovanni Bellini introduisent la peinture à huile à Venise dans les années 1470. Titien, l’élève de Bellini, se désintéresse de l’espace au profit de la couleur qui devient un syllabaire de l’émotion. Aucune théorie ni méthode, un souffle faisant oublier ce que l’on voit au profit d’une puissante impression. Non seulement Titien utilise toutes les couleurs connues de son époque, mais il en applique l’étendue des variations possibles. Avec Titien, la peinture entre dans la modernité de la couleur.

Titien, Bacchus et Ariane, 1523

Titien, Bacchus et Ariane, 1523

Le support également est déterminant. La peinture sur bois nécessite de nombreuses couches inférieures pour éviter que la couleur ne soit absorbée. La toile est un apport essentiel dans l’art de la peinture. Elle est connue dès les premières années du 15è siècle, mais son usage est lent. Les Vénitiens l’adoptent dès 1440. Botticelli réalise la première grande œuvre sur toile en 1485 avec la Naissance de Vénus. Les éléments se libèrent dans un labyrinthe de nuances.

Botticelli, La naissance de Vénus, 1485

Botticelli, La naissance de Vénus, 1485

Dans la solitude effrénée d’un créateur, le trait et la couleur sont plus que de la matière, des compagnons avec lesquels s’instaure un épuisant dialogue dont nul ne sait qui doit sortir triomphant. Les artistes utilisent des instruments qu’ils peaufinent à souhait grâce à une technique parfois éblouissante. Mais tout n’est que matière. Les grands artistes n’ont pas d’instruments, ils ont les doigts de leur âme. Ils se jettent comme des fous sur leurs œuvres, tout est esprit. Titien lui-même avait la réputation à la fin de sa vie de peindre avec ses doigts.

Manet, Monet et sa femme dans son studio flottant, 1874

Manet, Monet et sa femme dans son studio flottant, 1874

La chimie vient bouleverser le sens de la couleur en accroissant considérablement la palette. Elle devient transportable à partir de 1841 grâce à l’invention du tube de métal souple, l’étain, remplaçant les vessies de porc pour une meilleure conservation. Désormais la peinture peut sortir, prendre l’air, se confronter à la lumière naturelle, faire sa révolution. Si la couleur devient accessible, elle reste chère, donc mesurée. De la vingtaine de couleurs disponibles, une douzaine sont synthétiques : le jaune de chrome, le jaune citron (chromate de baryum), le jaune de cadmium, l’orange de chrome, le vert de Scheele, le vert émeraude, le vert Guillet, le vert de chrome, le bleu céruléen, le bleu de cobalt, l’outremer artificiel et le blanc de zinc.

Frederick Church, Aurore boréale, 1865

Frederick Church, Aurore boréale, 1865

Ce qui est disponible ne peut avoir le même intérêt que ce qui ne l’est pas. Posséder plus de couleurs est une infirmité, plus il y en a, plus il faut être critique et savoir les mélanger. Aucun peintre ne peut accepter la couleur telle qu’on la lui fournit. Il lui faut impérativement trouver les siennes pour être sûr de se démarquer de son voisin. Le temps est loin où une riche couleur est montrée telle quelle pour révéler la magnificence d’une peinture. Désormais, la peinture n’a d’intérêt que si elle est originale. La palette devient plus importante que le tableau lui-même qui n’est qu’une conséquence. La matière trouve sa domination.

Turner, Scarlet Sunset, 1840

Turner, Scarlet Sunset, 1840

L’impressionnisme est la seule issue possible dans le monde de la matière. L’impressionnisme est le coup de force de l’esprit sur la matière. Non plus créer une évocation de l’esprit par un dessin suggestif et des couleurs appropriées, mais créer avec la seule force dont l’artiste dispose, l’énergie de l’esprit. Non pas peindre les choses et les gens, mais leur dynamisme. Non ce qu’ils paraissent, ni ce qu’ils sont, mais ce qu’ils deviennent sous l’effet de la force qui fait tout mouvoir. La saisir, s’y accrocher et la suivre. C’est ce que font les grands peintres. Au 19è siècle, cette puissance explose en gerbe de lumières ténébreuses sous les géniaux coups d’âme de Van Gogh. Après des siècles de dépréciation, le jaune trouve ses lettres de noblesse. Il est vrai, désormais, le jaune fait partie des couleurs primaires. Malheureusement, les Tournesols de 1888 destinés à illuminer la chambre de Gauguin utilisant du jaune de chrome a perdu, avec le temps, son éclat originel.

Van Gogh, Tournesols, 1889

Van Gogh, Tournesols, 1889

Chaque couleur a son extase. Un peintre utilise plusieurs couleurs, mais il se ramène constamment à quelques-unes, celles qui provoquent quelque chose en lui. Il faut explorer les couleurs pour en saisir la force. Certains tableaux ne sont réalisés que dans ce seul but. L’apparence est attendue, mais, à mieux fouiller, on s’aperçoit qu’il existe une obsession de couleur poussée dans ses extrêmes. Ce que l’on voit n’offre que peu d’intérêt. La couleur est une banalité nous cernant de toutes parts. Elle n’a aucun sens, juste une façon de voir les choses. Une fois placée dans un tableau, la couleur devient magique. Les couleurs ne sont pas subjectives, elles sont notre subjectivité, ce sont elles qui permettent à notre intériorité d’exister au grand jour sans avoir à montrer sa nudité. Mieux, nous faisons de la couleur notre nudité.

Gauguin, Autoportrait, 1889

Gauguin, Autoportrait, 1889

La couleur est le vêtement de l’âme et, comme tout vêtement, il répond à une mode, un consensus approximatif. Parce que la couleur est une éducation, tout le monde la voit pareil à un moment donné et différemment à un autre moment. La couleur change sans cesse d’apparence que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur. La couleur n’est jamais définitive. Une poésie cherchant sans fin ses mots, sa tonalité et ses teintes. Elle est insuffisante.

Paul Signac, Femme à l'ombrelle, 1893

Paul Signac, Femme à l’ombrelle, 1893

La couleur est une farce païenne tempérée par le trait raisonnable et janséniste. Pendant la plus grande part de son existence, la peinture a dû lutter contre les tentations de la couleur l’enserrant dans la rigueur du dessin, l’objet à représenter devant dominer l’idée que l’on s’en fait. À la fin du 19è siècle, le trait commence à rendre grâce au profit de couleurs que l’on n’avait jamais perçues. La couleur trouve son indépendance, elle acquiert un sens, elle devient le sens de l’œuvre. La peinture n’est plus le support de la couleur, la couleur porte la peinture.

De l’ascèse au déluge en passant par l’obsession, la couleur n’existe pas par elle-même, par ce qui la fabrique et la met en œuvre. Elle évoque un combat impitoyable contre une matière sauvage et une âme disciplinée, sage, un esprit révolté refusant l’objet immobile, rivé à sa place. Le noir fait surgir la puissance se terrant en tout ce qui existe, le blanc l’exulte, le rouge fait couler son sang, le bleu enflamme son désir, le vert la fait revivre. Ce que l’on croit immuable change de couleur. Une débauche de vies s’empiétant, se bousculant, s’envahissant, les unes prenant la place des autres, éruption sans fin. La couleur exalte la fureur d’un monde en perpétuel devenir, le féroce affrontement des éléments, pour s’exhaler dans la superbe d’un triomphe. La conquête du monde par l’esprit, un fauve dévorant tout ce qu’il touche.

Turner, Norham Castle, 1840

Turner, Norham Castle, 1840

Un coloriage de touches pour leur brillance ou leur matité. La couleur n’a d’autre sens que celui que nous lui prêtons. L’art est porte ouverte à toute expérience sans jamais parvenir au bout de quoi que ce soit. On s’adapte cahin-caha à la couleur. On fabrique ses nuances, on les utilise comme on fabrique sa vie en découvrant peu à peu ce que l’on est, en améliorant ce que l’on peut. Une subjectivité absolue. L’art n’est pas une avenue, un cul-de-sac. On peut suivre la voie tracée par un phare, vient un jour où cette lumière s’épuise d’elle-même, sombrant dans la fadeur la plus épouvantable, jusqu’à retrouver la lumière chaleureuse d’un autre phare. L’art est une impasse. Mais c’est dans une impasse que l’on trouve le sens de notre existence, celui d’un passage.

Comments
20 Responses to “La couleur”
  1. Oussama Muse dit :

    Ciel, jyoti, coule heures dare-d’arts en ne faisant que passer du bon temps et tu ne connaîtras alors que de bonne heure !

  2. Consuelo Morin dit :

    Il existe une infinité de systèmes RVB (la dénomination internationale étant RGB pour Red, Green, Blue). Ceux-ci dépendent du choix de la teinte , caractérisée par la longueur d’onde, et de la saturation (pureté) de chaque composante. Dans le diagramme de chrominance (x,y) du système CIE xyY , les trois points R, V, B correspondants définissent un gamut triangulaire. Seuls les couleurs situées dans ce triangle peuvent être reconstituées à partir des trois couleurs primaires choisies. Un système RVB ne peut donc pas décrire toutes les couleurs visibles par l’œil humain. Plus précisément il peut faire apparaître toutes les teintes mais pas toutes les saturations .

    • cieljyoti dit :

      désolée de ma réponse tardive, votre commentaire était dans les indésirables, pourtant il est plus que désirable en apportant une précision très utile à l’article. merci beaucoup pour l’explication

  3. Jean-Louis dit :

    J’ai déjà écrit ici ce que je pense de ces phrases courtes si percutantes. Elles sont là bien sûr :

    « La lumière sert à mettre en éveil nos sens, ce sont eux qui en font la symphonie.

    Le monde des couleurs est crédible, il n’est pas vrai, d’où sa richesse.

    L’humain confond ce qu’il perçoit avec ce qu’il croit.

    Dieu n’a pas voulu la couleur pour rendre attrayant le monde, mais pour le hiérarchiser…  »

    Mais ici il y a plus. Le texte tient de l’encyclopédie et la qualité de la reproduction des tableaux est proprement époustouflante… Bravo vraiment.

    Anecdote : j’ai vu à Strasbourg vers 2005 un tableau d’Aurélie Nemours fait de milliers de points noirs sur fond blanc. Quand tu le regardais à la bonne distance il était en couleur façon Newton…

  4. Jean-Louis dit :

    Ah j’allais oublier une photo lumière dont je suis assez content…
    https://picasaweb.google.com/113221874579943423519/RetourBievres#5854875768376209938

  5. Jacques Lam dit :

    encore un sujet difficile traité avec brio. je regrette seulement qu’il n’y ait pas un développement plus fouillé sur la symbolique des couleurs, mais je sais que dans le cadre d’un article, cela vous aurait entrainé trop loin.

  6. Sherlock7 dit :

    mille sabords, j’en vois de toutes les couleurs et je vous en remercie

  7. Brain Haynes dit :

    Sur les premières œuvres d’ art rupestre , on remarque la recherche des couleurs. Elles sont initialement créées avec des pigments uniques tel que l’ ocre ou la suie . Mais les pigments sont mélangés pour créer d’autres couleurs. Certains mélanges de pigments permettent d’obtenir des couleurs bien plus variées que d’autres. On découvre qu’à partir de rouge, de bleu et de vert, on peut obtenir la plupart des couleurs.

  8. Bert Burton dit :

    Il existe une infinité de systèmes RVB (la dénomination internationale étant RGB pour Red, Green, Blue). Ceux-ci dépendent du choix de la teinte , caractérisée par la longueur d’onde, et de la saturation (pureté) de chaque composante. Dans le diagramme de chrominance (x,y) du système CIE xyY , les trois points R, V, B correspondants définissent un gamut triangulaire. Seuls les couleurs situées dans ce triangle peuvent être reconstituées à partir des trois couleurs primaires choisies. Un système RVB ne peut donc pas décrire toutes les couleurs visibles par l’œil humain. Plus précisément il peut faire apparaître toutes les teintes mais pas toutes les saturations .

  9. martina dit :

    Questo e’ il blog giusto per tutti coloro che vogliono capire qualcosa su questo argomento. Trovo quasi difficile discutere con te (cosa che io in realta’ vorrei… haha). Avete sicuramente dato nuova vita a un tema di cui si e’ parlato per anni. Grandi cose, semplicemente fantastico!

  10. Nous vivons notre vie en couleurs. La nature qui nous entoure nous les offres toutes, dans toutes les nuances jusqu’à celles de l’arc-en-ciel. Les couleurs influencent notre moral et agissent sur notre corps. Elles ont des vertus curatives. Grâce à la chromothérapie et à la luminothérapie il est possible de soigner non seulement le corps mais aussi l’esprit. La méthode la plus répandue est le soin à travers les centres d’énergie appelés chakras . Les couleurs nous inspirent pour exprimer nos sentiments, il est très courant de voir la vie en rose, broyer du noir, être rouge de colère… Utilisées dans la décoration elles nous permettent également de créer une ambiance dans laquelle nous nous sentons en harmonie, elles revêtent une grande importance dans le feng shui .

    • cieljyoti dit :

      ce qui est intéressant de noter est que ce système de couleurs est moderne, les anciens ne voyaient pas ces couleurs et ne s’en portaient pas plus mal. la couleur est donc sûrement une question de culture, c’est ce que j’ai essayé de montrer

  11. A reblogué ceci sur Patrick Solereet a ajouté:
    Le mois du re-blog
    Je me suis amusé à lire vos blogs en entier et y découvert des pépites, je vous propose de les faire (re)découvrir ainsi que vos nouveautés.

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  1. […] La couleur est l'alphabet de la lumière. La lumière contient toutes les teintes. La nuance n'existe pas, elle est la traduction de la lumière dans notre cerveau. Avant de saisir ses pinceaux, un pe…  […]



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